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Tunis : Moody’s confirme la note souveraine à Ba3 et change la perspective de négative à stable

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L’agence de notation Moody’s a changé la perspective de la Tunisie de négative à stable

L’agence de notation Moody’s a changé la perspective de la Tunisie de négative à stable, citant une amélioration de la situation politique après la transition démocratique réussie vers un gouvernement de coalition laïque-islamiste en février, un meilleur accès au marché, et l’amélioration des déséquilibres budgétaires.

Les principaux facteurs stimulant la perspective de la Tunisie sont:

Une baisse significative du risque politique intérieur soulignée par la transition démocratique réussie et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale élargi.

Une réduction des difficultés en matière de financement suite à la reprise du financement officiel et l’accès aux marchés de capitaux internationaux.

Dans le cadre de sa notation, Moody’s a également confirmé la note de la dette de la Banque Centrale de Tunisie à Ba3 et a changé la perspective de négative à stable. Le gouvernement tunisien est juridiquement responsable des paiements de toutes les obligations de la Banque centrale, au motif qu’elles sont émises en son nom.

L’agence de notation a changé le plafond des obligations et des dépôts en monnaie locale de Baa3 à Baa2 , reflétant une force économique et institutionnelle accrue, et maintenu en l’état le plafond des obligations en devises, ainsi inchangé à Ba1 et le plafond des dépôts en devises à B1. Les plafonds à court terme demeurent aussi inchangés.

Exposé des motifs concernant la perspective stable

Le premier déterminant de l’attribution d’une perspective stable est la transition démocratique réussie avec la mise en place d’un gouvernement d’union à large assise qui met fin à la polarisation entre les islamistes modérés et les partis laïques qui ont émergé au cours du processus de transition. Les élections présidentielles et législatives fin 2014 organisées dans la foulée de l’adoption de la nouvelle Constitution en janvier 2014, marquent l’aboutissement d’un processus de transition démocratique pluriannuelle qui a suivi la révolution du jasmin de janvier 2011.

Le deuxième déterminant pour la stabilisation de la perspective est l’amélioration de l’accès au financement en réduisant les risques de liquidité du gouvernement. Cela comprend la disponibilité du financement officiel, via le FMI qui a récemment décidé l’extension de l’accord de confirmation et les engagements additionnels de financement multilatéral et bilatéral pour soutenir le processus de réforme économique de la Tunisie au cours des prochaines années. La récente émission obligataire en euros par la Tunisie souligne également l’amélioration de la confiance des investisseurs, eu égard à la consolidation de la stabilité politique.

Le troisième déterminant pour une perspective stable est la réduction progressive des déséquilibres budgétaires et extérieurs. Sur le plan budgétaire, le processus de consolidation budgétaire est soutenu aussi bien par les mesures relatives aux recettes que par la maîtrise des dépenses sous forme de moindres subventions à l’énergie, par exemple, qui sont encore soutenues par la chute récente des prix du pétrole. L’accent accru mis sur les dépenses en immobilisations dans le budget 2015 devrait soutenir la transition vers des dépenses qui favorisent la croissance, bien que la masse salariale du secteur public reste élevée, à plus de 12% du PIB. Moody’s prévoit que le déficit budgétaire atteindra 5,3% en 2015 avant de retomber à 4,2% en 2016 en raison des perspectives de croissance à la hausse.

Sur le plan extérieur, Moody’s s’attend à une réduction du déficit courant par rapport au pic atteint en 2014 compte tenu de l’amélioration de la demande extérieure provenant des partenaires commerciaux de l’UE, à une baisse des prix du pétrole alors que les récentes découvertes de pétrole onshore soutiennent la production de pétrole et de gaz, en plus de l’impulsion des exportations alimentaires, suite à une saison record de production oléicole . Alors que Moody’s s’attend à ce que le secteur du tourisme reprenne d’une manière plus progressive, les données pour le 1er trimestre 2015 indiquent une reprise progressive des flux des investissements directs étrangers (IDE), ce qui permettra de renforcer les réserves de change du pays. Avec 127 jours d’importations au 1er trimestre 2015, les réserves de change se sont nettement améliorées par rapport au niveau du 1er trimestre 2014 qui était de 100 jours. Le maintien d’un tampon de réserve adéquate est essentiel compte tenu de l’importante part de la dette en devises de la Tunisie à plus de 60%, ce qui augmente la vulnérabilité du poids de la dette entraînant une forte dépréciation de la monnaie nationale.

Le déterminant de la confirmation de Ba3

Le profil de crédit et le positionnement de la Tunisie parmi les pays comparables étayent la confirmation de la note Ba3. La capacité de l’administration publique et de la société civile de gérer le processus de transition de quatre années face aux perturbations et aux troubles sociaux témoigne du cadre institutionnel robuste du pays. Cela dit, les disparités régionales prononcées et les inefficacités du marché du travail ajoutent aux tensions sociales qui pèsent sur le climat de l’investissement et le potentiel de croissance du pays. Le risque de liquidité au niveau du gouvernement demeure une contrainte modérée sur la qualité de crédit en raison des besoins de financements publics bruts estimés à 10% du PIB au cours des deux prochaines années. La note de Ba3 souligne également les vulnérabilités du secteur bancaire public qui s’offre à un processus de restructuration significative. Enfin, alors que le risque politique intérieur a régressé de manière significative, l’activité terroriste récente met en évidence les tensions en matière de sécurité auxquelles la Tunisie demeure exposée, notamment du côté de la Libye voisine.

Les cas de révision de la perspective

Une mise en œuvre rapide des réformes structurelles convenues dans le cadre de l’extension du programme du FMI aurait un effet positif, concernant notamment la recapitalisation des banques publiques et la réforme de la gouvernance, en plus des réformes fiscales visant à uniformiser les règles du jeu entre les secteurs onshore et offshore afin de promouvoir une croissance plus inclusive. Un rééquilibrage budgétaire et extérieur soutenu plaiderait pour un relèvement de la note.

Moody envisagerait de décerner une perspective négative en cas de: (1) une détérioration inattendue de l’environnement de la sécurité nationale ou régionale produisant des retombées négatives sur l’activité économique; (2) de nouveaux retards dans la recapitalisation des banques et la mise en œuvre des réformes structurelles qui pèsent sur l’investissement et les perspectives de la croissance ; (3) une forte augmentation des déséquilibres budgétaires et extérieurs.

Mohamed Lahmar

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