U.S. News & World Report place la Tunisie au 77ème rang mondial dans son édition 2026 du Best Countries ranking, avec un score global de 46,7 sur 100. Ce classement, fondé sur 100 indicateurs objectifs répartis en huit catégories, dresse un portrait contrasté d’un pays aux atouts réels mais fragilisé par des déficits structurels profonds, notamment en matière de démocratie, d’emploi et de numérique.
– Opportunité : le meilleur rang, mais des failles béantes
La Tunisie obtient son meilleur classement dans la catégorie Opportunité, où elle se place 70ème avec un score de 42,2. Ce résultat doit cependant être lu avec précaution. Le score des dépenses d’éducation atteint 91,7, ce qui témoigne d’un effort budgétaire réel de l’État en faveur de l’enseignement. Mais cet investissement ne se traduit pas en résultats : le niveau d’instruction n’obtient que 24,9, et la durée moyenne de scolarité est de 7,6 années seulement. C’est le premier paradoxe tunisien. On dépense, mais on ne capitalise pas.
Le taux de chômage ressort à 15,1%, ce qui donne un score de seulement 18,7 sur ce critère. Les compétences numériques obtiennent 19,9, reflet d’un marché du travail mal équipé pour les économies de la connaissance. L’accès au crédit ne dépasse pas 28,6, et la qualité réglementaire plafonne à 27,5. L’économie informelle, elle, affiche un score de 62,4, signe que l’activité productive échappe largement au cadre formel.
– Gouvernance : la sécurité sans la liberté
La Tunisie se classe 71ème en Gouvernance, avec un score de 46,9. Derrière ce chiffre moyen, se cache l’un des paradoxes les plus saisissants du profil tunisien. Le score de violence politique atteint 98,0, avec seulement 0,1 mort pour 100 000 habitants. C’est l’un des niveaux les plus bas de la région. La Tunisie est un pays physiquement sûr. Mais la démocratie libérale n’obtient que 29,5, et la participation aux traités internationaux chute à 20,4. La force du passeport tunisien (indice Henley) ne dépasse pas 23,5.
La dette publique s’établit à 83,1% du PIB, avec un score de seulement 28,5 sur ce critère. Les perceptions de la corruption donnent 31,8. L’efficacité gouvernementale atteint 36,3. La stabilité des régimes obtient en revanche 77,5, et la volatilité de l’inflation 78,7, reflets d’une certaine continuité macroéconomique. Le tableau d’ensemble est celui d’un État qui assure l’ordre, maîtrise l’inflation, mais peine à se légitimer démocratiquement et à gérer sa dette.
– Santé civique : le maillon le plus faible
C’est ici que le bilan est le plus sévère. La Tunisie se classe 89ème sur 100 pays en Santé civique, avec un score de 43,8. Le chiffre le plus alarmant est le taux de participation électorale, qui obtient un score de 1,0, soit le score quasi nul attribué aux pays où le taux de vote est quasi inexistant. Ce chiffre reflète directement la désaffection citoyenne après les réformes constitutionnelles de 2021-2022.
La confiance généralisée entre citoyens ne dépasse pas 20,4. Le bonheur subjectif obtient 30,7. Les prisonniers non condamnés représentent 54,9% de la population carcérale totale, ce qui donne un score de 29,9 et témoigne d’un système judiciaire sous pression. La démocratie libérale est à 29,5. La participation sociétale atteint 42,8. L’indice de terrorisme ressort à 53,4. Seuls le score de surdosage de drogues (84,3) et la liberté d’expression (69,6) sauvent partiellement la catégorie.
– Santé et infrastructure : des bases solides, des lacunes numériques
Dans les catégories Santé (71ème, score 52,4) et Infrastructure (74ème, score 57,2), le profil est plus nuancé. L’accès à l’électricité atteint le score parfait de 100,0. La couverture sanitaire de base couvre 98,5% de la population, avec un score assainissement de 97,5. La couverture vaccinale atteint 94,7. L’espérance de vie est de 76,5 ans. La mortalité infantile, à 10,6 pour 1 000 naissances, donne un score de 79,3. L’efficacité des soins de santé obtient 76,8.
En revanche, la densité médicale est faible : 1,3 médecin pour 1 000 habitants, soit un score de 19,1. La recherche médicale chute à 5,2. Sur le numérique, le fossé est criant. La vitesse du haut débit est de 19,6 Mbps, pour un score de 3,0. L’accès réseau obtient 21,6 et les performances logistiques 22,2. La Tunisie a construit ses fondations physiques, mais n’a pas encore bâti son infrastructure numérique.
– Environnement et culture : des atouts sous-exploités
La Tunisie se place 71ème en Environnement naturel avec un score de 54,1. La qualité de l’air obtient 79,7 et les émissions carbone 74,6, deux points positifs dans un contexte mondial sous pression climatique. En Culture et Tourisme, le pays est 77ème avec 32,8. Les exportations créatives obtiennent 62,5 et la propriété intellectuelle 65,4. Mais les attractions touristiques et les destinations de vacances n’obtiennent respectivement que 1,0 et 5,4, signalant un potentiel touristique largement sous-valorisé malgré un patrimoine historique réel.
– Le portrait d’ensemble
Avec un PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat de 14 521 dollars et un PIB total de 178,3 milliards de dollars pour 12,3 millions d’habitants, la Tunisie dispose d’une base économique modeste mais fonctionnelle. Ce que les chiffres U.S. News 2026 révèlent, c’est un pays qui a réussi à construire des infrastructures de base, à maintenir la sécurité physique et à contenir la violence, mais qui accumule les retards dans les dimensions qui définissent le développement du 21ème siècle : numérique, emploi qualifié, gouvernance démocratique et confiance civique.








