AccueilLa UNESaïed explique les 11,4% par un «C’est pas moi, c’est les autres»!

Saïed explique les 11,4% par un «C’est pas moi, c’est les autres»!

Le 2ème tour des législatives, anticipées par le chef de tout l’Etat tunisien Kais Saïed, se sont terminées hier dimanche, sous les sifflements de  presque toute la presse internationale. Pour ne citer que ceux-là, « Franceinfo » parlait d’un désaveu infligé à Kais Saïed. Evoquant les résultats de cette législative, « Bloomberg », parle d’un « signe de mécontentement populaire à l’égard de la politique d’un Saïed qui n’a pas su susciter l’intérêt pour ses choix. « The Guardian » reprenait les détracteurs de Saïed qui affirmaient que « les bureaux de vote vides étaient la preuve du mépris du public pour son programme et sa prise de pouvoir ».

Dans ce 2ème tour, et surtout dès les 8,8 % de taux de participation du 1er tour qui seront corrigés à 11,22 % et aussi après la déclaration de Saïed, le 19 décembre 2022, mettant en cause ceux qui doutent de la représentativité de l’ARP affirmant que « le taux de participation se mesure en deux tours (ar) », l’enjeu était justement ce taux de participation, ou autrement dit, le taux d’abstention de voter, et donc le taux de ceux qui seront contre le projet du chef de tout l’Etat et ses desseins pour tout le pays.

Le résultat préliminaire du 2ème tour, qui a concerné 262 candidats et exclu 7 autres pour « crime électoral », n’ont pas été meilleurs. Ils n’ont donné qu’un taux de participation de 11,4 %, certainement l’un des plus bas dans le monde et dans les démocraties. Un taux, en tout cas, qui devait naturellement ébranler Kais Saïed, et l’aider à remettre ses horloges à l’heure des vraies démocraties.

  • La lecture de Saïed des 88,6 % d’abstention

S’offrant, lui-même pour lui-même, une occasion pour parler du résultat de ses législatives anticipées, il s’en va rendre visite à sa cheffe du gouvernement. Déjà dans une sorte de déni, il commence par un lapsus, somme toute révélateur. « 90 % ont voté » dit le chef de tout l’Etat, avant de corriger, « ou plutôt n’ont pas pris part au vote, car pour eux, le Parlement ne signifie plus rien. Il faut lire les chiffres, par le taux d’abstention, pour se demander pourquoi cette abstention, malgré le changement du mode de scrutin ». Et Saïed, en premier chroniqueur sur le sujet, de répondre à lui-même que « ce sont en fait les 10 dernières années qui ont fait du Parlement une institution au sein de l’Etat, qui a étrillé l’Etat. Et ce qui s’est passé, pendant le 1er et le second tour des législatives, n’était qu’une réaction à cela (…). Le taux de participation veut dire que le peuple n’a plus confiance dans ces institutions. Nous avons besoin d’une lecture de cette situation ». Saïed semble ainsi dire, comme pour la situation économique et financière, que « c’est pas moi, c’est les autres ». Des « autres » dans l’indéfini et la démarche accusatrice, auxquels il fait aussi endosser les 11,4 % seulement de oui pour ce qui ne devrait être qu’une Chambre d’enregistrement.

Et Kais Saïed, en véritable défenseur de la liberté de penser, d’expression, et en véritable démocrate, d’ajouter que « il y aura ceux qui auront une autre lecture. Mais cela ne nous concerne pas et n’appelle de notre part que dédain et mépris (…) et ce qu’ils font n’est que traîtrise pour le peuple tunisien et les jette dans les bras des étrangers, et ils payeront le prix de cette haute trahison ». « Un ange passe, les ailes chargées de l’article 54 », dirait l’écrivain Fréderic Dard.

  • Et maintenant, que va-t-il faire… de tout ce temps que restera son mandat ?

Dans le texte de la Constitution de 2022, qui s’appuie sur les résultats de l’Istichara dont les chiffres montrent que la participation générale à la consultation nationale ne compte que 534.915 participant(es), soit à peine 4,4% du nombre total de Tunisiens, on ne trouve aucune mention de la représentativité de l’ARP, ou la définition de l’ARP. Il y est simplement dit que « le peuple, détenteur de la souveraineté, délègue la fonction législative à une 1ère Assemblée, dénommée ARP, et à une 2ème Assemblée, dénommée Assemblée Nationale des Régions et des Districts ». Sont-ce alors les 11,40 % qui vont faire acte de subsidiarité au nom des plus de 11 millions de personnes ? Qui parlera alors au nom des 90 % autres, et qui portera leur voix à l’ARP ? Encore faut-il pour cela que la prochaine Assemblée, pour être en conformité avec la Constitution, soit  complétée par l’ANRD (Assemblée Nationale des Régions et des Districts).

Or, cette ARP, pour l’instant amputée de 7 députés, devra se réunir pour désigner ou coopter les députés manquants, et attendre ensuite que le 1er législateur du pays qu’est Kais Saïed, complète le dispositif législatif par une ANRD qui lui confèrera la légalité constitutionnelle. Remarquons pour l’instant que la notion de région existe déjà dans le dernier découpage électoral, celui des Districts ne l’est pas encore et nécessitera un aménagement législatif pour exister. Ceci, en plus du fait que pour 2023, il n’y aucune dépense prévue pour l’ANRD, et cela ne saurait ainsi être fait qu’en 2024, l’année des prochaines élections présidentielles. Comment Kais Saïed gouvernera-t-il donc d’ici là ? Avec un système législatif atrophié et anticonstitutionnel ? ou par décret jusqu’à la fin de ce qui sera son premier mandat ? 

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