AccueilLA UNE IDTunis : Qui sauvera la STB et surtout quand?

Tunis : Qui sauvera la STB et surtout quand?

En l’état actuel des choses, les capitaux propres de la plus grosse des banques publiques est négatif de 92,2 MDT. Son ratio de solvabilité est négatif de 5.17 % et son ratio de liquidité accuse une insuffisance de 12,61 %. En un mot, la STB va mal. Elle n’est pas en banqueroute, elle est même riche, comme le disait son PDG et qui défiait quiconque, lors de la dernière AGO, de lui démontrer le contraire. La STB est cependant riche, mais uniquement de toutes les garanties qu’elle ne pourra vendre, de l’argent et de toutes les grosses réserves qu’elle ne peut pour l’instant pas reprendre. Pour l’heure, son capital est de 124 MDT alors que le déficit cumulé dépasse les 700 MDT. C’est ce qui explique les demandes, tant nationales qu’internationales, comme celles de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, de recapitalisation de la STB.

– La STB en est déjà à sa 3ème décision de recapitalisation

Cette demande n’est pas nouvelle. Elle date même du temps du premier gouvernement de la Troïka. Une loi avait été alors votée, plus précisément en septembre 2012, par l’ancienne ANC (Assemblée Nationale Constituante), après le mauvais quart d’heure qu’avaient alors fait passer les anciens Constituants à l’ancienne PDG de la banque accusée alors de banqueroute. Cette grosse somme d’argent avait même été budgétisée. On n’en entendra par la suite jamais plus et l’argent avait été détourné à d’autres fins, des dépenses de consommation. Evaporés donc les 41 MDT et la garantie de 117 MDT de l’Etat au profit de la banque.

En octobre de l’année 2014, une AG extraordinaire de la banque décidait d’augmenter son capital de 650 MDT. «Nous avons décidé cette augmentation, car on ne pouvait pas attendre [les décisions des autorités tunisiennes] et pour répondre aux normes prudentielles, notamment de solvabilité», nous indiquait alors Abdelwaheb Nachi, PDG de la banque.

Le 3 juin 2015, «le Conseil des ministres, a adopté le projet de loi relatif au renforcement des bases financières des banques publiques. Le porte-parole du conseil des ministres et secrétaire général du gouvernement, Ahmed Zarrouk a indiqué dans une déclaration à la presse, que le projet de loi stipule l’autorisation du ministre des finances à souscrire à l’augmentation du capital des banques publiques suivant les besoins et ce à hauteur d’un million de dinars [ndlr : c’est en fait un milliard DT et non 1 MDT comme rapporté par tous les médias sur la base de la déclaration du porte-parole], qui sera répartis en vertu d’une loi». C’est donc une nouvelle loi en perspective et un nouveau débat devant l’ARP (Assemblée des Représentants du peuple, sans aucune information de la part du Conseil des ministres sur la provenance de toute cet argent alors que l’Etat peine toujours à couvrir son déficit budgétaire de plus de 7 milliards DT pour l’exercice 2015.

– Les solutions sont pourtant ailleurs !

Le même jour, une seconde AG extraordinaire de la STB (après celle d’octobre 2014), décide d’augmenter son capital de 652,575 MDT. L’Etat devra y apporter une somme à hauteur de sa participation au capital qui est de 50,5 % et y ajouter au besoin la part qui ne serait pas souscrite par les privés. L’Etat devra ainsi débourser, en monnaie sonnante et trébuchante, au moins 340 MDT sans compter les parts non souscrites des privés. On se demande alors où est-ce que le ministère des Finances trouvera-t-il tout cet argent alors qu’il disait devoir trouver les 550 MDT des dernières augmentations salariales, les 220 MDT au moins des augmentations pour les enseignants et qu’il peine déjà à assurer mensuellement les salaires (3,1 milliards DT en 4 mois) ?

La STB a, en effet, dans ses propres comptes, de quoi se passer du soutien de l’Etat. Il y a «les 96 MDT de biens immeubles hors exploitation, les 180 MDT que pourrait tirer la STB de la vente des hôtels Russelior, pris en garantie dans l’affaire dite «Bien Vu » et d’El Kazar à Sousse en garantie d’un crédit pour un homme d’affaires du domaine du ciment, la possible reprise de 600 MDT sur les 1100 DT de la dette du secteur touristique, les 275 MDT que la banque pourrait récupérer auprès de 220 clients défectueux», comme le signalait à juste titre le PDG partant Abdelwaheb Nachi.

Il suffirait, pour cela, que l’Etat tunisien prenne la décision politique de résoudre autrement la question des dettes du secteur touristique. A plusieurs reprises, les hôteliers en ont exprimé l’entière disposition. Il faudrait ensuite qu’il révise les procédures judiciaires d’application des dizaines de jugements en faveur des banques dans des plaintes contre des dizaines d’entreprises et des centaines de clients dont les dettes sont devenues carbonisées sans qu’il en soit de même pour leurs standings de vie. Il faudrait enfin que l’Etat rembourse à la STB les dettes des entreprises en difficultés et arrête de lui demander d’injecter encore des millions DT dans d’autres, comme dans la BFT (Banque franco-tunisienne).

Reste à dire que, malgré tous les dégâts occasionnés par la soumission de la STB au ministère des finances, sa mise sous la tutelle directe d’un Etat mauvais gestionnaire et le dernier changement de gouvernance qui a apporté 5 nouveaux membres du conseil d’administration, la STB reste exposée à la très possible ingérence d’un Etat qui aura toujours besoin d’un bras financier pour ses décisions qui sont loin d’être purement économiques et financières. Avec au moins deux nouveaux membres issus d’organismes étatiques et le prochain DG qui sera «choisi» par le ministère des Finances, certes sur la base de candidats libres, la STB restera toujours soumise aux lubies politiques d’un Etat mauvais banquier. Les mêmes causes auront donc les mêmes effets.

Khaled Boumiza

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