«Tunisie : silence, on viole une femme ! », pouvait-on lire le 30 septembre sur le site du Nouvel Observateur, alors qu’Europ 1 titrait « un très grand crime » et qu’Ouest France écrivait «Tunisie. Violée et accusée d’atteinte à la pudeur». L’affaire fait encore parler toute la presse internationale.
Tout a été presque dit sur l’affaire de cette fille et son fiancé, dont tout le monde avait salué le courage d’avoir décidé d’en parler.
Dans les démocraties, qui respectent tous les droits des hommes, les crimes sexuels sont assimilés au meurtre. Dans certains pays, comme les USA, celles qui se décident à dénoncer leurs violeurs, bénéficient d’une protection policière, jusqu’à ce que la police arrête le coupable et qu’il passe devant les tribunaux. Dans d’autres, les violeurs sont fichés et on va jusqu’à alerter les victimes, lorsque le violeur est relâché. Dans la démocratie Nahdhaouie, on en profite pour politiser une affaire, purement de droit commun et on essaie de l’utiliser, comme le fait la fille même du leader du parti au pouvoir, pour régler des comptes purement partisans et politiciens. Cette affaire appelle pourtant quelques remarques et pose quelques questions, tant sur le fonctionnement des forces de l’ordre et leur image désormais écornée, que sur le fonctionnement d’une justice dont tout le monde, officiel, s’accorde à dire qu’elle est indépendante.
Presqu’un mois, sans se prononcer.
Cela fait maintenant presqu’un mois que l’affaire est entre les mains de la justice. Les coupables sont connus et les victimes aussi. Les preuves, sont dans la voiture, sur les sièges où s’est passé l’horrible viol de la jeune fille et un témoin oculaire existe et qui a tout vu. Les accusés auraient été arrêtés, mais l’affaire n’a pourtant pas terminée d’être instruite et encore moins jugée.
De jeunes loups, lâchés sans garde, dans les rues.
Il est maintenant établi, que les agresseurs étaient de jeunes recrues toutes fraiches. Comment pouvaient elles être lâchées, dans une rue tunisienne objet de tous les dépassements de part et d’autres, toutes seules et sans être accompagnés par des policiers plus âgés, plus mûrs et plus expérimentées et qui auraient pu raisonner les policiers délinquants et éviter cette tragédie ?
L’usage, pour ce genre de rondes ou de brigades de nuit, est un binôme ou un trio de policiers où des agents âgés et expérimentés accompagnent les jeunes recrues. Pourquoi cette règle n’a pas été appliquée et qui en est le responsable ?
Le lièvre n’est levé qu’au changement du chef de poste de police.
Selon certaines sources, celui qui a réellement levé le lièvre et repris l’affaire, c’est le nouveau chef de poste de police après le départ de celui qui aurait essayé de clore le dossier en faisant pression sur la victime pour la dissuader de porter plainte. Est-ce ainsi que fonctionne la police de la Révolution ?
L’accusation portée à la victime de viol, est-elle acceptable en justice ?
De victime d’un crime sexuel, la jeune fille se retrouve accusée d’atteinte aux bonnes mœurs. L’accusateur, n’est autre que la police, accusée de l’avoir violée pendant plus d’une heure. La justice fait pourtant placer l’accusation sur les faits avérés de viol en groupe et la victime devient accusée. Cela est-il juridiquement possible ? Les deux faits (atteinte aux bonnes mœurs et viol en groupe) pèsent-ils juridiquement le même poids, pour que la justice tunisienne, à la recherche de reconnaissance de son indépendance ?
Qui pourra, désormais en Tunisie, se sentir en sécurité ?
L’essence de l’action de toute force de l’ordre, est de garantir la sécurité des citoyens qui lui paient son salaire. Dans le cas tunisien, c’est celui qui est censé veiller à la sécurité, physique et intégrale, du citoyen qui en devient l’agresseur dans la chaire. Qui pourra donc s’arrêter en pleine campagne au signal d’un agent de l’ordre, sans crainte d’être agressé, peut-être spolié, qu’on lui demande un jour alors qu’il rentre après minuit d’une fête en compagnie de sa jeune femme ou de sa fiancé, de prouver qu’elle l’est et de la voir peut-être confisquée et violée devant les yeux de son père ou de son mari ? Qui aura le courage de faire confiance à des forces de l’ordre qui deviendraient hors la loi ? Qui osera venir passer ses vacances dans un tel pays ?
Ce n’est qu’à ce titre, celui de la sécurité et du maintient de l’ordre, que l’affaire du viol de cette jeune fille, pourrait être politisée. Autrement, c’est une simple affaire d’ordre public et une affaire de droit commun. Des erreurs ont été commises et les conséquences qui s’imposent doivent en être tirées par les premiers responsables de la sécurité du citoyen. Il est aussi regrettable de voir, comme on a pu le faire sur les réseaux sociaux, les remarques indécentes dont les auteurs devraient se rappeler que la femme est la mère, la sœur, la maitresse de sa maison, la cousine et la voisine, que ce n’est pas parce qu’une femme sort après minuit, qu’elle mériterait d’être agressée et que la protection, l’ordre et la sécurité, sont des droits inaliénables.
Khaled Boumiza








