Voici ce que le New York Times conseille à Trump de faire...

Voici ce que le New York Times conseille à Trump de faire pour la Tunisie

par -

D’habitude peu porté sur les affaires tunisiennes, l’influent quotidien New York Times vient de dire tout le bien qui doit être pensé de la Tunisie, « le seul pays du Moyen-Orient à atteindre les objectifs que nous avions tant souhaités pour l’Irak, la Syrie, l’Égypte, la Libye, le Yémen et l’Afghanistan », écrit-il sous la plume de son célèbre éditorialiste des affaires étrangères Thomas L. Friedman, trois fois lauréat du prestigieux prix Pulitzer, du non moins prix National Book Award et auteur de 7 livres dont «De Beyrouth à Jérusalem».

Il a ouvert son article en se posant la question de savoir pourquoi « l’unique pays du Printemps arabe à avoir réussi une transition relativement pacifique d’une dictature à une démocratie constitutionnelle avec l’autonomisation totale de ses femmes, est le pays auquel nous avons eu le moins à faire et où nous n’avons jamais envoyé des soldats pour se battre et mourir ». Cela s’appelle la Tunisie qui « n’a reçu qu’environ un milliard de dollars d’aide américaine et trois garanties de prêt depuis sa révolution démocratique de 2010-2011 », répond-il aussitôt.

La Tunisie tient bon

À titre de comparaison, les États-Unis dépensent actuellement environ 45 milliards de dollars par an en Afghanistan, après 17 ans de tentatives visant à le transformer en une démocratie pluraliste. C’est un contraste fou, dit-t-il, surtout quand on considère que la démocratie autonome en Tunisie est un modèle tellement important pour la région, mais de plus en plus fragile. « Pour le moment, la Tunisie tient bon, mais elle pourrait utiliser à bon escient autant que nous dépensons en une semaine en Afghanistan ».

Pourtant, la Tunisie est menacée par les grèves, l’instabilité en Libye, le ralentissement économique qui ne crée pas assez d’emplois ni de revenus pour les jeunes instruits, un prêt du Fonds monétaire international signé en 2016 qui empêche le gouvernement de recruter, ce qui provoque des tensions parmi les principaux acteurs de l’accord sur le partage du pouvoir impliquant des syndicalistes, des islamistes, des figures de l’ancien régime et de nouveaux démocrates.

Se demandant ensuite pourquoi la Tunisie pourrait-elle passer à la démocratie alors que d’autres ne le pourraient pas, Friedman évoque l’œuvre du « père fondateur de la Tunisie, Habib Bourguiba, leader de la Tunisie indépendante de 1956 à 1987 ». Même s’il était président à vie comme les autres autocrates arabes, Bourguiba était unique à bien d’autres égards: il maintenait une très petite armée et ne gaspillait pas quatre décennies à tenter de détruire Israël; il était en réalité une voix solitaire appelant à la coexistence, rappelle Friedman. Il ajoute que Bourguiba a éduqué et autonomisé les femmes tunisiennes et a permis l’émergence de composantes de la société civile relativement puissantes – syndicats, associations d’avocats, organisations féminines -, essentielles pour renverser le tyrannique successeur de Bourguiba et élaborer une nouvelle constitution avec le mouvement islamique tunisien. La Tunisie disposant également de peu de pétrole, elle a donc dû investir dans l’éducation de sa population.

En un mot, la Tunisie avait les bases culturelles pour soutenir une révolution démocratique. Mais les transformations politiques et culturelles se déroulent à des vitesses différentes. Les États-Unis voulaient précipiter la transformation culturelle nécessaire de l’Afghanistan et de l’Irak, mais comme Peter Drucker [le théoricien américain du management] l’a déjà déclaré: «la culture ne fait qu’une bouchée de la stratégie (Culture eats strategy for breakfast).Ceci, jumelé à notre incompétence et leur corruption         en a fait autant des efforts de la démocratie américaine en Irak et en Afghanistan”.

Plaidoyer pour un prêt de 1 milliard $ sans intérêts à la Tunisie

« Tout cela sculpte ma façon de penser à l’ordre brusque de Trump de se retirer de la Syrie et à son désir de quitter l’Afghanistan », souligne l’éditorialiste du New York Times qui propose de « lever 2 milliards de dollars sur les 45 milliards que nous aurions économisés en sortant de l’Afghanistan pour les investir au niveau régional dans tous les changements culturels qui ont rendu la Tunisie unique dans tout le monde arabe ». Surtout, Friedman propose qu’ « un prêt de 1 milliard de dollars sans intérêt soit accordé à la Tunisie et que soit quadruplée la taille du Fonds tuniso-américain pour les entreprises qui favorise les créations d’entreprises dans ce pays ».

« Depuis le 11 septembre, déclare Friedman, nous avons presque entièrement compté sur la manière forte (hard power). Certains de ses outils étaient nécessaires, d’autres le sont encore, mais la plupart ont échoué. Il est temps que nous essayions plus de puissance douce. Il est temps que nous nous attachions à fournir à davantage d’Arabes et d’Iraniens l’accès aux ingrédients qui ont permis à la Tunisie de se transformer elle- même en une démocratie sans un seul combattant américain ».

« Certes, cela va prendre du temps. Mais il n’y a jamais eu de raccourci et l’approche que nous avons essayée avec le Pentagone en tête n’a conduit qu’à de multiples impasses », a-t-il conclu.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire