AccueilLa UNESaied se donne libre cours, l'Occident regarde ailleurs!

Saied se donne libre cours, l’Occident regarde ailleurs!

La dernière vague d’arrestations visant des personnalités politiques et médiatiques en Tunisie marque une escalade inquiétante. Le président de la République, Kais Saied les a accusées d’être des « terroristes », de conspirer  pour l’assassiner  et de comploter pour  « renverser l’État ». Abordant  ainsi une analyse de la situation politique à l’enseigne de la présente vague d’arrestation, Al-Monitor ajoute, en citant toujours Saied, un autre attirail de charges retenues  avant la lettre contre les mêmes personnes, coupables de fomenter « la  pénurie chronique de sucre, d’huile de cuisson, de pâtes et d’autres produits de première nécessité qui sévit dans le pays ».

On craint de plus en plus que l’ancien professeur de droit constitutionnel, partisan inconditionnel de la peine capitale, ne recoure à des mesures encore plus dures pour détourner l’attention de son incapacité à redresser les finances du pays, souligne la même source.

« Il y a eu un démantèlement systématique des contrôles et des équilibres. Des personnes sont arrêtées sans aucun fondement juridique, sans même être informées des raisons de leur arrestation ou des charges retenues contre elles », a déclaré Said Benarbia, directeur régional MENA du Centre international de juristes, basé à Genève.

« Sans une forte réaction interne et externe, il est peu probable que le gouvernement change de cap », a déclaré Benarbia à Al-Monitor. Aucune de ces réactions ne s’est produite.

Les Tunisiens ordinaires sont épuisés et désespérés. Les manifestations contre le gouvernement restent dispersées, et « beaucoup de Tunisiens ont le sentiment d’avoir essayé la démocratie et qu’elle a échoué », a noté, pour sa part,  Monica Marks, spécialiste des affaires tunisiennes  et professeur  à l’Université de New York à Abu Dhabi. L’opposition reste divisée sur le rôle du mouvement Ennahdha, certains partis étant plus préoccupés par ses tentatives perçues de renverser l’ordre séculaire de la Tunisie que par le succès de Saied à battre la démocratie naissante.

« Réponse molle » de l’UE et de Washington !

L’Union européenne, les Nations unies et les États-Unis ont, aux côtés de nombreuses organisations de défense des droits, condamné les actions de Saied. Le porte-parole du département d’État, Ned Price, a déclaré mercredi : « Nous sommes profondément préoccupés par les arrestations signalées de multiples personnalités politiques, chefs d’entreprise et journalistes en Tunisie ces derniers jours. » Mais il s’est abstenu d’appeler à leur libération. L’administration Biden parle de réduire de moitié les 85 millions de dollars alloués à l’aide à la Tunisie pour la prochaine année fiscale. Peu de gens sont impressionnés.

« L’Union européenne et les États-Unis n’ont pas clairement défini de lignes rouges et, en ne le faisant pas, ils ont tacitement aidé et encouragé le régime », a déclaré Monica Marks, se faisant l’écho de nombreuses critiques concernant leur réponse molle. « Il n’y a pas de meilleur exemple de cela que les messages du département d’État sur la dernière farce électorale de Saied pour un parlement de pure forme en décembre et janvier », a-t-elle ajouté. Après les deux tours de scrutin, le département d’État a déclaré qu’ils représentaient « des étapes vers la démocratie ». Aucun gouvernement occidental n’a dénoncé l’arrestation de Laarayedh sur des accusations purement politiques. « C’est choquant », a-t-elle dit.

La principale crainte de l’UE est que les bouleversements politiques ne déclenchent un nouvel afflux de migrants illégaux en provenance du pays. Les États-Unis craignent qu’une attitude trop critique ne laisse un vide que la Chine et la Russie pourraient combler. Sharan Grewal, professeur adjoint de gouvernement au College of William & Mary et membre non résident de la Brookings Institution, spécialiste de la Tunisie, n’est pas d’accord.

« Si la Chine et la Russie avaient vraiment l’intention de s’engager, elles l’auraient déjà fait. La seule façon d’amener un pays à s’allier avec les États-Unis contre la Chine et la Russie est un engagement commun en faveur des droits de l’homme », a noté  Grewal lors d’un séminaire en ligne organisé à Washington, mercredi.

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