Nidaa Tounes va se heurter plusieurs difficultés et ne peut pas à lui seul diriger le pays, a estimé Ajmi Lourimi, membre du bureau exécutif d’Ennahdha affirmant à Africanmanager que son mouvement disposera d’un bloc parlementaire qui ne reflète pas sa force en tant qu’organisation et en tant que parti politique fort. Interview :
Récemment Mongi Rahoui, leader du Front populaire a déclaré que son parti n’entrera pas dans n’importe quel gouvernement si le mouvement d’Ennahdha y est partie prenante. Qu’en pensez-vous ?
Je respecte la position de Mongi Rahoui, mais je pense qu’il s’agit d’une position temporaire puisque le statut de parti vainqueur des élections ne signifie pas qu’il va donner ses instructions aux autres partis présents dans le futur parlement.
Pour autant qu’il soit le gagnant, il aura certainement besoin d’être consolidé et soutenu par les autres. Il a aussi besoin de jouir de la confiance de ce parlement sans oublier la nécessité d’avoir une large base et un soutien politique assez important.
Nidaa Tounes en tant que premier gagnant réussira t-il à atteindre cet objectif?
Je pense que l’électorat qui a donné ses suffrages à Nidaa Tounes, jugés incomplets, ne pourrait pas lui offrir ces conditions. Dans ce cadre, on doit le comparer à Ennahdha considéré comme un mouvement structuré, bien organisé ayant une base solide et un historique profond. Il a aussi une approche claire et un programme bien déterminé.
Or, ces avantages n’existent pas chez Nidaa Tounes, qui a un bloc parlementaire, mais ce dernier ne reflète pas sa force en tant qu’organisation et en tant que parti politique fort. Je pense que Nidaa Tounes est un parti encore naissant et en cours du développement.
Selon vous, Nidaa Tounes est-il capable de relever les multiples défis qui sont ceux de la Tunisie depuis quelques temps ?
Objectivement, Nidaa Tounes , en faisant cavalier seul, va confronter plusieurs difficultés étant donné qu’il n’a pas une grande expérience en matière de pouvoir à l’exception de son président Béji Caïd Essebssi. Pour le reste, il n’y a que des inexpérimentés.
Et quand bien même ce parti s’ouvrirait sur d’autres partenaires à l’exception d’Ennahdha, il ne pourrait rien faire puisque ces partis n’ont pas aussi l’expérience requise.
Je pense que la Troïka et également Ennahdha ont l’expérience nécessaire en comparaison avec les partis qui ont gagné des sièges dans ce nouveau parlement. C’est une expérience solide puisque Ennahdha a quitté le pouvoir depuis quelques temps et il connaît les dossiers préoccupants et les différents ministères ainsi que tous les établissements publics. Un autre avantage : notre parti a réussi à évaluer de très près la situation du pays au cours de la campagne électorale.
On peut comprendre que Nidaa Tounes n’a pas d’autre choix que de nouer une alliance avec Ennahdha ?
On ne peut pas décider à la place de ce parti surtout que la constitution lui permet de former un nouveau gouvernement. C’est à lui de décider avec quel parti il va coopérer.
Mais, à mon avis, un parti à lui seul, est incapable de diriger le pays et de trouver des solutions pour l’ensemble des problèmes posés.
Nidaa Tounes devra soit aller vers d’autres partis et faire même des concessions en faveur de la Tunisie, soit rester dans le cadre de la constitution tout en essayant d’acquérir une première expérience dans ce processus.
Dans tous les cas, Ennahdha va réagir en toute responsabilité. Si on va être dans l’opposition, on sera une opposition responsable. On gardera la même orientation au cas où on n’y serait pas, L’important, c’est de réussir cette phase de transition.
Pensez- vous qu’il y aurait des surprises pendant les élections présidentielles comme ce fut le cas aux législatives ?
Jusqu’à ce jour, rien n’est clair et personne ne pourrait dire s’il va y avoir un second tour à la présidentielle. Je pense, toutefois, que les élections seront certainement ouvertes.
Faut-il rappeler qu’Ennahdha a proposé son initiative de président consensuel. Une proposition qui a été perturbée en raison de plusieurs facteurs, notamment les événements de Chaambi et la mobilisation pour les élections législatives.
Le président consensuel est une bonne idée si les conditions sont réunies et en mettant en avant l’intérêt du pays. C’est pour cette raison qu’Ennahdha a refusé de présenter un candidat à la présidentielle. La raison est claire puisqu’on rejette l’hémogénie d’un parti sur tous les pouvoirs.
A mon avis, les électeurs vont choisir en toute transparence et dans le cadre de la sensibilisation à leur choix puisqu’on a facilité la candidature de certaines personnes à cette course.
Wiem Thebti








