Brisant le silence auquel il a choisi de s’astreindre, le chef du gouvernement, Youssef Chahed est monté au créneau dans une interview qu’il a accordée mardi à l’agence de presse nationale TAP, et non à un média privé comme l’avait fait le président de la République, Béji Caïd Essebsi, où il lui avait posé l’alternative du départ ou du vote de confiance au parlement.
Il se profile à travers le ton utilisé par le locataire de la Kasbah et la vigueur qui s’attache aux décisions qu’il a annoncées, une ferme projection sur l’avenir qu’il a résumée dans 4 priorités et engagements essentiels », à savoir la conclusion des négociations sociales avec l’UGTT avant le 15 septembre, la préparation de la Revue du Fonds monétaire international prévue le 15 août aux fin du déboursement de la 4ème tranche, la sortie de la Tunisie sur le marché financier international en septembre et l’élaboration de la loi des finances 2019.
Chahed prêt à aller au Parlement
Dès lors, le fait de parler d’un changement du gouvernement est, à ses yeux, inapproprié, voire nocif pour l’économie tunisienne et la situation générale en son entier, a averti Youssef Chahed qui a affirmé qu’il est de son devoir et de sa responsabilité d’y attirer l’attention de l’opinion publique, se défendant de s’accrocher à ses fonctions, car, au contraire, « je suis ouvert à toute démarche menant à une sortie de crise y compris le vote de la confiance au Parlement tant qu’il prend en compte les quatre priorités et engagements sus-indiqués », a-t-il dit.
Au demeurant, Chahed a estimé que « l’évaluation de l’action du gouvernement doit être fondée sur des données et des chiffres précis autant que sur la réalité de la situation dont a hérité le gouvernement et sur les engagements pris par ce dernier au moment de sa prise de fonctions », rappelant que la situation sécuritaire n’était pas alors au mieux, la croissance était absente et le déficit budgétaire dépassait les 7% ».
Chahed a-t-il brûlé la politesse à BCE ?
Au rang des points forts développés par le chef du gouvernement dans son interview à TAP, figure en grand relief la nomination d’un nouveau ministre de l’Intérieur, dont un communiqué de la présidence du Gouvernement communiquera plus tard le nom. Il s’agit de Hichem Fourati dont Youssef Chahed a dit qu’il est « une personnalité hautement qualifiée maitrisant le dossier sécuritaire et qui est bien loin des tiraillements politiques… capable d’assumer ses responsabilités et de poursuivre la lutte contre la corruption qui constitue l’une des priorités du gouvernement ».
On ne pourrait pas s’empêcher de s’interroger à cet égard sur le cheminement et le mode opératoire choisi par le chef du gouvernement dans la nomination du nouveau ministre de l’Intérieur dont il avait limogé le prédécesseur au grand dam du président de la République qui n’avait pas fait par de sa désapprobation à ce sujet. Chahed a-t-il opté pour la même règle du « parallélisme des formes » en nommant Hichem Fourati en s’abstenant d’en référer au chef de l’Etat ?
La guerre contre la corruption, une priorité inaltérable !
Le chef du gouvernement a été on ne peut plus clair. La guerre contre la corruption se poursuit malgré les tentatives de certaines parties de compromettre les efforts déployés dans ce sens. Le gouvernement, a-t-il rappelé, a renforcé les moyens du pôle judiciaire économique et financier et œuvré à la consolidation du cadre juridique relatif à la corruption, ajoutant que des centaines de dossiers ont été transférés à la Justice.
Dans le même ordre d’idées, il a relevé que les vifs tiraillements prévalant sur la scène politique ont bloqué les concertations au sujet du remaniement ministériel. Et d’ajouter que la suspension des concertations dans le cadre du Document de Carthage 2 « ont freiné ou plutôt bloqué le dialogue entre les différentes parties « .
Chahed a insisté sur le renforcement du dialogue avec les membres signataires de l’accord de Carthage.
Abordant la crise politique du gouvernement, Youssef Chahed a fait remarquer que la plupart des membres de son cabinet appartiennent à Nidaa Tounès et que le mouvement Ennahdha n’est pas le seul à soutenir le gouvernement. Des signataires du Document de Carthage et autres acteurs politiques appuient également le gouvernement, a-t-il dit.
Youssef Chahed a nié toute intention de créer un nouveau parti politique en prévision des prochaines élections présidentielle, réaffirmant son attachement au projet de Nidaa Tounes qu’il trouve » moderniste « .
» Les informations relayées sur la formation d’un parti politique sont erronées et dépourvues de tout fondement « , a-t-il insisté.








