Terrorisme et criminalité, deux faces d’une même monnaie

Terrorisme et criminalité, deux faces d’une même monnaie

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Binôme aux volets indissociables, le terrorisme et le crime organisé ont vocation à faire souvent bon ménage, et ils l’ont montré à diverses funestes et sanglantes occurrences, non seulement en Tunisie, mais en Europe. Par exemple, les auteurs des attentats terroristes de Paris en 2015 et de Bruxelles en 2016 étaient impliqués dans diverses activités criminelles avant d’être radicalisés. De même, les djihadistes qui ont quitté leur pays d’origine pour rejoindre Daech en Syrie entretiennent des liens étroits avec des gangs et des réseaux impliqués dans des vols ou du trafic de drogue. On trouve également en Tunisie des récits sur la manière dont le terrorisme et la criminalité se recoupent de différentes manières.

Trois exemples qui ressortissent à un modèle où le risque de réitération est si évident que selon une étude de l’International Crisis Group, des groupes criminels utilisaient les identités salafites pour contrôler la traite lucrative sur leur territoire par la violence. Une sorte de «gangstérisme islamiste » qui a fait son apparition dans les banlieues de la capitale Tunis et dans la région frontalière de l’Algérie, où des criminels arborant des vêtements typiquement salafistes seraient impliqués dans le trafic de drogue et d’armes à feu, souligne l’Institut d’études de sécurité (ISS Afrique), dans une analyse cité par le portail « DefenceWeb ».

Une plaque tournante du terrorisme et du crime

Il y est affirmé que l’attentat terroriste de mars 2016 à Ben Guerdane, près de la frontière tuniso-libyenne, a révélé des liens troublants avec les réseaux du crime organisé, et plus particulièrement les cartels de contrebande. Si bien que plus de 80% des assaillants étaient également impliqués dans la «contra», terme local désignant la contrebande. Les enquêtes menées ont démonté toute l’architecture de l’opération et les intervenants, les passeurs impliqués dans les préparatifs de l’attaque, tels que le transfert d’armes de part et d’autre de la frontière libyenne et la fourniture d’un refuge aux assaillants avant et pendant l’attaque.

Reconnue comme le principal point chaud de la contrebande en Tunisie, la ville de Ben Guerdane est également « devenue une plaque tournante du recrutement de terroristes, qui a connu une forte augmentation entre 2013 et 2015 », indique ISS Afrique qui ajoute que « la série d’attaques qui a secoué la Tunisie depuis 2015 a amené les acteurs internationaux et locaux à se concentrer sur les causes de l’extrémisme violent et du terrorisme ». De nombreuses initiatives de prévention de l’extrémisme ont été développées et mises en œuvre. Une étude effectuée en 2018 par le bureau local des Nations Unies sur les raisons pour lesquelles des individus rejoignent des groupes terroristes a identifié des facteurs tels que « la corruption, la brutalité policière, le manque de représentation politique et de services publics pour les jeunes et les mauvaises conditions de détention dans les prisons ».

Selon des organisations tunisiennes de la société civile œuvrant à la prévention de l’extrémisme violent, des zones telles que Béja (ville du Nord-ouest de la Tunisie) et Kram-Ouest (banlieue nord de Tunis) sont une source connue d’éléments qui ont rejoint le groupe terroriste des cellules tunisiennes ou ont quitté le pays pour rejoindre des extrémistes à l’étranger. Ces zones sont également marquées par des taux de criminalité élevés.

Une question d’opportunité !

«Pour les jeunes vulnérables, se retrouver dans le trafic de drogue ou rejoindre un groupe extrémiste violent n’est qu’une question d’opportunité», selon un contributeur au projet ENACT, qui travaille pour Beder, une organisation non gouvernementale tunisienne axée sur l’autonomisation des jeunes. En 2017, Beder a développé un projet d’identification précoce des jeunes présentant un risque de comportement violent à Ettadhamen, une banlieue notoire de Tunis.

Une étude réalisée en 2018 par l’Institute for Security Studies auprès d’organisations travaillant en Afrique occidentale et centrale a révélé que l’extrémisme violent pouvait prendre de nombreuses formes. Par exemple, il ne fait pas nécessairement référence à l’extrémisme islamique ou religieux, mais peut inclure le type de violence intercommunautaire observé au Tchad ou l’activité de gangs criminels au centre du Nigéria.

Ces exemples montrent la limite entre terrorisme, extrémisme violent et autres types de violence au sein de la communauté. Les auteurs ont exhorté les gouvernements, les donateurs et les organisations de la société civile à prendre en compte les enseignements tirés d’autres domaines de la prévention de la violence. En Tunisie, la recommandation pourrait être particulièrement pertinente. Il est évident que le terrorisme et le crime organisé peuvent se croiser à différents niveaux et partager certains des mêmes moteurs, constate ISS Afrique.

Ceux qui luttent contre l’extrémisme violent devraient explorer les liens entre les deux phénomènes. Ils pourraient s’appuyer sur des décennies d’expérience acquise en Europe, en Amérique latine et en Amérique du Nord pour empêcher les jeunes de se joindre à des gangs ou pour perpétrer d’autres formes de criminalité transnationale organisée, recommande-t-il.

« Aborder la tâche dans le cadre plus large de la prévention du crime pourrait réduire les risques de croisement entre terrorisme et autres types de criminalité. Si l’on se concentre uniquement sur la prévention de l’extrémisme violent, certains individus risquent d’être laissés pour compte », estime, cependant ISS Afrique.

M.L.

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