En poste à La Kasbah depuis le 6 février 2015, le 1er chef de gouvernement de la 2ème République rompra lundi la période de grâce conventionnelle des 100 jours généralement accordée aux responsables politiques pour annoncer leurs premières décisions de gouvernants.
Lors de son discours d’investiture à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), il avait surtout assuré que «à l’issue des 100 jours de travail de son équipe gouvernementale, une évaluation de la prestation du gouvernement et des ministres sera effectuée, concernant les mesures urgentes qui ont été prises ». Il avait aussi annoncé la mise au point d’un document d’orientation pour un plan quinquennal et l’organisation d’un congrès international, fin 2015, pour mobiliser les financements nécessaires pour ce plan.
Deux mois et demi, jour pour jour après sa nomination à ce poste par Béji Caïd Essebsi, Habib Essid s’adressera, directement et pour la fois, au peuple tunisien après son allocution devant les députés de l’ARP .
Ce discours ne sera donc pas celui de l’évaluation. Sitôt installé dans son nouveau maroquin de chef du gouvernement, Habib Essid avait dû faire face à plus d’un évènement. D’abord le soulèvement de Dhehiba contre les 30 DT de la redevance de sortie où il fera sa première reculade. Ensuite les grèves syndicales, notamment celle de l’enseignement secondaire qui ne termine pas, bien qu’il y ait fait aussi sa seconde reculade en signant l’accord avec l’UGTT pour deux augmentations salariales successives. A peine en sortira-t-il que lui tomberont de nouveau sur les bras les inondations des gouvernorats du Nord-ouest tunisien.
Depuis, c’est un chef de gouvernement qui se mure dans un silence parfois entrecoupé de petites déclarations, à la sauvette et au gré de ses déplacements dans quelques gouvernorats de la République. Il avait promis de les faire tous les 24 et cela avait alors été compris comme une sage politique de prise de contact direct avec la population, une politique de la proximité dont le but serait d’entendre de ses propres oreilles et de voir de ses propres yeux, ce qu’elle dit et ce qu’elle vit. On ne sait toujours pas ce qu’il en pense lui-même, puisque le chef du gouvernement restait sourd aux critiques et muet face aux médias. On ne sait pas non plus s’il a pu en tirer un constat ou un quelconque programme.
Ceux qui l’ont rencontré, parmi nos collègues journalistes, n’en sont pas sortis convertis et encore moins rassurés. L’homme parle beaucoup mais dit très peu. L’homme est agréable et un hôte très amène, mais ne donnait pas encore les signes ni les gages du dirigeant ferme, volontaire et prônant les idées claires qu’attendait toute une Nation. Ses trois principales reculades conforteront plus d’un observateur dans ses idées.
Au cours de ces 39 jours de gouvernement, Habib Essid n’a pas visité toutes les régions, n’a pas rencontré tout le monde dans les sphères économique, sociale et de la société civile. Il n’en demeure pas moins vrai que, maintenant, il a vu et il a su. Et s’il a bien compris, il saura que c’est ce lundi l’heure de tout dire, toute la vérité, rien que la vérité à son peuple. La vérité surtout sur l’état des lieux de l’économie et des finances, sans trop de bagout ni de langue de bois. On attend de lui juste un discours de la vérité qui dit tout et qui met tout le monde devant leurs responsabilités, qu’il montre qu’il a pu prendre le taureau par les cornes, qu’il tient bien le gouvernail du bateau sur lequel tout le monde est désormais embarqué et donner le signal qu’il y a un véritable chef à bord du navire Tunisie. Toute bonne gouvernance commence par la transparence et cette dernière n’a de synonyme que la vérité, pas la sienne, mais celle de tout le monde. En deux mois, la Tunisie découvrira ce lundi soir si elle a un lion ou un poisson à La Kasbah.
Khaled Boumiza








