Dans sa croisade contre le chômage, la Tunisie n’est pas près de voir le bout du tunnel avant 5 ans. Son taux passera de 15% actuellement à 11% en 2020. A cette cadence, on escomptera une baisse d’environ 1 point en moyenne par an. En toute rigueur économique, ce ne sera pas assez pour terrasser un fléau qui se répand tel un feu de brousse dans un pays où les arrivants sur le marché de l’emploi se comptent en centaines de milliers l’an.
C’est assurément l’un des défis majeurs que la Tunisie aura à relever durant la prochaine quinquennie et au-delà, avec tous les problèmes que cela impliquera non seulement sur le plan économique, mais surtout à l’échelle sociale et aussi sécuritaire. Le pouvoir en place semble pleinement conscient de la gravité de la situation sans pouvoir lui trouver la thérapie qu’il faudra. Certes, le problème ne date pas de la Révolution, puisqu’il se trouvait déjà à l’état endémique sous l’ancien régime, mais dans des proportions légèrement atténuées. Toutefois, il importe de constater que dans l’entretemps, le taureau n’a pas été pris par les cornes, et conséquemment, la situation ne faisait qu’empirer au fil des ans, sous l’effet de politiques mal conçues et plus encore mal appliquées.
Il est vrai que ceux qui étaient au pouvoir, peu outillés à l’exercer, étaient ostensiblement en peine de faire preuve d’imagination, encore moins d’énergie pour éviter les approches de replâtrage dans lesquelles ils se sont enserrés, laissant la situation en jachère sans devoir s’attaquer à la racine du fléau. Il est vrai aussi que les effets collatéraux du 14 janvier n’étaient pas pour arranger leur démonstration dans la mesure où les Tunisiens, emportés par l’élan révolutionnaire, demandaient tout et tout de suite en ne s’exceptant pas d’exercer des pressions de tous ordres face auxquelles les gouvernants d’alors étaient totalement désarmés.
De fait, le chômage n’est qu’un élément, certes prépondérant, de toute l’architecture économique et sociale mise en place dont l’expression la plus déterminante est la croissance créatrice d’emplois. Et celle-ci n’était pas suffisante pour en créer, en tout cas pas assez pour répondre à la demande diluvienne de ceux qui se présentaient sur le marché.
La récession est passée par là !
Il est maintenant advenu que cette croissance soit proche de la valeur nulle pour y être à la fin de l’année en cours, ce qui complique d’autant la tâche du gouvernement actuellement en place, assailli par ailleurs par bien des défis , en tête desquels le terrorisme avec les deux attentats dévastateurs du musée du Bardo et de Sousse, et son corollaire la chute de l’investissement tant domestique et étranger, le tout « couronné » par une récession, pour l’heure technique, mais qui est susceptible de virer à la récession tout court
Dans pareille configuration, il serait dans l’ordre des choses que le chômage persiste et s’aggrave, surtout en l’absence de réformes radicales qui jettent les fondements d’une croissance soutenue et durable. La note d’orientation du plan quinquennal de développement 2016/2020 aura-t-elle l’heur de changer la donne si peu que ce soit ? Il est beaucoup misé sur le renforcement du partenariat entre les secteurs public et privé et la mise en place de politiques de développement des secteurs à forte employabilité, tous deux évoluant parallèlement à l’intégration de l’économie parallèle dans le circuit formel, et l’encouragement du développement et la création des PME. Il s’agit également de renforcer la complémentarité entre les différentes composantes du système éducatif en favorisant son ouverture sur son environnement, et d’instaurer un système de formation professionnelle intégrée, en cohésion avec les différentes composantes du système national de formation des ressources humaines.
Il s’agit encore d’instaurer un système de formation professionnelle intégrée, en cohésion avec les différentes composantes du système national de formation des ressources humaines, pour remédier à la qualité inégale de l’offre de travail, en décalage avec les besoins réels des entreprises. En effet, l’inadéquation croissante entre les qualifications et les besoins des employeurs est telle que chaque année, seulement 35 000 nouveaux emplois sont créés alors que de plus de 60 000 diplômés arrivent sur le marché du travail. Le nombre de jeunes (âgés de 15 à 29 ans) qui ne sont plus scolarisés mais qui ne parviennent pas à trouver d’emploi est tout aussi préoccupant.
Cette situation est non seulement un gaspillage de précieuses ressources humaines, mais constitue aussi un risque majeur pour l’avenir de la Tunisie. Une génération entière de jeunes, éprouvant un sentiment d’impuissance et privée de toute contribution économique réelle à l’avenir du pays, se sentira de plus en plus coupée de la société ; certains pourraient être tentés par des idéologies extrémistes.








