Que l’économie tunisienne patauge dans un bourbier sans précédent, cela ne fait aucun doute. Que l’Etat puisse courir la faillite financière, le risque ne serait pas loin. Que le gouvernement se retrouve ankylosé et désarmé face à une conjonction de défis et ne sache pas par quel les prendre, c’est l’évidence même. Les alarmantes déclarations du ministre des Finances par intérim évoquant un défaut de paiement des salaires ont fait le reste.
Il n’en fallait pas davantage pour que la communauté des experts se saisisse de la question à travers des grilles de lecture qui ont ceci de commun qu’elles scellent le dramatique de la situation et des recettes pour y remédier qui éclairent d’un jour nouveau les pistes les biais que le pouvoir en place a été en peine de sonder.
L’universitaire et analyste économique, Aram Belhaj, qui s’exprimait ce lundi matin sur les ondes de la Radio Culturelle, tout en affirmant qu’il est dans la capacité de l’Etat de sortir sur le marché financier local pour lever des fonds et boucler le budget, a estimé que le « doublement du budget et la masse salariale dans un contexte d’une productivité rachitique a été une énorme erreur » Mais pas que cela. L’endettement extérieur, culminant au taux de 75% du PIB, est un handicap majeur en ce sens qu’il hypothèque le remboursement des dettes. L’un de ces créanciers et non des moindres est le Fonds monétaire international qui, à force d’exiger des décisions et des mesures, a enserré la Tunisie dans une logique de « conditionnalité » qui a fait perdre à son gouvernement sa capacité à fixer de son propre chef les priorités. Les réformes demandées par l’institution de Bretton Woods « ne sont pas conformes à la réalité économique et sociale de la Tunisie », a-t-il dit.
Au rang des solutions qu’il préconise, l’instauration d’une trêve sociale aux fins d’engager les réformes, mais encore la nécessité et l’urgence pour le gouvernement de s’attaquer à l’importation anarchique, la dépréciation du dinar, la bureaucratie, la crise sectorielle (textile, cuir et chaussures).
Un Quartet économique
Pour l’économiste Moncef Cheikhrouhou, le bout du tunnel devrait passer par la création de coalitions économiques, surtout d’un Quartet économique, parce que, explique-t-il, les coalitions politiques n’ont pas donné de résultats, pour appeler ensuite à ce que l’UGTT soit représentée dans les comités de contrôle au sein des entreprises publiques. S’y ajoute la réactivation du Conseil supérieur national de la planification. C’est, a-t-il dit, là où il faut engager le débat, prodiguer des conseils aux députés, imaginer des solutions. Les jeunes tunisiens ont la capacité de planifier et d’anticiper », affirme-t-il.
Il a estimé qu’il faut élaborer une politique industrielle capable de créer de la richesse, soulignant que les différents budgets adoptés ces dernières années ne ressortissent pas à une vision claire pas plus qu’ils n’ont pas mesuré la rentabilité escomptée. Le PPP, le code d’investissement…sont des outils performants pour relancer l’économie nationale. La rentabilité des entreprises publiques relève tout d’abord de l’action gouvernementale », souligne Moncef Cheikhrouhou.
L’art de dilapider l’argent public
Plus cinglant a été le diagnostic d’un troisième expert économique, Ezzeddine Saidane, qui, sur Express fm, a affirmé que l’argent disponible a été dépensé depuis 2012 aux fins de recrutements à outrance avec des dizaines de milliers de personnes et dans les compensations aux amnistiés. Et ceci a encouragé, indirectement, les Tunisiens à consommer, à ne pas travailler et à ne pas investir, sans oublier l’effritement du pouvoir d’achat qui a appauvri la classe moyenne. Dans ce tableau, il a pointé aussi le déficit commercial qui est passé de 6200 millions de dinars en 2016 à six mille millions de dinars cette année. En cause : la baisse des exportations et celle de la production pétrolière sans oublier que la production de phosphates qui est stockée sans trouver acquéreur à l’exportation.
Surtout, il a constaté que l’économie tunisienne est , en l’état actuel des choses, incapable de générer de la croissance dans la mesure où les dépenses dépassent, de loin, les recettes, ce qui nécessite, selon lui, le recours à l’endettement intérieur et extérieur qui a atteint, aujourd’hui, 75% du PIB alors que ce taux était de 48% seulement en 2010, passant ainsi de 2800 dinars à 6 mille dinars pour chaque citoyen.
Derrière tout cela, « la politique erronée suivie par le pouvoir en place depuis 2012 et qui consiste en une ouverture du budget aux dépenses avec l’espoir que la consommation va booster la dynamique économique et faire tourner la machine et, par voie de conséquence, générer la croissance », a-t-il asséné.








