Toujours plus d’argent pour les députés, la religion et la présidence. Pourquoi...

Toujours plus d’argent pour les députés, la religion et la présidence. Pourquoi ?

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On ne connaît pas, et on ne connaîtra pas les paramètres des arbitrages entre les différents ministères en matière de budget. Il est pourtant des choses dans ce budget, pour le moins incompréhensibles, si ce n’est inadmissibles pour un pays qui fonctionne au crédit.

Le budget d’Etat de la Tunisie augmentera de pas moins de 4,1 milliards DT en une seule année, de 2019 à 2020. Dans ce budget de 47,2 milliards DT, presque 60 % (28,263 milliards DT), iront aux dépenses de gestion, dont plus de 19 milliards DT, ou 15,1 % du PIB, ou encore 40,29 % de tout le budget, pour les salaires d’une fonction publique qu’aucun ministre n’a su dompter. On aurait presqu’envie de voter pour qu’on la donne à Mohamed Abbou le Karcher. 4,180 milliards DT pour la compensation, dont 3,6 milliards DT pour les denrées alimentaires et les carburants. En face de toutes ces dépenses, de pure consommation, uniquement 5,6 % de tout le PIB de la Tunisie iront au développement.

La Tunisie, où le taux de chômage peine à descendre en-dessous de 15 %, où la croissance n’arrive toujours pas à décoller au-dessus de 1,4 % (prévision du ministère des Finances pour tout 2019), dépense 15,1 % de son budget en salaires pour un peu plus de 690 mille fonctionnaires de l’Etat et augmente chaque année leurs salaires, ne dépensant que seulement 5,6 % de son PIB pour essayer de créer des emplois pour ses 635 mille chômeurs, dont 253 mille jeunes diplômés.

On comprendra alors, aisément, que ces jeunes aient décidé de faire leur propre révolution. Elle a été cette fois, pacifique. JFK disait que ««ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable». Tout ceci dit pour ceux qui ne comprendraient pas encore l’émergence de l’énigmatique Kais Saïed, mais aussi pour tous les syndicalistes.

Le budget est là. Le prochain gouvernement ne pourra pas y changer quelque chose car il n’existe encore pas. L’ARP non plus et même surtout pas, car il y va du confort des députés. Notre assertion se base sur des chiffres. Des chiffres d’un budget qui appellent pourtant plus que des questions.

En effet, un regard comparatif sur le budget de l’Etat, ministère par ministère et d’une année à l’autre, oblige à faire quelques remarques sur la vraie nature de ces dépenses et de leurs hausses, pour un pays qui se voit déjà obligé de recourir à l’endettement, pour un montant de 11,3 milliards DT.

  • Le Top 5 des plus grands budgets

En termes d’argent, le plus gros budget 2020 sera consacré au ministère de l’Education. Il disposera de 5,594 milliards DT, dont la très grande partie ira aux salaires, aux nouveaux recrutements et à la construction de quelques écoles. Ce budget est en hausse de 17 %.

En seconde place, le ministère de l’Intérieur qui disposera d’un peu plus de 3,7 milliards DT. Sécurité oblige, ce budget augmentera de 20 %.

Avec un peu moins de moyens, la Défense se verra mettre à disposition 3,241 milliards DT. Un budget en hausse de 10,6 %. Le document ne le dit pas, mais la Défense compterait s’équiper de nouveaux avions, qu’elle espère de combat, si les USA le permettent.

Le 4ème plus gros budget pour 2020, sera celui de la Santé, avec 2,544 milliards DT. Un budget qui enregistre la plus importante en hausse (23,8 %) et qui sera notamment consacré à l’achat d’équipements, les hôpitaux de Sfax, Sbeïtla et Siliana et l’équipement d’un certain nombre d’autres hôpitaux régionaux.

On s’étonnera, cependant, pour un pays appelé à mettre à niveau son industrie et ses PME et qui voudrait aussi s’industrialiser, de la baisse de 8,7 % du budget du ministère de l’Industrie et des PME. Il est le 5ème plus gros budget avec 2,157 milliards DT, alors que d’autres ministères, comme celui des Affaires religieuses augmente. Une hausse qui pose question, malgré son petit budget de 149 MDT, qui paraissent en même temps importants au vu du poids économique de ce ministère dans un pays où la religion ne crée que des emplois qui créent à leur tour des problèmes (débordements et politisation notamment).

  • Davantage d’argent pour plus de mosquées

En effet, pourquoi faire un +22 % dans le budget du ministère des Affaires religieuses ? Le nombre de mosquées est estimé en Tunisie à 4.480 en 2017. Un chiffre en hausse de 885 mosquées entre 2010 et 2017, c’est-à-dire en hausse annuelle de 126 mosquées. Dans son budget, le ministère des Affaires religieuses veut pourtant encore en bâtir et entretenir les mosquées, pour grand nombre construites par des particuliers, pour «garantir une place au paradis» selon un Hadith, pour la somme de 1,22 MDT, sans oublier les autres 15,5 MDT pour l’ameublement d’autres et autres 250 mille DT pour acheter des voitures pour les directions régionales du ministères. Un Etat qui s’endette pour payer ses dépenses, a-t-il besoin de tout cela maintenant ?

  • Plus d’argent pour les députés, la présidence de la République et un «siège» à Babouche pour le chef du gouvernement !

Pourquoi faire un +35,4 % dans le budget qui sera alloué au Parlement ou ARP ? On ne trouve aucun détail sur le budget de l’ARP dans le document du budget. Mais on imagine que cette hausse servirait à augmenter encore plus les salaires des députés, pour leurs prochains assistants parlementaires, et autres services à fournir à des députés, dont les taux d’abstention et les voyages à l’étranger ont défrayé la chronique.

Silence aussi dans le document du budget de l’Etat sur celui de la présidence de la République qui est de 140,9 MDT, mais aussi, en hausse de 13.7%. Pourquoi ? Le document du ministère des Finances ne donne aucune explication. Peut-être serait-ce pour les frais de bouche ? Peut-être aussi pour renforcer les effectifs des gardes du corps qu’on met à disposition de toute personne menacée ?

Pourquoi aussi cette hausse de 3 % dans celui de la présidence du gouvernement ? Dans le document du budget, on remarque parmi ces dépenses à faire par les services de La Kasbah, la somme de 0,4 MDT pour la mise en place d’un … «siège consacré à la présidence du gouvernement» et qui serait situé à … Borj Zouara à Babouche à Tabarka, à quelques encablures des frontières avec l’Algérie. Pourquoi donc ce bien immeuble que le document nomme «siège » ? Serait-ce un pied-à-terre pour vacances pour la seconde tête de l’Exécutif, puisque la première (chef de l’Etat) en dispose de plusieurs, et pour l’égalité et l’équité entre les deux présidences ?

Pourquoi ? Baisse de 8.7% pour le ministère de l’Industrie ? Pourquoi ?

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