AM*
Notre Kais national est un vrai monument qui porte bien son prénom. Kais dérive de l’arabe Kaisar et du latin Caesar. Ce prénom rendu célèbre par celui du général romain Jules César a qualifié depuis deux millénaires toute personne omnipotente. L’histoire nous apprend qu’en 49 avant JC, ce général des armées romaines après sa victoire contre les Gaulois retourna avec ses troupes en Italie en franchissant le fleuve Rubicon (un fait interdit par le Sénat à toutes les armées à l’époque) en lancent sa fameuse exclamation ‘ Alea Jacta Est ‘ (le sort en est jeté) qui signifie que rien ne sera plus jamais comme avant ! Jules César a bravé cet interdit pour s’attaquer à la corruption du Sénat et la décadence de la République romaine. Il le fit au départ avec quelques succès mais sombra très vite dans des dérives autoritaires et les règlements de comptes, pour finalement instaurer une dictature implacable qui causa sa perte. Il se fit, ainsi faisant, assassiner en plein sénat par ses opposants.
L’histoire est un éternel recommencement, et un scénario semblable pourrait bien se passer en Tunisie 20 siècle plus tard sans, espérons-le, une fin aussi tragique. Notre Caesar national, en l’occurrence Kais Saïed, a lui aussi franchi le Rubicon en se référant à l’article 80 de la constitution dans le louable but de faire le ménage dans les institutions d’une République en perdition. Il faut dire qu’il fallait une bonne dose de courage à ce monsieur pour franchir le pas, et prendre une telle disposition qui a surpris tout le monde politique. Il ne fait guère de doute que Kais Saïed est un homme sincère, honnête, animé par un patriotisme indiscutable et qui ne veut faire que du bien à son pays .Il a décidé de s’attaquer à une hydre tentaculaire qui a ruiné le pays depuis 11 ans, et dont les ramifications ont infiltré tous ses rouages vitaux de l’Etat, le conduisant à une redoutable banqueroute. La lutte contre la corruption endémique dans les domaines, judiciaire, économique et politique, est une bataille vitale nécessitant un engagement sans faille, une persévérance et une résilience à toute épreuve. Kais Saïed s’est apparemment engagé dans ce combat, n’écoutant que sa conscience, en utilisant les armes qu’il a choisies, certes spectaculaires, mais peu ou prou efficaces. Ses différentes descentes inopinées à la mode d’Eliott Ness ne sont que des coups d’épée dans l’eau qui n’ont qu’une portée populiste qui le font caracoler aux sommets des sondages, mais qui ne pourront en aucun cas résoudre les problèmes du pays. Sa communication à la tronçonneuse dans des diatribes menaçantes et vindicatives dans un arabe châtié à la Sibawayh à mille lieues de notre réalité tunisienne, ont commencé à fatiguer son auditoire. Le pays est entré dans un compte à rebours depuis le 25 juillet et le citoyen lambda ne voit pas le bout du tunnel. Avec quels outils politiques le président va-t-il résoudre les problèmes sociaux économiques et structurels du pays ? Quelle est sa vision à court et moyen termes ? Que va-t-il advenir du système politique actuel ? Avec quelle équipe va-t-il diriger ce pays ? Mystère et boule de gomme !
Un aperçu de son programme électoral aux élections présidentielles permet d’entrevoir peut-être le sort politique qu’il réserve au pays. Un programme pseudo révolutionnaire ou le populisme le dispute au socialisme saupoudré par un zeste d’islamo-conservatisme qui n’a aucun sens. Il ne fait aucun doute que Kais Saïed est inclassable sur l’échiquier politique traditionnel, vadrouillant de la gauche révolutionnaire a la droite conservatrice en s’octroyant quelques haltes au centre. En voulant chambouler complètement le système politique, en méprisant les partis, en s’appropriant toutes les armes constitutionnelles entre ses mains, en s’entourant de collaborateurs complètement à ses bottes, il est évident que ce sont là les ingrédients qui feront éclore une dictature aussi éclairée, soit-elle. Espérons que notre Caesar national, que Dieu le préserve, n’aura pas les mêmes tentations, les mêmes ambitions et le même sort que le bien nommé Jules. Alea jacta est !
*Libre contribution de Tarak Arfaoui








