AccueilLa UNESaïed-Tabboubi: La guerre des mots, le choc des propos!

Saïed-Tabboubi: La guerre des mots, le choc des propos!

Dans cette guerre froide entre les trois présidents [Ndlr : Saïed qui répète qu’il n’y a que lui comme président, n’aimera pas ça], celui du législatif et les deux de l’Exécutif, chaque jour apporte une nouvelle complication au nœud gordien de la crise politique en Tunisie. Kais Saïed avait jusque-là deux ennemis jurés, Rached Ghannouchi et Hichem Mechichi. Il vient de s’en ajouter un troisième, en la personne du SG de l’UGTT, Noureddine Tabboubi, celui qui fait désormais la pluie et le beau temps chez un chef d’Etat qui refuse tout, le dernier remaniement de son gouvernement qu’il ne veut pas recevoir  pour le serment, et le projet de loi sur la promulgation de la Cour constitutionnelle dont il réfute la première et la seconde copie de l’ARP. Le tout, au nom de la défense de la constitution qu’il voudrait pourtant amender lui-même !

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Les relations Saïed-Tabboubi s’étaient dégradées, lorsque la toute puissante centrale syndicale a proposé, en décembre 2020, une initiative de Dialogue National pour mettre fin à la crise politique et économique. D’abord ignorée par le chef de l’Etat, ce dernier se hasardait à la mi-2021 à la critiquer lui déniant tout caractère national. Des relations, pendant la plus grande partie du mandat de Saïed, faites de guerre larvée de mots, et de propos de plus en plus choquants.

  • Le temps de la flatterie

Encore embourbé dans la question de la prestation de serment aux ministres ayant fait l’objet de remaniement par Hichem Mechichi, Saïed croyait encore, ce 3 février 2021, qu’il pouvait en faire un allié au seul prix de quelques flatteries, tel qu’il lui en a fait le même jour, contre le rebelle Mechichi qu’il avait pourtant désigné lui-même.

« Je m’attendais à tout, sauf à ce que la situation dans le pays devienne aussi exécrable (…). Vous êtes l’exemple à suivre dans ce pays et le symbole (…). Vous vous trompez, et vous ne voulez pas vous arrêter. La situation devient intenable. Nous leur avons dit [Ndlr : Tabboubi ne dira pas à qui il s’adresse, au chef de l’Etat, à son chef de gouvernement, au président de l’ARP, ou aux trois en même temps] deux choses, soit vous vous organisez et gouvernez le pays avec responsabilité, soit vous rendez la fiducie à son propriétaire qui est le peuple tunisien ». Une  déclaration, parfois décousue, mais peut-être était-ce voulu, pour éviter qu’on comprenne que le SG de l’UGTT s’adresserait exclusivement au chef de l’Etat. Il en sera pourtant ainsi, et on ne retiendra des propos de Tabboubi que cet appel, jusque-là inédit, à Saïed de gouverner ou de s’en aller !

  • Le temps de la dénonciation, en rupture de l’obligation de réserve

Le 11 juin, le chef de l’Etat tunisien recevait le SG de l’UGTT. La vidéo officielle diffusée par Carthage, et qui, surprise, comprenait quelques incursions verbales de Noureddine Tabboubi, disparaitra par la suite de la page fb de la Présidence. Une semaine plus tard, Kais Saïed recevait quelques uns des anciens chefs de gouvernement. Il commettra l’impair de dire que « le dialogue national n’est pas un dialogue national ». Touché au vif, dans l’initiative de son Organisation, Tabboubi lui répondra le même jour que « vous avez raté votre cible ». 

Le même jour sur Al Hiwar TV, il dévoilera ensuite, et de façon non conventionnelle par rapport à l’obligation  de réserve,  que,  le 11 juin, le chef de l’Etat lui aurait dit qu’il accepterait de signer le remaniement si les ministres interdits  de serment démissionnaient et que Mechichi lui présenterait une nouvelle liste. Saïed lui aurait aussi proposé un retour à la constitution de 1959, avec quelques amendements, et un référendum. « J’ai alors pris contact avec le chef du gouvernement pour l’informer des propositions du chef de l’Etat pour dépasser la crise. Malgré quelques tergiversations de la part de sa ceinture politique, le chef du gouvernement avait alors accepté. Or, alors que j’étais en réunion à La Kasbah, le mercredi 16 juin 2021, le chef de l’Etat prenait contact avec moi pour me dire que tout était fini pour Mechichi et son gouvernement, que sa proposition à lui [Ndlr : celle du chef de l’Etat] n’était plus valable ». Et du coup, c’est un chef d’Etat, qui n’aurait plus de parole, à tout moment prêt à rétropédaler et à revenir sur la parole donnée, et donc un chef d’Etat prêt à toutes les manigances pour ne pas résoudre la crise politique que vit son pays. Et c’est cela le poids des mots et le choc des propos ! 

Une guerre et des propos, qui n’arrangent pourtant personne, alors que la pandémie du Covid fait des ravages, notamment sur la reprise du secteur du tourisme, qui compte pourtant pour 14 % du PIB, et finit par mettre la Tunisie sur la liste rouge de tous les pays de l’espace Schengen. Mais, c’est peut-être ce que voudraient certaines parties. Et c’est, en tout cas, ce vers quoi mèneraient l’entêtement et les enfantillages « constitutionnels » de Kais Saïed !  

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