AccueilLa UNESous pression, Saïed résiste et hausse le ton. Mais jusqu’à quand?

Sous pression, Saïed résiste et hausse le ton. Mais jusqu’à quand?

Prendre son temps, c’est aussi des fois perdre du temps, le temps d’introduire les changements voulus à la faveur de l’étonnement, de la stupeur ou de l’appui de ceux qui pourraient vite se réorganiser pour dire non, ou se convertir après la déception.

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50 jours ou presque après les décisions du chef de l’Etat (gel des activités de l’ARP et renvoi du chef du gouvernement Hichem Mechichi), la Tunisie attend toujours la suite. Le peuple, sur la colère duquel Kais Saïed s’était appuyé pour décréter l’état d’exception et renverser l’ordre établi, demandait surtout le départ du parti islamiste Ennahdha. Ce dernier n’est pourtant pas encore parti. Il est, pour ainsi dire, de nouveau retombé dans une certaine clandestinité auquel il  est cependant habitué. Ce virus politique étranger au corps sociétal tunisien, est certes, politiquement, fortement anesthésié, mais il respire toujours. Le 25 juillet dernier, le peuple demandait le retour à un minimum de croissance économique, il n’a jusqu’à présent que de la récession. Le peuple demandait le retour à une certaine opulence, il n’a encore que l’indigence, locale avec une inflation qui continue de ronger son pouvoir d’achat, et extérieure qui le met à la merci de l’aide internationale de tous bords.

–          50 jours après le 25, les partenaires s’impatientent

Cinquante jours après le 25 juillet, l’attente laisse la place à une certaine dose de doute qui s’installe, doublé d’une certaine appréhension chez une partie de la classe politique qui se réveille, comme cette position de l’UGTT, confiée à Reuters, où elle préfère que des élections anticipées décident du sort de la Constitution. Et si une grande partie de cette classe politique ne fait pas ce qu’a fait Ennahdha en forçant sur le lobbying international pour un retour d’une ARP non désirée, elle se pose toujours des questions , comme le fait le constitutionnaliste Slim Laghmani, la question du « Et maintenant ? » dans un Post fb qui récapitule demandes et appréhensions.

Des appréhensions, qu’on retrouve chez les principaux partenaires économiques et financiers de la Tunisie, et qui expliquent la pression, en visites officielles et en communiqués, qu’exercent ces partenaires sur le chef de l’Etat tunisien. Des pressions, dont Kais Saïed est plus que conscient et qui commenceraient à le déranger, jusqu’à le pousser à publier un communiqué où il refuse notamment qu’on le prenne pour un « élève qui attend la note qui lui sera attribuée ou les observations qui seront inscrites dans son carnet de notes ».

On pourrait envoyer paître la position américaine qu’on dit généralement plus proche de l’islamisme politique que de la démocratie « Made In Tunisia ». Les USA ont plusieurs fois garanti des prêts tunisiens, et voici que « le Démocrate Chris Murphy menace de réduire l’aide tunisienne, en raison de l’échec du président Kais Saïed à former un nouveau gouvernement après son gel du Parlement », selon le site du journal en ligne émirati « National ».

Il est plus difficile d’envoyer balader l’Europe, 1er partenaire, tant à l’export comme à l’importation (Notez que la Tunisie n’a qu’une industrie de transformation et dépend tant des matières premières que des semi-produits)  et en finances, car la souveraineté est d’abord celle des sources de financement et de la production.

–          L’Allemagne se rebiffe

On avait aussi cru comprendre du dernier communiqué des ambassadeurs du G7, que l’Occident avait fini par saisir les véritables causes des décisions du 25 juillet 2021, par donner à Kais Saïed le feu vert et compris le temps que cela nécessitait. Or, quatre jours plus tard, l’Occident partenaire s’impatiente toujours.

Dans un communiqué aux relents de chantage à l’aide, publié sur la page fb de l’ambassade allemande en Tunisie, et qui faisait suite à la clôture le 10 septembre 2021 des négociations intergouvernementales tuniso-allemandes consacrées à l’examen de la coopération bilatérale au développement, l’Allemagne (un volume actuel d’environ 2 milliards d’euros et un soutien aux efforts de réforme tunisiens) a estimé que « compte tenu des développements politiques en Tunisie, l’Allemagne a souligné sa détermination à continuer à soutenir la Tunisie à l’avenir, mais a en même temps appelé à plus de clarté dans la poursuite du processus politique futur. Et il y a besoin, en toute priorité, d’une feuille de route politique concrète  nécessaire pour garantir les acquis démocratiques. La situation économique difficile nécessite également la mise en place rapide de réformes prioritaires, qui pourraient renforcer la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds et créer de nouvelles perspectives économiques et opportunités d’emploi. (…). » Notons que l’allusion au volume d’aide de 2 Milliards d’euros, a été incluse, non sans objet certainement, à la fin du communiqué, comme pour rappeler ce que la Tunisie pourrait perdre.

–          Saïed hausse le ton. Mais a-t-il les moyens de sa politique ?

Toutes ces pressions, Kais Saïed les connaît et connaît l’impact sur ses décisions futures d’installer un régime de démocratie populaire, ou d’un régime où tous les pouvoirs sont réunis entre ses seules mains. Il connaît aussi le poids de ces pressions sur son propre devenir politique en Tunisie, et c’est ce qui le pousse à hausser le ton, au moins pour le moment, et affirmer par écrit que « lors de ses entretiens avec toutes les délégations étrangères, il a été souligné que la Tunisie est un pays souverain, que la souveraineté y est pour le peuple, et qu’il n’y a pas de place pour une ingérence dans ses choix qui découlent de la volonté populaire. Il n’est en outre pas accepté d’être à la place de la souveraineté de l’Etat tunisien et les choix de son peuple n’ont aucunement été discutés et ne feront jamais l’objet de négociations avec aucune partie ».

« Le piège pour les hommes politiques est de se sentir invulnérables, intouchables. Cela conduit à négliger des choses que l’on juge à tort subalternes », disait Roland Dumas, ancien président du conseil constitutionnel français qu’on pourrait citer pour l’occasion. Et pour l’instant, Saïed semble toujours juger subalterne le traitement urgent de la situation financière de la Tunisie. Un traitement, où le poids des bailleurs de fonds est déterminant, des bailleurs de fonds toujours liés à des agences de notation souveraine qui ne donnent guère une image positive du pays.

–          Autrement ?

La question est désormais donc de savoir jusqu’à quand le chef de l’Etat tunisien va-t-il pouvoir tenir sans cette aide, financière et économique, de l’Occident qui le tanne pour réinstaurer un régime démocratique par les outils traditionnels de la démocratie, et que Kais Saïed déteste ?

Autrement, jusqu’à quand pourrait-il tenir sans les réformes qui remettraient en ordre de marche la machine économique et ses rentes financières pour l’Etat ? Jusqu’à quand pourrait-il tenir sans un secteur privé qu’il dénigre et contre lequel il mène cabale après cabale ?

Autrement aussi, jusqu’à quand pourrait-il tenir sans dessiner les nouvelles perspectives économiques, autrement plus positives pour le pays dont il a la charge, même en changeant le modèle économique du pays, et quitte à minorer le secteur privé au profit d’un secteur public sous perfusion financière ; cela aurait au moins le mérite de la clarté, et aidera mieux à la prise de décision pour le secteur privé et les investisseurs, locaux et étrangers ?

Autrement enfin, jusqu’à quand Kais Saïed pourrait-il tenir sans au moins donner aux partenaires de son pays de quoi espérer que la Tunisie ne basculerait pas dans la monocratie, et qu’elle a désormais la volonté de passer aux réformes qui la feront repasser de pays pauvre qui demande la charité à un pays en développement qui crée de la richesse et la distribue dans l’objectif d’en créer plus ?

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