Tunisair a pris, mardi 9 juin 2015, possession de son 1er Airbus A330 en attendant le second en juillet prochain et le 3ème en 2018. Ces trois nouveaux long-courriers, font partie du plan de renouvellement d’une flotte de 32 appareils et dont 13 devaient être renouvelés. Des avions qui devaient être le prélude à une nouvelle politique commerciale et à un redéploiement de la flotte de Tunisair, vers des destinations plus profitables pour les finances d’une compagnie fortement déficitaire et en mal de ressources propres. Or, le premier de ces 3 long-courriers, devrait être mis en activité sur une destination, plutôt courte, qui est Paris comme l’a annoncée à la Radio nationale la PDG de la compagnie Sarra Rjeb. Toutes les aventures africaines de Tunisair, ont jusqu’ici été plutôt déficitaires, la destination long-courrier des Emirats, pose le problème des fortes restrictions de visa pour les Tunisiens, imposées depuis peu par les autorités des Emirats Arabes Unis. Restent donc des destinations, comme le Canada sur laquelle table le directeur des produits, ou la Chine que ne semblent pas être l’urgence du nouveau management de Tunisair.
Entretemps, la nouvelle PDG a été chargée, depuis quelques semaines, par le ministre du transport de revoir la copie de redressement de Tunisair, élaborée par Rabah Jrad et mise en début d’application par la PDG qui l’avait remplacé pour quelques mois, Salwa Sghaïer.
Rencontrée dans le nouveau A330, Sarra Rjeb qui est la 3ème PDG depuis la révolution, nous indique que le plan de redressement de Tunisair était déjà prêt avant qu’elle n’intègre Tunisair. «Je n’ai fait qu’y apporter quelques touches et quelques corrections, avant de présenter très prochainement au ministre le nouveau plan qui intègrera la nouvelle stratégie commerciale de Tunisair, une partie qui n’y était pas très bien développée».
Sa propre copie du plan de redressement de Tunisair, dont elle dit que le ministère [Le ministre était assis à côté d’elle en première classe, un bandeau sur les yeux comme s’il n’écoutait pas] le soutient à fond, surtout financièrement, la nouvelle PDG de Tunisair dit qu’il mettra en avant «les moyens d’augmenter les recettes de l’entreprise, comprimer les coûts et chercher les moyens de développer la compagnie». Elle expliquera ensuite, ce qui pourrait n’être qu’un vœu pieux comme nous ne le souhaitons pas, qu’augmenter les recettes passera par l’amélioration de la qualité des services, développer le réseau de Tunisair, d’abord à travers «les axes classiques et ensuite par l’ouverture d’autres horizons, comme dans l’Afrique subsaharienne où il y a un marché intéressant ou Montréal à partir de fin 2016».
Encore plus prétentieuse et optimiste [ndlr : un de ses traits de caractère], elle évoque même «un nouveau plan de flotte, car l’actuel touche à sa fin, les dernières livraisons se faisant au plus tard en 2018 ». Et lorsqu’on lui fait rem arquer qu’Airbus estimait à 50 appareils les besoins de Tunisair sur les 20 prochaines années, si elle voulait décoller et planer financièrement haut, elle ne le nie pas et acquiesce. «Oui, si nous voulons développer de nouvelles destinations comme la Chine, l’Amérique du Nord, le Japon». Avis pour Airbus !
Interrogée sur le volet social du plan de redressement et le nombre d’employés qui devront être délestés par la compagnie pour alléger sa charge salariale, Sarra Rjeb annonce une nouvelle qui fera certainement des heureux à Tunisair. «J’ai vu le plan de redressement de Tunisair et j’ai vu dans les journaux, bien avant mon arrivée, qu’on y parlait du départ de 1700 agents » dit-elle avant de nous surprendre. «Au fait, lors de ma révision du plan de redressement, j’ai décidé de ne pas maintenir ce chiffre de 1700 départs. Au grand maximum, ce sera seulement un millier de personnes. Faire partir 1700 agents coûtera à Tunisair 75 MDT, sans compter les 140 MDT pour la CNSS, et je pense que le sureffectif de Tunisair n’arrive pas à ce chiffre», précise-t-elle. Femme de caractère, Sarra Rjeb commence ainsi à imprimer sa propre cadence au plan de redressement de Tunisair.
Soucieuse de l’impact de sa communication, la nouvelle PDG attirera notre attention, lorsque nous lui faisons remarquer l’état délabré des finances de la compagnie, sur le fait que «Tunisair reste solvable, malgré ses difficultés financières ». Elle en veut pour preuve, le fait que «on a pu, certes avec la garantie de l’état, trouver les crédits nécessaires à l’achat de ces trois nouveaux avions et 10 MDT pour la réparation des moteurs d’autres avions».
A la tête du mastodonte Tunisair, un employeur toujours courtisé par tous les chômeurs de Tunisie malgré sa surcharge d’employés, un transporteur fortement critiqué pour la qualité de son service et notamment ses retards récurrents et une société étatique fortement endettée, Sarra Rjeb reste manifestement optimiste et compte apparemment sur sa capacité à abattre le trop de travail qu’attendrait une telle responsabilité, pour réussir ce qu’au moins trois de ses précédents n’avaient pas pu réussir. Bon courage !
Khaled Boumiza








