Encore de nouvelles perturbations dans le transport public. Faisant fi des centaines de milliers d’usagers, les agents de la Transtu ont observé, ce jeudi, une grève, pour protester contre « la non-application de plusieurs accords conclus auparavant avec la hiérarchie et portant sur les heures supplémentaires ». Une grève, certes, légale mais absolument néfaste pour les voyageurs mis dans l’impossibilité de rejoindre leur lieux de travail comme pour les élèves et les étudiants empêchés de gagner leurs établissements, sans parler des répercussions tout aussi néfastes sur la situation financière du secteur du Transport public, croulant sous un déficit dépassant les 1400 millions de dinars (MD). Que faut-il faire alors dans ce cas là ? Doit-on satisfaire les demandes des agents de la Transtu ou sauver le secteur dont les chiffres se détériorent à vue d’oeil?
Le ministre des Affaires sociales, Ahmed Ammar Yonbaï a affirmé, aujourd’hui, qu’il est impossible d’appliquer la grille des heures supplémentaires, soulignant, à ce propos, que la situation financière des sociétés publiques de transport ne le permet guère.
Le ministre a, en outre, souligné que la grève des agents de la société de transport TRANSTU aurait pu être évitée d’autant que l’accord conclu en 2007 stipulait la régularisation de la rémunération des heures supplémentaires graduellement jusqu’à 2017. Une solution intermédiaire aurait pu être trouvée comme l’application de la loi concernant les heures supplémentaires en 2015 ou 2016 au lieu de 2017, selon ses dires.
Une augmentation salariale de 6% coûtera au gouvernement environ 500 millions de dinars, a précisé le ministre réaffirmant que la situation financière du pays ne permet pas actuellement d’envisager une augmentation salariale dans le secteur public.
S’agissant du refus du gouvernement d’engager des négociations sociales avec les partenaires sociaux pour une éventuelle augmentation salariale dans le secteur public, Ahmed Ammar Yonbaï, a déclaré que le dialogue est toujours en cours entre le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi, et le chef du gouvernement, Mehdi Jomâa.
Il a, en outre, assuré que le dialogue ne s’est jamais interrompu et qu’un accord pourrait être conclu entre le gouvernement et l’UGTT.
Ce mouvement tombe au plus mauvais moment alors que la hausse de la masse salariale est passée de 10,7 % du PIB en 2010 à 12,5 % du PIB en 2013, niveau supérieur à celui de la plupart des pays comparables. A telle enseigne que le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d’alarme sur le fait que cette masse salariale en augmentation, en raison des quelques 70 000 nouveaux recrutements dans le secteur public entre 2010 et 2012, notamment dans les catégories peu qualifiées, et de l’augmentation moyenne des salaires de 13 %, absorbe aujourd’hui près de 60 % des recettes fiscales et plus de 30 % des dépenses totales, ratios nettement supérieurs à ceux de la plupart des pays dans le monde.
Le FMI a relevé, dans ce cadre, trois facteurs caractérisent l’emploi et la structure salariale dans la fonction publique en Tunisie dont les effectifs pléthoriques. Il a expliqué qu’avec 795 000 employés du secteur public (dont 180 000 dans les entreprises publiques), le ratio emplois public sur le total de la force de travail employée en Tunisie est de l’ordre de 24 %, soit trois fois plus qu’au Maroc ou dans des pays tels que le Chili, le Mexique et le Brésil.
Le FMI a évoqué un autre facteur relatif aux salaires relativement élevés au bas de l’échelle salariale, soulignant, à ce propos, que le salaire annuel moyen des agents de la fonction publique en Tunisie se situe aux alentours de 7.800 dollars, soit 75 % de plus que le PIB par habitant et un niveau nettement supérieur à celui de la moyenne en Égypte ou en Jordanie.
Selon le FMI, le salaire mensuel moyen des catégories inférieures, qui correspond à un tiers de la population active du secteur public, est de l’ordre de 470 dollars, soit le double du salaire minimum (excepté pour une petite partie des travailleurs du BTP). Cette prime salariale fait, selon le FMI, que le secteur public attire davantage que le secteur privé après avoir fait la part des prestations en matière d’éducation et autres avantages, notamment pour les nouveaux arrivés sur le marché du travail.
Le FMI a, également, relevé la différenciation entre les diverses catégories de salaire (ratio de compression) qui a diminué de 3,4 en 2010 à 2,6 en 2012, estimant que le chiffre est nettement inférieur au niveau (entre 4 et 10) est jugé adéquat pour offrir les incitations souhaitées sur le plan du travail. Cette détérioration s’explique, selon le FMI, principalement par la forte augmentation salariale accordée aux catégories les plus faibles (34 %), tandis que le salaire des catégories supérieures (à l’exclusion des primes de productivité) est resté inchangé en termes nominaux, à un niveau moyen de 1.200 dollars.
C’est ainsi que le FMI a appelé à s’attaquer au niveau élevé de la masse salariale et aux carences du barème des salaires afin d’assurer la viabilité des finances publiques et d’accroître la productivité du secteur public.
Il a, en outre, appelé à l’évaluation de la structure des salaires du secteur public et des modalités d’application d’une réforme salariale à moyen terme devrait contribuer à alléger le poids considérable de la masse salariale sur les finances publiques et permettre de dégager une plus grande marge de manœuvre pour les dépenses sociales et les dépenses d’investissement, tout en augmentant la productivité du secteur public.
Khadija Taboubi








