AccueilLa UNETunisie-Economie : Tout va très bien, Madame la Marquise !

Tunisie-Economie : Tout va très bien, Madame la Marquise !

Les nouvelles du front économique sont franchement mauvaises, voire affligeantes. Les Tunisiens sont en peine d’entrevoir le bout du tunnel alors même que le gouvernement s’obstine à dire et redire contre toute logique que la situation n’est pas aussi catastrophique qu’on le soutient, poussant l’aplomb jusqu’à affirmer qu’elle est généralement bonne et gérable. Tout va très bien, Madame la Marquise.

C’est à se demander si les gouvernants du pays sont frappés de cécité s’agissant de la chose économique, ou plutôt s’ils ne veulent pas regarder la situation en face , malgré les avertissements qui leur sont adressés et l’unanimité qui s’est faite dans tous les milieux économiques affirmant que l’économie tunisienne a pulvérisé l’essentiel de ses chances de se redresser et qu’au contraire, elle pique du nez vers le fond. Certes, la situation économique mondiale, plus particulièrement dans les pays de l’Union européenne, n’y est pas étrangère tout comme les troubles les sociaux qui, il est vrai, ont enregistré un reflux tout léger, mais ce n’est que peu de chose par rapport à cette addiction au pouvoir qui habite les partis de la troïka, singulièrement Ennahdha et leur irréversible propension à vouloir le garder. Au demeurant, on doit à la vérité de dire que, dans cette configuration , l’opposition ne fait pas figure de saint de vitrail , par le biais des pressions qu’elle exerce continûment sur le gouvernement et sur les partis au pouvoir, que ce soit au Parlement, sur les plateaux de télévision et tout simplement dans la rue. Pour autant, doit-on le leur reprocher plus que de raison, sachant que telle est leur vocation et qu’une opposition sans quête du pouvoir n’en est pas une. Mais tout le monde doit savoir que ceci a un coût économique et social exorbitant et de moins en moins supportable.

Que les uns et les autres s’instruisent des nouveaux développements de la situation économique, tels qu’exposés, vendredi dernier, par trois ministres, pour devoir réaliser à quel point cette situation est devenue si désastreuse et, ce faisant, tempérer un tant soit peu leurs ardeurs et raison garder.

D’abord, les prévisions de croissance ont été révisées à la baisse deux fois plutôt qu’une, de 4,5%, début 2013, à 4%, en avril, et de 4% à un petit 3,6%, fin août, et Dieu seul sait à combien ce taux tombera, d’ici la fin de l’année. Pis, les recettes fiscales n’ont augmenté que de 4,4% alors que l’on tablait sur 11%, soit un recul de 496 millions de dinars auxquels s’ajoutent 411 millions de dinars de recettes non fiscales. Les dépenses de développement, elles, n’ont crû que de 17%, en deçà des estimations, les fonds payés n’ayant pas dépassé les 80% par rapport aux prévisions fixées à fin juin 2013. Et puis, l’endettement qui avait dépassé déjà, en 2012, la barre symbolique des 50%, devrait passer, en 2013, à 51,1%, et les perspectives ne plaident pas pour l’inverse ni pour une stabilité du taux. Les investisseurs étrangers tournent le dos à la Tunisie, faute de confiance dans le pays. Plusieurs d’entre eux ont choisi de délocaliser chez les concurrents, générant un surcroît de chômeurs. Le dinar s’est fortement déprécié, augmentant le taux d’inflation qui a grimpé, cette année, à 6,4% alors que sa moyenne durant les 15 dernières années est de 3,6% », sans parler du déficit budgétaire qui caracole à 8 milliards de dinars.

Il n’en faudra sans doute pas davantage pour que l’agence de notation Standard & Poor’s qui avait dégradé la note souveraine de la Tunisie, et dans la foulée, celles de maintes banques tunisiennes, ait de la suite dans les idées, elle qui a averti d’une nouvelle dégradation si la situation politique restait en l’état et si les incertitudes persistaient. La voilà servie avec une constitution toujours en souffrance, une assemblée nationale constituante paralysée, des politiciens qui s’étripent à longueur de journée, un gouvernement qui ne veut pas entendre parler de démission, une situation sécuritaire fragile et par endroits hors de contrôle, une vague de terrorisme qui dévaste Jebel Chambi et qui menace de toucher les villes et enfin un Dialogue national qui se bouche tous les horizons.

Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chedly Ayari, a, dans une récente interview au journal Le Monde, pris sur lui de dire tout le mal qu’il pense des politiciens : « le système politique actuel est déconnecté de la réalité tunisienne. Il vit dans une espèce de bulle qui fait que chacun, à sa manière, participe au délitement général. J’insiste : ce qui bloque l’économique aujourd’hui, c’est le politique. Nous avons les moyens de relancer l’économie mais le politique est devenu un facteur de blocage. Pouvoir et opposition sont responsables de la situation ». Chedly Ayari a sentencieusement tout dit, mais personne ne l’a écouté ni entendu. Le pire est-il encore devant nous ?

Mohamed Lahmar

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