C’est une autre Wided Bouchammaoui qu’on a pu voir, vendredi dernier dans une université libre, devant un parterre de «fils à papa», comme nous le disait un responsable de cette université lorsque nous lui proposions de prendre quelques étudiants en job d’été. Une «patronne des patrons», plus détendue qu’elle ne l’avait été dans ses récentes apparitions. Une Bouchammaoui qui se laisse aller à parler de son parcours professionnel, même si elle avait oublié de préciser qu’elle est la fille de l’un des magnats du pétrole en Tunisie et en Egypte notamment, ou encore lorsqu’elle se laisser aller à parler de ses relations avec le SG de l’UGTT, Houcine Abassi.
Mais tout cela n’était que détail par rapport à ce qu’elle a pu dire sur l’emploi et la lutte contre le chômage qu’elle dit sa priorité et celle de l’organisation patronale. «Satisfaire les demandes d’emploi, c’est notre priorité » a-t-elle ainsi affirmé, sans oublier de dire que cela reste aussi de la responsabilité de tous et surtout tributaire de l’atmosphère propice à ce défi qui devra être installée.
– «On est en train de fabriquer des chômeurs».
Non moins importante était sa défense des patrons face aux attaques du syndicat ouvrier qu’elle place, à juste titre d’ailleurs, dans le cadre des prochaines négociations salariales. «Nous sommes en train d’investir et nous n’avons pas arrêté de le faire, même si les Tunisiens ne le voient pas, car il faut au moins 3 années pour qu’un projet entre en production et devienne visible par ses recrutements », précise-t-elle sans se laisser démonter par les propos de son alter ego à l’UGTT qui disait que le patronat privé tunisien n’investit plus.
Et d’ajouter en guise de précision, même si cela commence à prendre des airs de justification à force de répétition, que «nous ne défendons pas ceux qui n’appliquent pas le droit du travail », sans oublier toutefois de mettre en exergue «la difficulté d’accès à l’investissement », demandant « la révision de la condition des 30 % en fonds propres jugée par elle obsolète, la longue liste de procédures administratives qui n’encouragent pas à l’investissement et alors que le gouvernement avait un certain temps parlé d’actionner la «guillotine administrative». Réaliste un temps à propos de la formation professionnelle, complètement inadéquate aux besoins réels de l’entreprise, elle osera dire que «on est en train de produire des chômeurs».
– «Il faut punir ceux qui ne respectent pas la loi».
Pas trop loquace, mais on la comprendra, tout en jouant le «d’une pierre deux coups », Wided Bouchammaoui évoquera avec beaucoup de diplomatie, le cas de ces jeunes qui préfèrent investir le marché parallèle plutôt que de s’inscrire dans la formation dans les métiers que demande le marché de l’emploi en Tunisie. L’autre coup de la même pierre de l’honorable membre de la dynastie Bouchammaoui, c’est l’économie parallèle. «Avant, c’était plus ou moins organisé. Maintenant, le phénomène s’est fortement développé à l’ombre de l’insécurité et de l’absence de l’autorité de l’Etat et concerne désormais tous les secteurs», dit-elle. Et la patronne des patrons de lancer, comme si elle s’adressait au gouvernement, «il faut appliquer la loi et punir ceux qui ne respectent pas cette loi ». Ne voulant certainement pas rester sur une note négative, sur un sujet aussi délicat que celui de l’économie parallèle qui fait vivre des milliers de familles, elle imprime un petit recul stratégique à ses propos, en affirmant que «nous ne sommes pas contre l’ouverture, mais avec un meilleur contrôle aux frontières et dans les villes en essayant d’intégrer cette économie dans le système réel, tout en trouvant des solutions pour les jeunes». Elle sait, pourtant, que c’est demain la veille que le gouvernement l’entendra à ce sujet. Au marché parallèle, s’est désormais greffé un important gang de trafiquants qui a déjà mis en garde le chef du gouvernement à Dhehiba.
– «Mon ami» Houcine Abassi !
Nous ne terminerons pas sans revenir à cette «confession» de Wided Bouchammaoui à propos de ses relations avec «la rive gauche» que représente désormais l’omnipotent et néanmoins tout aussi fragile SG de l’UGTT Houcine Abassi, et leur partenariat qu’elle a qualifié «d’inattendu». Un partenariat genre «le ver dans la pomme», il faut le lui faire rappeler, qui avait commencé bien avant lorsque les employés et cadres de l’organisation patronale ont formé un syndicat relevant de l’UGTT. W. Bouchammaoui n’en parlera point.
Selon son témoignage en tout cas, leur relation remonte à la mort de Mohamed Brahmi. «Je l’ai alors appelé pour lui dire qu’on doit faire quelque chose et on a fini par réunir tous les leaders politiques autour d’une même table. L’expérience était difficile, mais nous y avons réussi malgré toutes les contraintes, les appréhensions et les tensions». UGTT et Utica sont désormais partenaires, un développement qui «n’est pas passé sans critiques de la part même de mes structures». Et Bouchammaoui de se rappeler la détérioration de cette relation, lorsque Houcine Abassi a défoncé le patronat et le «Rasmal» tunisien, l’accusant de tous les maux de l’économie. Réaliste, elle dira que «cette tension que nous vivons depuis deux mois, est fomentée exprès pour nous obliger aux négociations salariales. Rassurante pour ses bases, elle terminera en affirmant que «on ne se laissera pas faire». Et de jeter, comme une pierre dans la mare que «lorsque nous avions signé, en juin dernier, en présence du chef du gouvernement, pour les négociations sociales, mais aussi pour la productivité et pour le pouvoir d’achat. Malheureusement, nous avons tenu parole, pas l’UGTT».
En attendant, les 27 et 28, démarrera la première grève, officielle, dans le secteur privé !
Khaled Boumiza








