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politique économique

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Pour ceux qui en doutaient, mais ils ne sont pas nombreux, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, va aller en France demain mercredi 09 novembre 2016 pour parler gros sous. Chahed qualifie lui-même son voyage de « stratégique » et lui confère volontiers, dans un entretien avec l’AFP, « une vocation économique ». A quelques semaines de la Conférence internationale de l’investissement – les 29 et 30 novembre 2016 à Tunis -, il était grand temps d’aller secouer l’ami historique et premier partenaire économique de la Tunisie, mais qui se fait discret depuis quelque temps, empêtré lui aussi dans ses difficultés économiques et un chômage qui s’obstine à rester dans la zone des 10%, alors que ses voisins d’Europe du Nord, mais surtout l’Allemagne, font nettement mieux.

Chahed attend de la France qu’elle prenne en charge, aux côtés de la Tunisie, une partie des coûts de la transition démocratique et de l’instabilité en Libye. Cette incantation, tout au mieux, en tout cas au regards des faits, a des allures de voeu pieux. Le Premier ministre tunisien perd de vue les signaux, ou plutôt l’absence de signaux, qui ont suivi le déplacement en septembre 2016 d’une délégation tunisienne pour « vendre » le Plan Marshall, qui coûterait à l’Union Européenne la bagatelle de 20 milliards d’euros, en financements. Certes il y a eu un vote du Parlement européen plein de ferveur, d’emphase et d’empathie pour la Tunisie, pour ses souffrances, sa bravoure, sa ténacité, ce phare du monde arabe… Bref, les déclarations passionnées de circonstance. Sauf que depuis rien ne se passe, ou pas grand chose. Les Européens sont toujours aussi tièdes quand il s’agit de voler au secours de la Tunisie, je veux dire de manière consistante et pas des actions de saupoudrage ou de plâtrage sur une jambe en bois. Par ailleurs la résolution adoptée par le Parlement européen en faveur du plan Marshall n’est pas coercitive. Pire, les députés européens se sont démenés pour coller à leur vote un épais document de 70 points sur des réformes que la Tunisie doit entreprendre et réussir si elle veut voir la couleur des billets.

Autant vous le dire tout de suite : Les choses sont très mal engagées. Chahed n’arrive pas à avancer dans son projet de la loi de finances 2017, dont d’ailleurs il a demandé le report de l’examen à l’ARP, de quelques jours (il était prévu de débuter les plénières ce 15 novembre, ce sera ce 18 novembre finalement), pour tenter de dégrossir la vague des détracteurs, avec à leur tête l’UGTT. Mais la centrale syndicale tient toujours mordicus aux majorations salariales dans le secteur public, et menace de décréter des grèves générales un peu partout dans le pays et de paralyser l’économie si les engagements ne sont pas tenus. Je ne vous apprends rien en vous disant que tout ça est du plus mauvais effet sur les investisseurs et que si tous ces problèmes ne sont pas solutionnés très rapidement, ils vont venir fin novembre, faire un peu de tourisme, et repartir comme ils sont venus. Sans lâcher un sou.

Alors on a regardé autour de nous pour voir s’il y a un pays qui réussissait économiquement, sans tout ce battage médiatique ou ces grands-messes des investisseurs, coûteux en temps et en deniers publics. Et on a vu le Maroc…

Le Maroc aime l’Afrique, et elle le lui rend bien

Le Maroc… Voilà un pays qui a tout compris, depuis des décennies, et qui prospère dans son contient, pendant que la Tunisie regardait avec des yeux de Chimène une Union euro-méditerranéenne qui n’est jamais venue, et qui est de plus en plus improbable depuis que le terrorisme a fait irruption dans la vie paisible des Maghrébins. Le pays doit en partie sa santé économique et son taux de chômage relativement bas (9,6%, selon les chiffres dévoilés par le Haut-commissariat au Plan, alors que la Tunisie, au mieux, affiche plus de plus 15%) à son extraordinaire dynamisme sur les marchés africains. Le roi du Maroc, Mohammed VI, le meilleur VRP (voyageur, représentant, placier) du pays, est un pèlerin infatigable et qui ne rechigne jamais à aller chercher l’argent là où il se trouve : Justement dans le continent africain. L’Afrique regorge de matières premières, vendues à prix d’or sur les marchés internationaux, un pactole qui est rapatrié sur le continent mais dont les Africains, très souvent, ne savent que faire faute d’avoir le savoir-faire et les installations pour le transformer en infrastructures. Et c’est là où le Maroc intervient, avec sa formidable armada diplomatique en Afrique – plus de 30 ambassades et représentations, alors que la Tunisie n’en a qu’une quinzaine – qui fait feu de tout bois. Après avoir mâché le travail, le roi et sa cohorte d’hommes n’ont qu’à passer pour cueillir les fruits mûrs.

Le dimanche 06 novembre 2016, Mohammed VI, était au Sénégal, d’où il a prononcé le discours sur la marche verte en direction des Marocains, une première dans l’histoire du pays, un insigne honneur que le président sénégalais, Macky Sall, a apprécié à sa juste valeur. C’est aussi cela la diplomatie économique : Des symboles. Les Subsahariens aiment ces marques d’attention, et les Marocains savent y faire. Par ailleurs le roi a fait cela dans un pays qui, d’après le FMI, affichera plus de 6% de croissance en 2017, une envolée dopée par le très ambitieux Plan Sénégal Emergent (PSE), sans parler des énormes quantités de pétrole et de gaz découvertes récemment. Nul doute que le Sénégal saura se souvenir du geste du roi du Maroc…

Avant le Sénégal, il y a à peine trois semaines – le 18 octobre 2016 -, Mohammed VI a fait une virée au Rwanda où la délégation marocaine a signé 19 contrats dans des secteurs très divers, puis cap sur la Tanzanie où les hommes d’affaires qui l’accompagnaient ont conclu 20 accords. Et encore il allait affoler de nouveau les compteurs en Ethiopie, mais il a dû rappliquer au pays. Mais ce n’est que partie remise, après la COP22, organisée à Marrakech, il retourne en Ehiopie. Le roi aime arpenter le continent africain, et l’Afrique le lui rend bien. C’est ainsi que le Maroc est montée jusqu’à plus de 500 entreprises exportatrices sur le continent…

Les promoteurs tunisiens aussi ont un appétit pour l’Afrique, surtout depuis que les horizons se sont bouchés en Europe, le souci c’est que les hommes d’affaires ne sont pas soutenus par une réelle volonté politique, quoi qu’en dise la PDG du Cepex (Centre de Promotion des Exportations). Le Premier ministre tunisien n’a jamais évoqué l’Afrique subsaharienne dans ses discours, du moins pas assez fort pour qu’on l’entende. Et encore moins programmer une visite dans cette partie du continent que la Tunisie connait si peu. Ce n’est pas vraiment cela qu’on appelle volonté politique. Il est temps que ça change, si la Tunisie veut se donner une chance de changer son destin…

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