« Aujourd’hui, l’économie tunisienne a pu sortir de la zone des hauts risques de retour à la récession et il n’est plus opportun de continuer la composante Go », ont indiqué les économistes tunisiens dans une lettre publiée récemment par le Cercle des économistes de Tunisie. L’auteur de cette analyse, Taoufik Rajhi, a relevé le creusement permanent des déficits et l’explosion de la dette à moyen terme mais aussi les limites des sources de financement extérieures de l’économie, soulignant qu’il est temps d’activer la composante « Stop » qui diffère notablement de la notion de l’austérité.
Et d’expliquer que l’austérité est synonyme de réduction drastique des dépenses publiques de tout genre allant des salaires aux dépenses sociales tout en passant par les dépenses d’investissement. La mise en œuvre d’une politique d’austérité se heurte aussi à la contrainte de sauvegarde du processus de transition et au cycle politico-économique, sans oublier le risque que l’économie bascule dans la stagnation ou la récession. A défaut d’apport substantiel d’investissement direct étranger, d’une reprise de l’investissement national privé, d’engagement ferme du secteur privé et de rationalisation des revendications sociales, la mise en œuvre du « Stop » s’impose avec des solutions innovantes qu’il faudrait mettre en œuvre, dès le budget 2014.
Il a précisé que le « Stop » dont a besoin l’économie tunisienne s’apparente plus à une croissance nominale nulle que celle réelle. La raison est que les dérapages de 2013 sont si importants qu’il faudrait engager, dès 2014, un processus de consolidation budgétaire graduel, mais qui commence avec un signal assez fort : « Le « Stop » s’apparente à plus de rigueur et de rationalisation inscrite dans un processus de consolidation de moyen terme qui laisse au secteur privé le soin de prendre la relève et relancer l’économie », a-t-il dit.
L’auteur de cette analyse a montré, en outre, que le schéma de croissance s’est dégradé en Tunisie, après 2012, et les perspectives de 2014 reflètent les difficultés de la consolidation.
L’année 2012 a été marquée par le retour de la croissance (3.6%) avec une maîtrise du déficit budgétaire (5.1%) en dessous du niveau annoncé dans la loi des finances complémentaire (soit 6.6%) et une stabilisation du taux d’endettement public au niveau de 2011 (44%) et de l’endettement extérieure (39%), dans un contexte inflationniste et de légère réduction du chômage et la poursuite du glissement nominal du dinar initié depuis 2011.
S’agissant de 2013, il a affirmé que l’année se caractériserait par une croissance plus faible qu’attendue, évoquant un creusement du déficit budgétaire et de l’endettement dus en partie à l’effet mécanique de la poursuite du glissement nominal du dinar et du fléchissement de la croissance. La tendance à la baisse du chômage et de l’inflation sont de plus en plus visibles en particulier celle sous-jacente, soulignant que des dérapages en 2013 ont eu lieu par rapport aux prévisions.
La conception de la politique budgétaire en 2014 nécessite le traitement des contraintes et risques. La première contrainte est celle concernant l’exécution de la composante d’investissement public budgétisé dans la loi des finances complémentaire 3 de 2012 à hauteur de 6400 millions de dinars (MDT), soit une augmentation de 25% par rapport à 2011 et à hauteur de 5500 MDT en 2013. Le résultat est que pas plus de 74% du budget ont été exécutés en 2012, soit 4772 MDT. Notons que les prévisions pour la fin de 2013 tablent sur 87% comme taux d’exécution.
La deuxième contrainte évoquée est celle de la bulle des dépenses de compensation dont l’envolée fut remarquée, à partir de 2011. Dans ce cadre, Taoufik Rajhi a déclaré que les dépenses représentent à peu près le niveau des dépenses d’investissement public, un peu plus que le service de la dette et presque la moitié des salaires et traitements des fonctionnaires du secteur public. Et d’expliquer que cette bulle, qui ne représentait que 2% du PIB et moins que 10% du budget de l’Etat dans les années 2000-2010, a été multipliée par presque 3 représentant ainsi 5.5% du PIB et 25% du budget en 2013.
La troisième contrainte, selon l’économiste, est le corollaire des deux premières, qui se traduit par un budget de l’Etat biaisé vers les dépenses de consommation publique sous forme de salaires et de dépenses de compensation. Ce biais constitue, selon lui, une contrainte majeure de la politique de « Go & Stop » puisqu’il prive la politique budgétaire de l’espace fiscal nécessaire pour financer les dépenses d’investissement qui sont le fer de lance de la lutte contre le chômage et le développement régional, d’une part, mais piège aussi la mise en œuvre de la composante « Stop ».
Khadija Taboubi








