L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a organisé mercredi à Tunis, une rencontre nationale multisectorielle ayant pour thème « Renforcer les efforts nationaux pour lutter contre l’addiction au tabac et à la nicotine chez les enfants et les jeunes », à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale sans tabac 2026, qui coincide avec le 31 mai de chaque année.
Cette rencontre, organisée en collaboration avec l’alliance tunisienne contre le tabac et avec la participation de partenaires des structures publiques et des composantes de la société civile, intervient dans un contexte de défis croissants liés à la propagation des produits du tabac et de la nicotine, notamment avec l’adoption par les entreprises de tabac, de plusieurs stratégies marketing ciblant les enfants, les adolescents et les jeunes tout en dissimulant leurs dangers pour la santé.
Cette réunion a vu la participation de représentants d’entreprises publiques, d’organisations de la société civile, de médias et d’un certain nombre de jeunes et d’intervenants dans le domaine de la santé publique et de la prévention.
A cette occasion, les participants ont souligné l’importance de renforcer la prévention et la sensibilisation ainsi que les approches multisectorielles pour protéger les générations futures contre les méfaits du tabagisme et de la nicotine.
Dans ce contexte, le représentant de l’OMS en Tunisie et en Libye Ahmed Zouiten, a affirmé que la lutte contre le tabagisme constitue un investissement dans la santé du citoyen, qu’il soit enfant, adolescent ou adulte, notant que les données disponibles révèlent une augmentation préoccupante de la consommation de tabac parmi les jeunes.
Il a précisé que le taux des fumeurs parmi les enfants et les adolescents âgés de 13 à 14 ans s’élève à environ 14 pc selon les statistiques de 2024, ajoutant ce chiffre aurait augmenté au cours des deux dernières années.
Le représentant de l’OMS a ajouté que l’inclusion des consommateurs de cigarettes électroniques et des produits du tabac modernes pourrait faire augmenter le taux de consommation à plus de 22 pc, soulignant que ces chiffres nécessitent davantage de vigilance et d’efforts conjoints.
Il a salué les efforts déployés par les ministère de la santé en Tunisie, le programme national de lutte contre le tabagisme et les structures intervenantes, soulignant le rôle de la société civile dans la lutte contre le tabagisme.
Dans ce contexte, Zouiten a indiqué que l’alliance tunisienne contre le tabagisme, qui regroupe un certain nombre d’associations actives dans la lutte contre le tabagisme et la sensibilisation à ses dangers, a reçu cette année un prix de l’OMS en reconnaissance de ses efforts dans le domaine de la prévention et de la sensibilisation.
Il a ajouté que l’organisation a également rendu hommage au président de l’alliance et à son vice-président en guise de reconnaissance du rôle de la société civile dans la lutte contre le tabagisme.
Le représentant de l’OMS a appelé à la nécessité de développer le cadre juridique régissant la lutte contre le tabagisme pour l’adapter aux transformations des produits du tabac et de la nicotine au cours des dernières années et d’intensifier les campagnes de sensibilisation sur leurs dangers pour la santé.
Il a souligné que le tabagisme cause chaque année la mort de plus de 8 millions de personnes dans le monde, alors que la Tunisie enregistre plus de 13 mille décès liés au tabagisme chaque année.
Pour sa part, le président de l’alliance tunisienne contre le tabagisme et professeur en chirurgie oncologique à l’Institut Salah Aziza Hatem Bouziane, a souligné l’importance de la collaboration entre les différents intervenants pour sensibiliser davantage aux dangers du tabagisme et de la consommation de produits du tabac sous toutes ses formes, en particulier chez les enfants et les adolescents.
Il a révélé que 48 pc des hommes en Tunisie sont fumeurs, notant que le tabagisme est responsable d’un décès sur cinq entraînant environ 13 200 décès par an.
Le spécialiste a indiqué que 25 pc des enfants scolarisés consomment les produits du tabac, avec une augmentation de l’usage des cigarettes électroniques et des produits chauffés.
De son côté, le président de l’unité de lutte contre les maladies non transmissibles au ministère de la santé et directeur du programme national de lutte contre le tabagisme Fayçel Smooli, a indiqué que l’apparition de nouveaux produits du tabac et de la nicotine impose une révision des textes juridiques actuels pour les mettre à jour afin d’inclure ces produits et de limiter leur propagation.
Il a expliqué que l’âge de la première expérience avec la cigarette est d’environ 10 ou 11 ans en Tunisie, précisant que le taux de consommation de produits de tabac traditionnels et modernes s’élève à environ 20 pc chez les jeunes âgés de 13 à 15 ans.
Smooli a ajouté que le ministère de la santé envisage de réaliser une nouvelle enquête nationale dans le cadre de la lutte contre les maladies non transmissibles afin de mettre à jour les données relatives à la consommation de tabac, affirmant que la lutte contre ce phénomène ne peut être la seule responsabilité du secteur de la santé.
Par ailleurs, il a souligné que près de 80 pc des mesures efficaces de lutte contre le tabagisme se situent en dehors du secteur de la santé, ce qui nécessite une synergie des efforts des divers ministères, institutions publiques, organisations de la société civile et médias, mise à part le rôle des citoyens dans l’adoption de comportements sains et la prévention des facteurs de risque liés aux maladies non transmissibles.








