La lutte pour le pouvoir de pouvoir qui a éclaté au sein du parti laïque au pouvoir Nidaâ Tounès menace de déstabiliser le gouvernement du pays, célébré comme le plus grand succès du «printemps arabe», écrit le quotidien britannique « The Independent » dans un article consacré aux convulsions qui agitent Nidaâ Tounès.
La violence a éclaté entre les factions rivales de Nidaa Tounes le week-end dernier quand des jeunes armés de gourdins ont empêché des membres dissidents du parti d’accéder à une réunion de la direction, brisant les vitres de l’hôtel cinq étoiles dans la station touristique de Hammamet où le rassemblement du parti devait avoir lieu. Les dissidents, qui soupçonnent le président de la République Béji Caïd Essebsi, 88 ans, de s’employer à installer une dynastie familiale pour gouverner le pays, ont déplacé la réunion vers un autre hôtel et accusé son fils et un ex conseiller présidentiel d’être derrière ces actes de violence. Le différend croissant au sein du parti met aux prises les partisans conservateurs du Président et de son fils, Hafedh, et les députés de l’aile libérale du parti, dont au moins 35 élus sont sur le point de former un parti séparatiste, le leur propre, selon des observateurs avertis.
Hafedh Caïd Essebsi courtise Ennahdha
Nidaa a remporté 86 des 217 sièges lors des élections législatives d’octobre dernier après avoir fait campagne sur une plateforme fortement anti-islamiste et battu le parti islamiste modéré Ennahda, lui-même arrivé au pouvoir après la chute de l’ancien dictateur Ben Ali lors de la première révolution du printemps arabe. Il a formé un gouvernement de coalition avec Ennahda et deux partis de moindre importance. La perte de 35 députés de Nidaâ ferait d’Ennahda, qui dispose de 69 sièges à l’ARP, une fois de plus le plus grand parti du pays.
Nidaa a été fondé par le président Caïd Essebsi en 2012, sous forme d’une large coalition de gauchistes, de libéraux et d’hommes d’affaires, dont beaucoup avaient partie liée avec le régime Ben Ali, et tous unis dans l’opposition à la Troïka menée par les islamistes alors au pouvoir. Caïd Essebsi a été élu président pour un mandat de cinq ans, l’année dernière, mais son âge avancé a donné lieu à d’intenses spéculations sur celui qui pourrait lui succéder.
Un vent de frustration souffle sur le parti si centralisé sur une seule et unique personne, alors que le fils du président Caïd Essebsi, nommé vice-président du parti, pousse vers une prééminence des anciens membres du régime de Ben Ali. D’aucuns soutiennent que Hafedh Caïd Essebsi est trop proche de certains des plus riches oligarques du pays et a maintenant commencé à courtiser les membres du parti Ennahda pour s’assurer de leur soutien. Le camp rival est dirigé par le secrétaire général du parti, Mohsen Marzouk, dont il est dit qu’il a le regard braqué sur la Présidence.
Akremi : « BCE, un vieux renard » !
Lazhar Akremi, un éminent membre fondateur Nidaa, entré en dissidence, a déclaré au journal The Independent que le président Caïd Essebsi place les intérêts de sa famille avant ceux de la Nation, et se comporte de manière antidémocratique. « Béji Caïd Essebsi est un ancien membre du régime totalitaire, » a-t-il dit. « C’est un vieux renard. »
The Independent ajoute : « La famille Caïd Essebsi entretient des liens avec l’aristocratie et la monarchie renversée il y a près de 60 ans, et les membres dissidents du parti croient que BCE junior qui n’est devenu très actif au sein du parti qu’au cours de la dernière année, se démène dans la perspective de la succession. Beaucoup y voient un avatar du régime de Ben Ali qui avait permis à la famille de son épouse de profiter de ce lien conjugal pour s’emparer d’une large part de l’économie du pays. «Il y a une culture monarchique … que nous ne pouvons accepter », a déclaré Akremi qui avait démissionné de son poste de ministre chargé des Relations avec le parlement au début du mois dernier, invoquant la corruption au sein du parti. Il a déclaré à « The Independent » qu’au moins 35 députés ont rompu avec Nidaâ Tounès pour former un nouveau parti.
Monica Marks, collaboratrice émérite au Conseil européen des relations étrangères, a confirmé que le mouvement Ennahdha a discrètement noué des alliances avec la faction Caid Essebsi au sein de Nidaa parce qu’elle est moins violemment anti-islamiste. Mohsen Marzouk se rend fréquemment en visite aux Emirats arabes unis, Etat viscéralement anti-islamiste tandis que Caïd Essebsi junior a rencontré discrètement le président turc Recep Tayyip Erdogan, un proche allié d’Ennahda, en août dernier, conclut The Independent.








