La question est rituelle aux aurores de chaque été. Y aura-t-il des coupures d’électricité, dues surtout aux fortes canicules et à l’utilisation excessive des climatiseurs. Cet été, le pic de la consommation d’électricité pourrait atteindre 4 200 mégawatts (MW), en hausse de 175 MW, par rapport à celui enregistré au cours de la saison estivale 2017 (4 025 MW). C’est là, la capacité de 42 centrales électriques de 100 MW.
Un bon programme d’information et de sensibilisation ciblant les ménages, sur les éco-gestes et les meilleurs usages des appareils électroménagers et surtout de la climatisation (près de 50% de la consommation domestique d’énergie), mérite d’être lancé à plus large échelle par l’ANME, la STEG et tous les acteurs concernés. Il aurait du, même, être lancé depuis des mois.
Les acteurs de l’énergie en Tunisie, dont la communication doit faire l’objet d’une réflexion approfondie, devraient penser, désormais, à inscrire leurs actions de sensibilisation dans la durée, pour remporter l’adhésion des consommateurs, quelle que soit leur nature.
« Ils doivent surtout, promouvoir une information en phase avec l’amélioration du niveau de vie des citoyens, les progrès technologiques, les enjeux environnementaux et énergétiques et aussi, conjoncturels et économiques », déclare à l’Agence TAP, Souad Abrougui, présidente de l’association « Qualite ENR ».
L’ANME, dont la sensibilisation à l’économie d’énergie est l’une des premières tâches, gagnerait à lancer, une étude sur les économies potentielles qui déboucheraient sur le changement de comportement des ménages tunisiens et aussi, des grands consommateurs d’énergie. Ca pourrait aider à comprendre la façon avec laquelle, ils utilisent les appareils électroménagers et les technologies associées. Quelles sont leurs habitudes, leurs attitudes, leurs compréhensions générales de la rationalisation de l’énergie?
Sur la base des résultats de cette étude, une stratégie pourrait être élaborée pour tirer le meilleur profit des technologies, de façon à éviter le gaspillage d’énergie. Elle peut donner lieu à des programmes, mesures ou projets à adopter par les conseils des collectivités locales, fraîchement élus.
Persévérer pour changer les habitudes de consommation
Les Tunisiens (particuliers et personnes morales) doivent être sensibilisés et convaincus, non pas occasionnellement, mais continuellement, de la rationalisation de la consommation d’énergie, insiste Abrougui.
« Ils doivent être conscients de la nécessité d’adopter un comportement responsable et éco-énergétique, pour faire perdurer leur confort. Un confort qui risque d’être perturbé par des incidents (coupures d’électricité, black-out…), à cause des excès de consommation et de l’insécurité et de l’instabilité de l’approvisionnement en énergie à l’échelle internationale ».
Le montant de la subvention des hydrocarbures coûtera à la Tunisie, cette année, 3 milliards de dinars, contre 1,5 milliard, prévu dans le budget de 2018. A cet effet, l’adoption d’un mode de vie plus écoénergétique peut entraîner, certainement, d’importantes économies d’énergie. Une heure de privation d’électricité pourrait faire économiser jusqu’à 850 Mégawatts/Heure, soit la consommation annuelle en électricité de 4000 foyers (chiffres de la Earth Hour de 2013).
« Rationaliser les habitudes de se ventiler, se chauffer, se laver, s’éclairer, cuisiner, nettoyer et se divertir, pourrait être d’un grand apport pour soi et aussi, pour la communauté. Ceci pourrait se faire avant le déploiement, qu’on espère massif, des énergies renouvelables, en particulier, l’énergie solaire », souligne la présidente de l’Association « Qualité ENR ».
L’impératif de l’efficacité énergétique
L’efficacité énergétique représente à elle seule plus de 50% des objectifs climatiques de la Tunisie et environ 40% du besoin en financement. Le pays dispose, en effet, d’une reconnaissance internationale pour ses efforts dans ce domaine. Dans son rapport de 2017, la Banque Mondiale a classé la Tunisie, 18ème en matière d’efficacité énergétique sur un total de 111 pays.
Certes, cette reconnaissance internationale est le résultat des efforts déployés dans ce domaine. Mais, la Tunisie pourrait faire mieux, dans l’avenir, à travers des programmes beaucoup plus décentralisés et impliquant davantage les communautés locales.
« Il faut changer de méthodes et de messages », insiste Souad Abrougui, expliquant que si les acteurs de l’énergie en Tunisie, veulent que les citoyens adoptent les bons comportements éco-responsables, il faut qu’ils prennent en considération, dans leur stratégie de communication, les attitudes des citoyens et le progrès technologique, afin d’assurer toutes les chances de réussite aux actions ciblant l’économie d’énergie.
TAP








