Revue de détail avant une dure 5ème mission du FMI

Revue de détail avant une dure 5ème mission du FMI

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Le scénario est récursif. A la veille de chaque mission du Fonds monétaire international en Tunisie, l’on assiste systématiquement à une effervescence dont il est aisé de chercher la cause, soit dans un dysfonctionnement dont se serait rendu coupable le gouvernement, soit dans une rupture de promesse, soit encore dans l’inaboutissement d’une quelconque réforme prescrite et pourtant convenue par les deux parties.

Pour la 5ème Revue qui débute cette semaine, le sujet qui fâche sera bien sûr la dernière augmentation des salaires dans la fonction publique qui aurait été décidée au nez et à la barbe du FMI dont la doctrine en la matière est sacrosainte et à ce point intangible que le pays qui se hasarderait à ne pas y déférer saura à quoi s’attendre. Le porte-parole du Fonds, Gerry Rice, interrogé sur la question a promis d’y revenir après la fin de la mission de deux semaines, du 27 mars au 9 avril, sans se prononcer sur le fond. Quelqu’un d’autre au FMI, et non des moindres, l’avait fait en réaction à la signature de l’accord sur les augmentations salariales dans le secteur public. Il s’agit du directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale, Jihad Azour, qui a enjoint à la Tunisie de «  maîtriser sa masse salariale dans le secteur public afin d’éviter de graves problèmes d’endettement ». « Il est très important que le gouvernement garde le contrôle des dépenses actuelles et de la masse salariale », avait-il ajouté, cité par l’agence Reuters. « Cela leur permettra d’atteindre les objectifs budgétaires qu’ils se sont fixés pour 2019, tout en réduisant les pressions supplémentaires que l’augmentation des dépenses exercera sur les contribuables ».

Une prescription cardinale

Des propos qui ont tout l’air de signifier et souligner l’extrême rigueur qui s’attache à une prescription cardinale dont se fend l’institution de Bretton Woods chaque fois qu’elle a affaire à un pays « bénéficiaire » d’un prêt au titre du Mécanisme élargi de crédit comme c’est le cas de la Tunisie qui , dans le cas de l’espèce, doit savoir à quoi s’en tenir. En tout cas, elle est toujours assurée du soutien du FMI que son porte-parole vient de réitérer s’agissant du renforcement des politiques macroéconomiques, de la création d’emplois et de la croissance. Dans le même temps, elle a droit à des lauriers pour « les importantes avancées réalisées dans plusieurs domaines » alors que « son économie, malgré ses fragilités dues aux déficits, à l’endettement et à l’inflation, est en train de se redresser ». C’est un soutien dont la Tunisie a cruellement besoin pour ses sorties sur le marché financier international et qui fait jurisprudence en incitant la communauté internationale à lui venir en aide.

On doit à la vérité de dire que le gouvernement n’a de cesse de s’échiner à entreprendre les réformes, certes « conseillées » par le FMI, mais qui sont dictées par la réalité du pays et que le gouvernement juge, à son échelle et en ce qui le concerne, indispensables pour permettre à la Tunisie de repartir, enfin et réellement, du bon pied, après huit années pleines et entières faites d’errements, de mauvais choix et de gâchis.

Triste certitude !

Ce que l’on a souvent tendance à ignorer ou feindre d’ignorer, c’est que le Fonds monétaire international n’a pas décidé, de son propre chef, de prêter de l’argent à la Tunisie ; c’est cette dernière qui a sollicité son concours moyennant des engagement fermes et définitifs, à engager des réformes dont elle savait déjà et dès l’abord, le coût et les retombées qui en rejailliront sur son économie et sur sa situation sociale.

Il est vrai que le FMI n’a pas concédé un traitement de faveur à la Tunisie, car ce n’est ni dans sa philosophie, ni dans sa charte de le faire. Il édicte une feuille de route à respecter par chaque pays débiteur pour chaque type de prêt, selon des procédures et un cheminement clairs et opposables en parfaite égalité à tous les pays membres.

Il reste que la Tunisie aurait pu, et aisément, faire l’économie de ce prêt contracté auprès du Fonds monétaire international, lequel, d’ailleurs, est au milieu du gué, pour peu qu’elle ait mis de l’ordre chez elle, et agi autant que l’aurait fait un Etat doté d’un minimum d’autorité pour faire respecter ses décisions et ses actes de souveraineté. Instruisons-nous de cet exemple du bassin minier qui a le potentiel de fournir à la Tunisie une production équivalente à trois fois le montant du crédit du FMI. Triste certitude !

ML

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