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Tunisie-Ennahdha-Salafistes : Comme chat et souris ou comme deux larrons en foire ?

Les relations entre Ennahdha, parti du pouvoir en Tunisie depuis octobre 2011, sont caractérisées dès cette date, par le flou le plus complet et parfois même empreintes d’un certain  questionnement quant à leur nature.
Depuis son accession au pouvoir, Ennahdha a toujours évité de parler du courant salafiste. Et lorsque le gourou du parti, Rached Ghannouchi se résout à le faire, c’est avec un certain paternalisme. Après l’amnistie générale qui touchera ceux qui avaient porté les armes contre leur pays dans l’affaire de Soliman, ce sont les éléments de Bir Ali Ben Khalifa en février 2011, ceux de Rouhia et de Jendouba, en mai de la même année, dont on ne voit toujours pas les procès et le jugement. Hammadi Jbali, va jusqu’à dire qu’ils n’entreront jamais en prison.

Des Salafistes jamais passés en justice et Ali Larayedh qui écoute ce que dit Abou Iyadh.

Les relations entre l’Etat, entre les mains d’Ennahdha, et le courant salafiste jihadiste qui se cristallise autour de la personnalité d’Abou Iyadh, passent dès mars 2012 aux menaces pures et simples. A Ali Larayedh qui déclarait au journal Le Monde, en mars dernier, que « si nous ne les arrêtons pas, nous aurons Al-Qaïda», Seifallah Ben Hassine alias Abou Iyadh répond, menaçant, lui enjoignant de «garde tes distances et ne dépasse pas tes limites ; tu signes ta fin politique». Depuis, le ministre de l’Intérieur,  de surcroît fragilisé par la position paternaliste de son parti envers les Salafistes, garde ses distances et refuse même d’arrêter Abou Iyadh comme l’avouera plus tard le ministre tunisien des Affaires étrangères.
La première et unique menace envers les  Salafistes qu’il évitera d’appeler en tant que tels, viendra de Rached Ghannouchi, en septembre. Dans un entretien à l’Agence France Presse(AFP), le chef du parti islamiste au pouvoir en Tunisie, indique que «à chaque fois que des partis ou des groupes outrepassent d’une façon flagrante la liberté, il faut être ferme, serrer la vis et insister sur l’ordre. Ces gens-là représentent un danger non seulement pour Ennahdha, mais pour les libertés publiques dans le pays et pour sa sécurité, c’est pour cela que, tous, nous faisons face à ces groupes, mais avec des outils respectueux de la loi», se contente de dire le leader islamiste. C’est tout !

Des Salafistes frères ennemis.

Les relations d’Ennahdha au pouvoir avec les Salafistes, s’enveniment en mai à Kairouan et tournent même à la confrontation. Elles  connaîtront ensuite une certaine accalmie qui durera tout l’été. Cela avait commencé lorsque les partis Attahrir et  Ansar Charia, décident,  le 15 juin, de déférer à l’interdiction du ministère de l’Intérieur décrétée contre leur marche contre ce qu’ils appelaient la profanation du sacré. Presse et opinion publique s’étaient alors demandées si cette obéissance à l’ordre du ministre de l’Intérieur et au signe d’Ennahdha qui avait, elle aussi, annulé sa propre marche pour le sacré, ne cachait pas un quelconque compromis ou entente entre Ennahdha et les courants salafiste. Le compromis ne pourrait-il pas stipuler  que les Salafistes ne seront pas inquiétés, s’ils n’inquiétaient pas le tourisme ?
Cette trêve durera en tout cas tout l’été, pour le bien du tourisme. La trêve a été tellement respectée que nombre de médias tunisiens s’étaient demandés où sont passés les Salafistes ?
La trêve avait-elle été signée, en catimini, depuis le 15 juin dernier ?
Personne ne peut le jurer, mais la question demeure. Ennahdha avait, en effet, accepté ce qui pourrait être l’inacceptable, comme de revenir sur la primauté de la Charia dans la Constitution ou le silence devant le refus du reste de la Constituante sur la non incrimination du sacré et il était «anormal » presque que les Salafistes laissent passer cela sans piper mot ou sans action retentissante pour se faire entendre.

Rupture de trêve ou recherche de nouveaux compromis.

Cette trêve ou ce compromis semblent avoir éclaté pour des raisons qu’on ne découvrira pas  pour l’instant . Peut-être, selon certains observateurs, serait-ce le schisme qui mine, depuis quelques semaines, le mouvement d’Ennahdha. Ce sont les évènements de l’ambassade US qui ont signé, à notre avis, la fin de la trêve entre les frères ennemis, les Salafistes étant désormais plus forts de l’émergence de l’image d’Abou Iyadh et sa mouvance salafiste, comme celle de la seule force possible capable faire face et de battre Ennahdha sur le terrain. Les menaces qui pèsent, depuis quelques semaines, sur ce désormais nouveau leader du courant islamiste, seraient-elle derrière le coup de semonce lancé par les Salafistes à l’allié américain d’Ennahdha ? Ce coup de semonce aurait-il eu pour but de rediscuter une nouvelle trêve sous de nouveaux rapports de force et alors que la conjoncture [nouvelles caricatures du le Prophète] semblait opportune pour un nouveau coup nettement plus douloureux pour le Gouvernement d’Ennahdha ?
Les réponses sont en tout cas difficiles à trouver, de manière officielle. Ce qui est sûr, c’est que les deux parties (Ennahdha et le courant Salafiste) semblent cependant avoir réussi à trouver un nouveau modus vivendi, peut-être jusqu’aux prochaines élections.
Ennahdha  semble ainsi, selon des sources journalistiques proches des deux parties, avoir repris langue avec les salafistes, moins d’une semaine après les événements de l’ambassade des Etats-Unis à Tunis. Des contacts marathoniens au sommet  auraient  eu lieu entre les deux parties et auraient abouti à un marché aux termes duquel  les salafistes s’abstiennent d’organiser des manifestations, ce vendredi. En contrepartie, le mandat d’arrêt lancé contre le  salafiste jihadiste Abou Iyadh sera mis en veilleuse et des salafistes arrêtés pendant les événements de l’ambassade US seront relâchés. Ceci fut fait, ce matin même, puisque deux juges d’instruction ayant ordonné la libération de 6 prévenus sur les dizaines incarcérés à la suite des événements de 15 septembre.
Reste à savoir si cette nouvelle trêve tiendra, jusqu’à quand et sous quelles conditions ? Reste à savoir aussi si le courant salafiste, se sentant ragaillardi par cette réussite, ne sera pas enclin  à  tenter le diable et à essayer de faire reculer encore plus son adversaire qu’est Ennahdha ?
Khaled Boumiza

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