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Tunis: L’autre explication de la décision britannique

La dernière décision du ministère britannique des Affaires étrangères, d’appeler les citoyens de sa Majesté à quitter la Tunisie et à éviter de la visiter n’en finit pas de faire parler d’elle. Elle fait même des émules chez les Irlandais, les Finlandais et les Danois. Cette décision fait aussi des circonspects chez le Parlement qui décide d’écouter le ministre des affaires étrangères de sa Majesté. La décision fait fait encore des mécontents, notamment chez le gouvernement tunisien. Son chef, Habib Essid, a «menacé» d’en parler avec son homologue David Cameron, mais personne ne lira de suite à ce coup de téléphone qui pourrait ne jamais avoir été fait.

Ce qui est sûr, c’est que cette décision britannique n’est pas intervenue ex nihilo . Elle intervient d’abord après une mission d’éléments des forces spéciales britanniques en Tunisie qui ont participé à l’enquête sur l’acte terroriste qui avait frappé l’hôtel Impérial de Sousse, où la grande majorité des victimes étaient des sujets de sa Majesté la reine d’Angleterre. Une enquête où les journaux britanniques en ont plus dit que les autorités tunisiennes. Une enquête aussi, dont les premiers éléments ont fait apparaître d’énormes lacunes au sein de l’appareil sécuritaire et tout le dispositif qui devait sécuriser un secteur touristique déjà fortement ébranlé par un acte terroriste similaire en octobre 2013, sans en tirer les leçons. Une enquête enfin où la Tunisie, par la voix de son chef de gouvernement, dit déjà ne pas être disposée à «livrer ses enfants à la Grande Bretagne dans le cadre de cette enquête».

La décision britannique d’appeler les citoyens du Royaume à quitter la Tunisie intervenait aussi, faut-il le rappeler, après la décision présidentielle tunisienne d’instaurer l’état d’urgence. Cette décision de Béji Caïed Essebssi (BCE) était en elle-même un peu surprenante, dans la mesure où elle intervenait quelques heures après un refus de cette même décision par le même chef d’Etat qui présidait alors le conseil national de sécurité au lendemain de l’attentat de Sousse. Sans qu’il y ait d’explication à ce revirement de l’attitude de BCE, les observateurs de la scène politique tunisienne ont alors supposé que des rapports de sécurité très alarmants sur l’imminence du danger terroriste pour la Tunisie au cours des prochains mois, auraient fini par pusser le chef de l’Etat à annoncer l’état d’urgence, un cadre juridique qui devrait permettre la prise de certaines décisions propres à éviter la répétition des attentats ou qui favoriseraient de tels événements dramatiques.

Personne ne doute que les limiers britanniques de l’enquête ont découvert des choses qu’on ne sait pas encore et que savent certainement peu de gens en Tunisie. Mais on pourrait supposer, et on n’aurait certainement pas tort, que la décision britannique ne faisait qu’anticiper tous les dangers terroristes qui avaient déterminé BCE à annoncer l’état d’urgence malgré toutes les réticences qu’il a certainement devinées. La dernière est celle des Jihadistes de «Fajr Libya» qui menace la Tunisie dès les premiers travaux de sécurisation de ses frontières. On pourrait aussi supposer que la décision du gouvernement britannique d’appeler ses concitoyens à quitter le territoire tunisien, pourrait être une sorte d’acte de protestation contre la manière dont est conduite l’enquête sur les tenants et les aboutissants d’un acte terroriste, qui a tué une quarantaine de Britanniques, où les responsabilités, policières et administratives ont été déjà pointées du doigt par le chef du gouvernement et son ministre de l’Intérieur. Des responsabilités, contre lesquelles les Britanniques pourraient ne pas se contenter des simples sanctions administratives prises par le ministre tunisien de l’Intérieur. Des responsabilités qui pourraient être plus importantes, plus directes et plus déterminantes que ce qui a été jusqu’ici officiellement annoncé. C’est tout cela qui pourrait expliquer la décision de la diplomatie britannique d’alerter ses citoyens contre la Tunisie, une décision qui porte un nouveau coup dur au secteur du tourisme déjà sinistré par l’attentat de l’hôtel Impérial de Sousse.

N.S.A.

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