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jeudi 13 août 2020
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Slim Azzabi : La Tunisie ne manquera pas d’argent, et sa santé n’a pas de prix, mais une facture

Vendredi dernier, le ministre tunisien du Développement économique, Slim Azzabi, accordait cette Interview à Africanmanager. Lors de cette rencontre, nous avions surtout parlé du sort de l’économie. En voici les moments forts. La santé du Tunisien n’a pas de prix, mais a une facture. « La Tunisie ne manquera pas d’argent, au niveau international, pour faire face au financement de l’économie réelle (…). Les 2,5 Milliards DT correspondent uniquement à la facture du confinement (…). Financement exceptionnel de 300 M€, pour le financement des entreprises publiques. Promesse de l’ambassadeur US d’une enveloppe d’un Milliard DT ? Je ne suis pas au courant. Il faut vérifier. Que ce soit pour les 50 M€ de l’Italie ou les 250 M€ de l’UE, ce ne sont pas de nouveaux financements. Aujourd’hui il y a une certaine opinion publique hostile au secteur privé. Le secteur privé a démontré, non seulement son patriotisme, mais aussi sa mobilisation et sa solidarité ». Interview :

Que veut dire, pour vous, être ministre du Développement économique ?

C’est en fait un ministère qui a trois composantes. Une de coopération, une d’investissement et une composante de développement régional. Dans mon esprit, quand on avait commencé, début mars, avec le nouveau gouvernement, l’idée était de mettre le développement régional au cœur du ministère, et mettre la coopération et l’investissement au service du développement.

Il est vrai, cependant, qu’avec l’arrivée, très rapide, de la crise du Coronavirus, le ministère s’est mobilisé à 100 %, sur la question de la mobilisation des fonds nécessaires pour faire face à la crise, trouver des financements rapides aux besoins du ministère de la Santé en termes d’équipements et de stocks stratégiques de médicaments. Et dans une 2ème priorité, en termes de demandes sociales, nécessaires à l’accompagnement des tranches les plus fragiles de la population. En parallèle, nous avons mis en place des équipes pour la préparation de l’après Corona, où le développement économique retrouvera sa priorité dans le travail du ministère.

Vous évoquiez la mobilisation des fonds. On a entendu, à ce propos, beaucoup de chiffres en milliards DT. Combien en avez-vous mobilisé jusqu’à ce jour, et où sont allés tous ces milliards ?

Je préfère ne pas parler de chiffres. Ce que je peux cependant dire, c’est que la Tunisie ne manquera pas d’un millime, pour ces besoins en achats d’équipements, et de médicaments. La Tunisie ne manquera pas, non plus, d’argent pour faire face à ses besoins en termes de social. Troisièmement, la Tunisie ne manquera pas d’argent, au niveau international, pour faire face au financement de léconomie réelle.

Est-ce c’est Azzabi le ministre qui parle, ou Azzabi le financier, puisque vous êtes de formation bancaire ? N’est-ce pas que c’est plutôt le ministre qui parle, et qui fait donc simplement de la politique ?

Je pense que les chiffres peuvent induire en erreur, car les besoins sont énormes …

Dites quand même un chiffre pour les mobilisations déjà acquises !

[Il louvoie] C’est d’abord faire face aux 2,5 Milliards que le chef du gouvernement a annoncés. Et c’est par rapport à cela que je dis que l’argent ne manquera pas …

[L’interrompant] Vous les avez déjà avec le prêt du FMI

Oui en théorie. Les 2,5 Milliards DT correspondent uniquement à la facture du confinement. Ce n’est, ni pour faire face à une relance économique, ni pour faire face aux mois à venir et aux conséquences du confinement. Les 2,5 Milliards DT, c’est juste le coût des 2 semaines de confinement. La santé des Tunisiens n’a certes pas de prix, mais elle a une facture. La partie FMI, c’est un appui budgétaire à servir, une partie pour faire face à la crise du Corona, et l’autre pour tous les autres engagements financiers de l’Etat, notamment en salaires et autres engagements habituels.

Où sont nos « amis » les Européens, et les Italiens, qui sont en train, par exemple, de nous faire prendre des reliquats de crédits pour des dons ou nouvelles aides ? Où sont passés nos « amis » les Français ?

Oui. Tout à fait ! Ce que je voudrais d’abord dire aux Tunisiens, c’est que la Tunisie n’est pas seule dans cette crise. Nous, quand on recevait les ambassadeurs des pays amis, on demandait un appui politique auprès des instances internationales et dans les conseils d’administration. Un appui, ressenti, au niveau du FMI, de la BM, de la BERD, de la Banque Islamique, qui ont soutenu la Tunisie grâce à ces appuis. Hier encore, le vice-président de la BERD m’informait d’un financement exceptionnel de 300 M€, pour le financement des sociétés publiques.

Votre collègue des finances aurait eu la promesse de l’ambassadeur US, d’une enveloppe d’un Milliard DT. Est-ce qu’il est sérieux ?

Je ne suis pas au courant. Il faut vérifier l’information ! Les promesses, il faut les étudier sérieusement. Et pour en revenir à l’aide européenne, l’aide multilatérale a pris plusieurs formes. Il y a les appuis budgétaires, mais aussi des restructurations de projets. Avec l’UE, c’était un projet triennal qui a été réduit en termes de délais de décaissement. Ce n’est pas un nouveau don, ni un nouveau financement, mais juste une accélération des procédures et une réduction des conditionnalités. Donc, que ce soit pour les 50 M€ de l’Italie, ou les 250 M€ de l’UE, ce ne sont pas de nouveaux financements, mais une accélération du process en cours. Sur le dossier « Sahti laziza, il y a eu, c’est vrai, augmentation de l’enveloppe qui passe de 20 à 60 M€ en apports nouveaux. Pour la France, nous sommes en discussion avec l’AFD, pour accélérer les décaissements de projets en cours.

Vous oubliez que vous êtes aussi ministre du Développement économique. Or, vous donnez l’impression que le secteur privé est l’oublié de la crise, dont il est pourtant aussi la victime. Qu’êtes-vous en train de faire pour cet oublié, et préparer surtout l’après Corona ?

Pour le secteur privé, notre action se fait à deux niveaux. D’abord, réduire les conséquences de la pandémie. Des mesures, pour ce faire, ont été annoncées par la BCT, le ministère des Finances et celui des Affaires sociales, et le gouvernement de façon générale, pour limiter l’impact négatif. Ensuite, nous sommes en train de finaliser le cadrage macroéconomique pour essayer d’avoir une estimation réelle de cet impact sur le secteur privé pour les quelques mois à venir. Nous tenons par ailleurs à féliciter les entreprises privées pour leur mobilisation et la solidarité dont elles ont fait preuve durant cette crise, et qui viennent corriger, et démentir l’ensemble de la campagne de diabolisation du secteur privé …

Diabolisation, faut-il le rappeler, à laquelle certains ministres ont aussi pris part !

Je pense surtout qu’il y a aujourd’hui une certaine opinion publique hostile au secteur privé. Le plus important, c’est qu’il a démontré, non seulement son patriotisme, sa mobilisation et sa solidarité, en étant aux côtés des hôpitaux, de la société civile et de l’Etat d’une façon générale par rapport à cette crise. Je pense aussi qu’il saura toujours être au rendez-vous.

Un premier package avait donc été annoncé par le chef du gouvernement en soutien au secteur privé. Maintenant, ce qui compte, c’est que nous allons avoir une année très difficile, mais nous estimons que 2021 connaîtra un rebond de l’économie mondiale, et de l’économie tunisienne en particulier. Toute l’équation va être, comment nous allons faire de la résilience économique et faire de telle sorte que l’économie tunisienne puisse tenir, et réduire l’impact du Coronavirus, réduire la casse pour le secteur privé tunisien, pour qu’il puisse être prêt au moment du rebond de 2021 et en profiter. Donc, résilience. Et ensuite se préparer au nouveau paradigme de l’économie mondiale de l’après-Corona, par rapport non seulement à son ancrage géopolitique, mais aussi par rapport à son tissu industriel alors qu’on parle désormais de relocalisation, et alors que de nouveaux métiers surgissent, comme l’économie sanitaire ou la digitalisation. Ce qui est sûr, c’est que notre ministère, et tous le gouvernement, travaillent actuellement à la mise au point des nouvelles priorités, industrielles et économiques qu’imposent le Corona et l’après Corona.

Le gouvernement ne donne pourtant pas encore cette impression. Mais plutôt de n’avoir que le volet sanitaire du Covid-19 comme priorité. Et lorsqu’il consent à donner quelque chose à l’entreprise de la main droite, c’est pour la reprendre le lendemain par la main gauche, notamment par des pressions sociales et fiscales.

C’est vrai qu’aujourd’hui, le gouvernement est à 100 % penché sur la question sanitaire, la santé des Tunisiens étant sa 1ère priorité, et la seconde étant l’aspect social. Or, d’ici quelques jours, lorsqu’on commencera à préparer le déconfinement, le volet économique deviendra la 1ère priorité de l’action gouvernementale

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