La Tunisie veut importer les déchets européens, et doit pour cela fournir à la Commission européenne des informations détaillées sur les installations destinées à les recevoir et démontrer qu’ils seront traités dans des structures autorisées à effectuer des opérations de valorisation, conformément à l’article 42 du règlement européen.
Or, la question demeure : la Tunisie, où l’enfouissement reste le principal mode de gestion des déchets, peut-elle réellement importer d’autres déchets alors qu’elle peine à gérer les siens ? À cette question, Samia Gharbi, experte en sciences de l’environnement, est catégorique : « Un pays qui ne maîtrise pas ses déchets ne devrait pas en importer. »
Selon elle, la Tunisie éprouve déjà de grandes difficultés à gérer ses déchets municipaux et industriels, avec des décharges saturées et des déchets toxiques stockés sans traitement adapté, ce qui représente un risque majeur pour les nappes phréatiques, le sol et l’air.
La Tunisie fait déjà face à une urgence environnementale majeure. En 2022, elle a généré environ 3 millions de tonnes de déchets solides municipaux, un volume qui pourrait atteindre 6 millions de tonnes d’ici 2050, selon un rapport de la Banque mondiale publié en janvier dernier.
Chaque Tunisien produit en moyenne 0,80 kg de déchets par jour. Si le taux de collecte atteint 72 %, le coût de la dégradation environnementale liée à une gestion perfectible s’élève déjà à 155 millions de dollars (soit l’équivalent de 442 millions de dinars) par an, souligne encore le rapport.
Aujourd’hui, ces déchets sont visibles partout, notamment les gravats et matériaux issus des bâtiments, qui jonchent routes et zones agricoles. Ces matériaux contiennent des polluants persistants (POP) et représentent un réel danger pour l’environnement. « Nous ne sommes pas capables de gérer ces déchets existants, alors comment importer encore ? » insiste l’experte.








