Zohra Driss, la femme d’affaires, faite politicienne

Zohra Driss, la femme d’affaires, faite politicienne

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Zohra Driss est plus qu’optimiste pour la saison 2019. Elle ne cache pas que son groupe est bénéficiaire et dispose même d’un joli pactole en devises et demande même qu’il soit publié. Elle est pour l’application du «Livre Blanc» du tourisme. Elle ne cache pas, non plus, sa sympathie pour le nouveau ministre du Tourisme qui a fait, un temps, polémique et estime même qu’il est l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

La femme d’affaires député n’a pas non plus sa langue dans sa poche, lorsqu’on l’interroge sur la situation politique et son opinion sur le Nidaa Tounes et évoque une «affaire de famille » qu’elle a décidé de quitter. Du projet politique, du chef du gouvernement dans les rangs duquel elle se trouve désormais, elle dit que «c’est de nous unir de nouveau et nous battre pour les prochaines élections » et que «Salim Azzabi ne sera qu’un membre de l’équipe ». Cette habile femme d’affaires, faite politicienne tout aussi avertie, est, par ailleurs, plus que sûre qu’avec les Driss et les Jenayah en fort soutien à Sousse : «on remportera les prochaines élections». Africanmanager a rencontré Mme Driss, au cours des dernières journées de l’entreprise à Sousse. Depuis, beaucoup d’eau a manifestement coulé sous le pont. Interview :

Comment va le tourisme à Sousse ?

Tout d’abord, on se rappelle tous de l’attaque terroriste survenue le 26 juin 2015 à Sousse ; après cet attentat, le tourisme a eu un coup fatal pour le tourisme en Tunisie. La saison a été très mauvaise, on sait que le tourisme est l’un des piliers de l’économie en Tunisie, à part les gens qui travaillent dans le secteur du tourisme, de l’agriculture, le sport, l’artisanat, tous ont eu un coup très dur. En 2017, une petite reprise a été confirmée et en 2018, elle est très bonne. Je pense que, pour cette année, la reprise sera encore meilleure et réellement très bonne.

Les hôteliers se plaignent cependant toujours, étant donné que leur plus gros problème est celui de la dette. Malgré la bonne performance de l’année 2018, ils n’arrivent plus à régler leurs dettes

Tout à fait. Juste après la révolution, le secteur a commencé à rencontrer de grandes difficultés. On a vu qu’après 2011 et 2012 et avec tous les reportages télévisés où on parlait des Salafistes, des gens qui brulaient le drapeau tunisien, des barbus, des gens qui faisaient les prières sur la plage de Hammamet, tout ça a semé la panique chez le touriste européen qui a pensé que notre pays va sombrer dans l’islamisation. Ainsi ont commencé les difficultés ont commencé depuis 2011. Elles se sont aggravées en 2015 et c’est normal qu’après une année de reprise, les gens qui ont eu beaucoup de dettes envers les banques, la CNSS, la STEG, la SONED, envers leurs personnels, n’arrivent plus du coup à remédier à tout ça, car il faudrait beaucoup d’années pour éponger toutes ces dettes.

Quelle est la solution, selon vous ?

 Je vais être très franche en disant qu’il y a en Tunisie trois catégories d’hôtels ou de parcs hôtels.

Il y a un parc qui est pratiquement vétuste et qui est voué à la déchéance, à la fermeture totale. Il y a un petit parc qui se porte bien et n’a pas de problème. Mais il y a aussi un parc conséquent, il est au milieu de ces deux extrêmes, qu’on pourrait sauver, notamment les hôtels de bord de mer. Là, je parle des hôtels de, Nabeul, Hammamet, Sousse, Monastir, Mahdia, Djerba et qui ont de grandes potentialités pour bien travailler. Pour ces hôtels-là, il suffit pour les hôteliers d’avoir la possibilité d’accéder à des fonds pour pouvoir rénover, remettre à niveau leurs établissements et pour pouvoir redémarrer et recevoir les touristes.

Est-ce que vous êtes d’accord pour la solution qui a été proposée par la STB ?

Vous voulez parler du livre blanc ? Il a été élaboré par les hôteliers et j’estime qu’il faudrait le mettre en action. Ce livre donne la possibilité aux banques de retrouver l’argent prêté aux hôteliers, mais sur des échéances un peu plus longues. Cela permettra à l’hôtelier d’avoir du liquide pour remettre son hôtel en l’état.

Donc selon vous, il est faisable ?

Tout à fait. Ce livre a été élaboré par la Fédération de l’hôtellerie, l’Association Professionnelle des Banques et le ministère du Tourisme.

Pourquoi, selon vous, est-il  jusqu’à présent resté inappliqué ?

C’est vrai, il n’a pas été encore appliqué. Mais il y a quelques mois, le chef du gouvernement a parlé de ce livre blanc, et a donné son accord pour son application. Il faut maintenant que les banques s’assoient avec les hôteliers en difficulté, mais ayant des potentialités certaines de reprise et une volonté de remboursement, à moyen ou long terme, de leurs crédits.

Ne vous semble-t-il pas que vous renvoyiez toujours la balle aux seuls banquiers ?

Mais non ! Je ne suis pas en train de demander aux banquiers de tout classer en dettes carbonisées, pas du tout. Je dis qu’il faut trouver une solution pour ces impayés, avec la possibilité pour les banques d’entrer dans le capital des hôtels, pour ensuite céder ces prises de participation, petit à petit, aux hôteliers-propriétaires, lorsque le secteur hôtelier redémarrera convenablement.

Votre groupe fait partie de quelle catégorie d’hôtel ?

En gros, nos hôtels n’ont pas de problèmes financiers.

Vous n’avez donc pas de dettes ?

Si vous parlez du groupe de Zohra Driss, il est classé zéro risque et n’a donc aucune dette.

Vous êtes bénéficiaire bien sûr !

Oui. Je touche du bois. Les hôtels de Zohra Driss sont pratiquement les seuls hôtels balnéaires, ou ils sont parmi les rares, à être classés zéro à la date d’aujourd’hui. Et on dispose même d’un important volume de devises dans nos comptes bancaires tunisiens.

On voit de plus en plus des hôteliers qui donnent leurs hôtels en gestion à des marques étrangères. Est-ce par incapacité de gestion ?

Au contraire, c’est une bonne chose. Il est, en effet, très important de travailler avec une marque étrangère, parce que le touriste fait plus de confiance aux marques européennes. La marque lui donne la garantie d’avoir un bon niveau de service et lui assure que l’hôtel est aux normes internationales. Les marques n’approchent, malheureusement, que les hôteliers qui ont des unités rénovées ou qui ont été mises à niveau. Et lorsque ces marques sont intéressées, elles demandent un contrat pour rénover l’hôtel. Avoir une marque vous garantit une meilleure commercialisation et des contrats faits en dollar et en euro. Pour les Tunisiens et les Algériens, les contrats sont libellés en DT. 

Où est l’argent du tourisme, comment certains députés en ont posé la question ?

Vous parlez de cette question idiote qui a été posée à l’ARP ? Moi je pense que pour répondre à cette question, vous pouvez vérifier les contrats. Ce ne sont pas tous les hôtels qui ont la possibilité d’avoir un contrat en euro ou en dollar, parce que le tour-opérateur ne travaille qu’avec les bons hôtels. Avec les hôtels de gamme moyenne, les TO leur mettent le couteau à la gorge et les obligent à signer des contrats en dinars tunisiens.

Ou va donc l’argent ?

Moi je demande à la Banque centrale de vérifier la quantité de devises que j’ai fait entrer dans le pays et d’en faire la publication par rapport à mon chiffre d’affaires et vous allez voir !

En tant qu’hôtelier, comment se présente l’année 2019 sur le plan Booking ?

Elle va être très bonne, sauf catastrophe à Dieu ne plaise !

Est-ce qu’elle sera mieux que celle de 2018 ?

Bien sûr. Elle sera même beaucoup mieux. Moi je suppose qu’on fera 15 % ou 20 % de mieux que 2018 en nombre de touristes, vu les contrats que nous avons signés, le nombre d’avions qui ont programmé sur la Tunisie par les tour-opérateurs. Il y aura ainsi retour du marché anglais, grand retour du marché allemand et du marché belge et tous les marchés des pays de l’Est. Il y aura, à mon avis personnel, au moins 20 % sinon 30 % de plus en retombées financières.

René Trabelsi est-il la personne qu’il faut à la place qu’il faut à la tête du ministère du Tourisme ?

Oui vraiment, moi je pense qu’on sera surpris dans le bon sens par ce que fera René Trabelsi, parce qu’il est un homme d’affaires, et que c’est quelqu’un du secteur, donc qui connaît déjà le problème des hôteliers. Déjà le passage de Madame Salma Elloumi a été très bon, parce qu’elle est une femme d’affaires, pragmatique et qui a compris que pour avancer très vite, il fallait écouter les hôteliers. René Trabelsi avancera peut être encore plus vite.

En tant que politicienne et députée, que pensez-vous des querelles entre les deux têtes de l’Exécutif, d’autant qu’on vous prête le fait d’être désormais du côté de Youssef Chahed ?

J’ai quitté Nidaa Tounes lorsque j’ai compris que ce parti n’a plus d’espoir. Depuis sa création, Béji Caïed Essebssi a donné le feu vert à son fils et c’est comme s’il avait déclaré que les électrices et les électeurs de Nidaa ne sont plus son affaire. Donc, quand j’ai compris tout cela, que ça devenait une affaire de famille, j’ai quitté ce parti.

Vous ne faites plus partie de Nidaa Tounes, et vous êtes désormais dans le bloc dont on dit qu’il est pro-Chahed. Quel est votre prochaine étape ?

C’est de nous unir de nouveau et nous battre pour les prochaines élections.

Slim Azzabi sera chargé de la formation de ce parti ?

Slim Azzabi fera partie de l’équipe. On ne veut plus construire quelque chose autour d’une seule personne…

Le soutien des Driss et des Jenayah est-il important pour Youssef Chahed ? Vous êtes une famille locomotive dans la région ?

Nous voulons la stabilité du gouvernement. On ne peut pas résoudre les problèmes économiques et sociaux avec les changements annuels de chefs de gouvernement. Nous sommes des patriotes et cherchons la stabilité.

Est-ce qu’il peut y avoir rapprochement entre Mehdi Jomaa ou Yassine Ibrahim avec le prochain parti ?

Nous souhaitons nous unir avec les blocs modérés.

Vous pensez que vous avez une chance pour remporter les élections ?

Oui…on aura toutes les chances.

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