Les pays en développement souffrent souvent d’un coût élevé du capital. Étant donné que les centrales éoliennes et solaires photovoltaïques à grande échelle nécessitent des investissements en capital initiaux élevés, les coûts d’électricité nivelés correspondants (LCOE) sont très vulnérables s au coût du capital. Les États peuvent répondre à un coût élevé du capital en introduisant des mesures publiques anti-risque, qui peuvent être comprises comme des interventions du gouvernement et de ses partenaires pour faire face aux risques d’investissement spécifiques, sous forme de politiques, de programmes ou de produits financiers.
Une étude rendu publique cette semaine analyse comment un attelage d’instruments publics pourrait atténuer les risques d’investissement spécifiques à la Tunisie. Il quantifie la réduction du coût du capital et celle des LCOE en reliant les gains économiques globaux au coût des instruments publics. Compte tenu de l’augmentation de la demande d’énergie d’une part et du changement climatique d’autre part, la Tunisie vise à faire usage de ses excellentes ressources énergétiques renouvelables et à attirer les investissements privés dans les énergies renouvelables.
Selon le Plan solaire tunisien (TSP), 835 MW de solaire photovoltaïque et 940 MW d’énergie éolienne seront installés par le secteur privé d’ici 2030, pour atteindre une part de 30% de la production d’énergie renouvelable dans le mix énergétique. La réalisation de ces objectifs contribuerait à la fois à l’engagement de la Tunisie en matière de sécurité énergétique et d’atténuation du changement climatique dans le cadre de l’Accord de Paris.
Coûts de financement
L’étude développe une analyse détaillée de l’environnement de risque actuel. Avec un coût des capitaux propres de 17% et un coût de la dette de 8%, les coûts de financement sont nettement plus élevés qu’en Allemagne, où ces coûts sont respectivement de 7% et 3%. Dans un exercice de modélisation, la contribution individuelle des différentes catégories de risque à l’augmentation du coût du capital est quantifiée. En particulier, trois catégories de risque contribuent fortement à l’augmentation des coûts de financement: 1) le «risque du marché de l’électricité», à savoir les risques liés à la régulation du marché de l’électricité, notamment le besoin de mécanismes transparents et efficaces; 2) le « risque de contrepartie »; c’est-à-dire le risque lié à la fiabilité et à la crédibilité de l’acheteur d’électricité; et 3) le « risque politique ».
Il est précisé par les auteurs de l’étude que les résultats livrés ne doivent pas être interprétés comme une analyse quantitative définitive de l’énergie éolienne et solaire en Tunisie, mais plutôt comme une contribution au processus décisionnel politique plus large.
Pour l’énergie éolienne, l’objectif d’investissement pour 2030 table sure 940 MW. La modélisation élaborée identifie un ensemble ciblé de mesures publiques d’un coût estimé à 104 millions d’euros jusqu’en 2030. Une fois mise en œuvre, elle présente des avantages dont la mobilisation de 1067 millions d’euros en investissement sectoriel privé dans l’éolien avec réduction des coûts de production de 7,2 à 5,8 centimes d’euros par kWh. Il s’agit aussi de réaliser une épargne économique de 310 millions d’euros sur 20 ans et de réduire les émissions de carbone de 21,6 millions de tonnes de CO2 20 ans, par rapport à la ligne de base
Pour le solaire photovoltaïque, l’objectif d’investissement pour 2030 consiste en la production de 835 MW. Il s’agit de mobiliser 532 millions d’euros d’investissements du secteur privé dans le solaire photovoltaïque et de réduire les coûts de production de 7,1 à 7 EUR 5,6 cents par kWh. Ilest escompté en outre une réduction des émissions de carbone de 10,6 millions de tonnes de CO2 sur 20 ans par rapport au scénario de référence.
En conclusion, la modélisation montre clairement les mesures anti-risque devraient dans tous les cas être plus rentables pour la Tunisie, par rapport à une alternative consistant à payer des coûts de production plus élevés.








