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Tunis : Mur de sable ou mur psychologique ?

Très peu d’informations ont filtré sur le mur de sable que la Tunisie à commencer à construire sur ses frontières avec la Libye pour lutter contre les infiltrations terroristes et les trafics de contrebande. On sait seulement qu’il s’agit d’un ouvrage d’art long de 168 kilomètres et qu’il sera achevé avant fin 2015. En annonçant l’édification de ce mur, lors d’une interview télévisée, samedi dernier, le chef du gouvernement, Habib Essid, n’a pas été plus prolixe, cherchant plutôt à souligner les mérites de cet ouvrage pour la sécurité de la Tunisie et pour son combat contre les terroristes en provenance de Libye.

On n’en a pas moins appris que ce mur partira du poste frontalier de Dehiba, au sud-est du pays, et s’étendra jusqu’à Ras Jedir, sur la mer Méditerranée. Selon les informations d’un journaliste de RFI, ce mur serait constitué de sable, et devrait être haut de plus de deux mètres. Il serait complété de tranchées censées être « infranchissables par un véhicule ».

A priori, ces caractéristiques laissent planer quelques doutes sur la solidité du mur, et donc l’efficacité de cette protection. En outre, 280 kilomètres de frontière, au sud du pays, ne seront pas couverts par cette protection. Il serait donc facilement possible de contourner ce mur en passant par le sud de la frontière. Interrogé sur cette probabilité, l’entourage du Premier ministre a répondu: « le risque zéro n’existe pas ».

Le mur que la Tunisie envisage de construire à sa frontière avec la Libye est la dernière carte sécuritaire abattue par le gouvernement de Habib Essid. Ce mur aura pour objectif d’endiguer l’infiltration de terroristes, d’armes mais aussi de contrebandiers, sur le territoire tunisien. Le Sud tunisien est une région où prospèrent de nombreux trafics. Quant à la Libye, elle est livrée depuis plus de trois ans au règne des milices et des groupes armés, parmi lesquels certains se réclament de l’organisation de l’Etat islamique (Daech).

La construction du mur, dont la décision remonte au 18 mars dernier s’inscrit dans le dispositif sécuritaire mis en place et sera aussi constitué de tranchées pour empêcher la progression des hommes et de véhicules. Cette barrière pourrait, à l’avenir, être renforcée par un système de surveillance électronique des frontières.

Quel maillage et quelles infrastructures de soutien ?

Ce mur sera-t-il une simple levée de terre ou une succession d’obstacles alignés sur plusieurs kilomètres de profondeur et soutenus par des points d’appui dotés d’artillerie et de moyens de détection et d’intervention rapide ? Sera-t-il doté de champs de mines, de remblais, de tranchées, de radars de surveillance rapprochée et d’autres de plus de plus grande portée, de portillons électroniques, de bases de soldats rapprochées ? Et puis et surtout, a-t-on prévu le dispositif en ressources humaines qui sera déployé sur 168 kilomètres et les conséquences de cette fixation des troupes sur l’ordonnance générale de la lutte contre le terrorisme ? Enfin, pareil ouvrage requiert un entretien assidu et minutieux dont le coût doit être calculé suivant des variables fluctuantes.

Un mur psychologique

Dans son livre très documenté « Contre les murs », le journaliste français Frédéric Niel écrit que « la dimension psychologique du mur est presque aussi violente que le fait d’empêcher la circulation des hommes». On aurait tendance à ajouter qu’il empêche aussi le contrebandier de se livrer à la contrebande le terroriste de tuer, en créant une dynamique de dissuasion qui a fait, par exemple, ses preuves, avec le mur des sables érigé par le Maroc pour arrêter les infiltrations au Sahara.

L.M.

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