Vous lui donnez votre voix, il ne vous donne aucune information et...

Vous lui donnez votre voix, il ne vous donne aucune information et lâche ses «mouches»

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Le président Kais Saïed a annoncé son cabinet. Il y avait une ancienne journaliste et enseignante à la FSJPS, installée conseillère en communication, mais aucun porte-parole. Peut-être que le chef de l’Etat n’aurait-il aucune parole, pour charger quelqu’un de la porter. Peut-être, aussi, estime-t-il n’avoir rien encore à dire à ceux qui ne l’avaient pas élu. Les autres sont nés convaincus de la parole du chef, avant même qu’il ne la profère. Pour le reste, Kais Saïed aurait mis en place une «coordination pour l’explication de son programme», où on retrouverait le fameux «Lénine» et l’autre moins fameux «Kais Karoui».

Le premier ne semble déborder d’activité que sur les réseaux sociaux, pour la contribution notamment, à la fabrication de la nouvelle image d’un président engagé dans la lutte contre le «Fassed», un terme qui n’a d’ailleurs aucune traduction juridique unique, ni présence dans aucune loi en cours en Tunisie, comme le signalait dans un Post, l’avocat Nizar Ayed. Cette coordination aurait, pourtant, dû annoncer un calendrier de réunions, publiques, d’explication.

Le second n’est présent que sur les réseaux sociaux. Il officie comme le scribe d’un roi, ou l’interprète de ce que Kais Saïed ne dit pas. Vous le contactez sur fb, il vous accepte. Et si vous lui posez trop de questions qui dérangeraient, il vous bloque et vous interdit carrément de le voir, en vous bannissant de sa page. C’est, peut-être aussi, un nouveau mode de communication pour le programme et l’idée centrale de ce projet du nouveau président.

Sinon, c’est pour l’instant, une communication officielle, avec des communiqués, laconiques, lapidaires, qui ne donnent rien de l’essentiel, essayant peut-être de transmettre des messages, mais oubliant de donner l’information.

Une communication, sur la page fb de la présidence de la République, qui n’a rien à envier à celle de l’ère Ben Ali, de l’ère Bourguiba et même de BCE (Béji Caïed Essebssi). Une communication qui abîme sérieusement l’image d’un président antisystème, puisqu’elle reprend exactement les mêmes codes, pour ne pas dire les mêmes termes et les mêmes types de cachoteries, de ses trois prédécesseurs.

Des communiqués, faits de formules creuses et vides de toute information. Des communiqués à la lecture desquelles on ressort tout aussi inculte qu’à l’entrée. Toutes les audiences du chef de l’Etat avec les partis politiques, par exemple, contenaient un même message, et rien sur le contenu des discussions, les sujets soulevés et les positions de chacun par rapport aux sujets soulevés. Et si l’on pouvait comprendre que tout ne peut pas être dit, on pourrait y opposer le fait que c’étaient des audiences, très loin de contenir des secrets d’Etat.

Même chose pour le communiqué de l’audience avec l’ambassadeur d’Allemagne, celle de Sihem Ben Sedrine, ou encore l’audience avec le controversé libyen Khaled Mechri. Il est du droit des Tunisiens de savoir ce que leur président a évoqué avec ces personnes et personnalités. N’était-ce pas cette même population qui avait mandaté le chef de l’Etat ? N’est-il pas de son devoir d’informer ses mandataires, pour ne pas dire leur rendre des comptes ?

 In fine, le type de communication, jusque-là choisi par le chef de l’Etat, nous semble nul et son résultat inutile, puisqu’il ne donne que l’information primaire et cache l’essentiel.

Espérons que Mme Ennaifer conseillera à son patron de changer de fond et à ses mouches de changer de ton.

Car, force est de remarquer, en évoquant la question de communication présidentielle, que des nuées de «mouches bleues», se déversent désormais sur toute personne, physique ou morale, qui se hasarderait à critiquer le nouveau chef de l’Etat. L’alerte vaut aussi, pour les réactions, loin d’être politiquement correctes, de certaines de ces mouches, lorsqu’elles sont piquées dans le vif … du sujet bien sûr «What Else». Selon un proverbe éthiopien, «en vain les mouches s’uniront, jamais la jarre elles n’ouvriront».

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