AccueilLa UNETunis : La Tunisie serait-elle un moins "bon élève" du FMI ?

Tunis : La Tunisie serait-elle un moins « bon élève » du FMI ?

Souvent, les décisions du Fonds monétaire international concernant les pays demandeurs de soutien, le plus fréquemment des concours financiers, sont jugées comme des ukases auxquels on est tenu de déférer sous peine d’en être exclu. Toute une littérature s’est développée à ce sujet au point que les gouvernements qui sollicitent les interventions du FMI sont regardés comme s’ils étaient mis  au pied du mur, n’ayant d’autre choix que de se placer sous les fourches caudines de l’institution de Bretton Woods.

La Tunisie est-elle logée à cette enseigne ? Probablement oui au regard de la situation économique et financière qui est la sienne avec une récession technique qui peut virer à la récession tout court, un taux de croissance en dégringolade régulière qui devrait clore l’année 2015 à la somme nulle, et bien d’autres vicissitudes qui ont rang de défis majeurs, tels que le chômage, une situation sociale à peine gérable, un déficit budgétaire qui ne l’est point et surtout une succession d’attentats terroristes qui enjoignent au pays de détourner l’argent du développement vers la sécurité.

Dans pareille architecture, il est rigoureusement difficile pour le gouvernement de faire d’autres choix que de se tourner vers l’institution internationale dont les crédits sont assortis d’un taux d’intérêt abordable au rebours du marché financier international qui ne s’excepte nullement de durcir les conditions qu’il pose surtout envers les emprunteurs qui comme la Tunisie, ne se prévalent pas d’une bonne notation.

Tel est sommairement esquissé le profil de la Tunisie où la Directrice générale du FMI entame ce mardi une visite de deux jours, la deuxième depuis qu’elle est à la tête de l’institution financière internationale. D’emblée, elle ne semble pas avare de professions de foi politiques et d’assauts de courtoisie, sous la forme de déclarations comme celles qu’elle a faites dans une interview au journal tunisien « La Presse » où elle dit venir en Tunisie pour « saluer le succès de la transition politique, un succès remarquable pour la Tunisie, la région du Maghreb et le monde en général » Ou encore en se déclarant «  impressionnée par la détermination des autorités à conduire avec succès la transition politique en suivant deux principes fondamentaux : créer un consensus entre tous les acteurs de la société, et garantir des élections libres et équitables ».

Surtout, Christine Lagarde vient en Tunisie pour «  discuter avec les autorités tunisiennes de la mise en œuvre de leur programme de réformes économiques…des réformes nécessaires pour que la Tunisie puisse réussir sa transition économique et sociale vers une croissance plus inclusive », pour tout de suite après lâcher le fin mot de l’histoire : « Le moment est opportun et il faut agir vite pour répondre aux aspirations de la population tunisienne ».

On aura compris en filigrane que le gouvernement tunisien a répondu peu ou prou aux « injonctions » qui lui ont été adressées s’agissant des réformes accomplies  dans le cadre de l’accord de confirmation conclu entre la Tunisie et le FMI, en juin 2013, en vertu duquel un crédit de 1680 millions de dollars a été accordé à la Tunisie. D’ailleurs, le ministre des Finances, Slim Chaker, a été prompt à rappeler que « jusqu’à ce jour, la  Tunisie n’a reçu que 1150 millions de dollars consacrés à la consolidation des ressources du budget de l’Etat ». On ne manquera de rappeler, pour notre part, le moratoire décidé il y a quelques mois par le Fonds concernant le décaissement d’une partie du crédit promis à la Tunisie, et de souligner que la visite de Christine Lagarde intervient quelques jours avant la tenue de la réunion du conseil d’administration du FMI pour débattre de la 6ème revue qui permettra à la Tunisie, après approbation, d’obtenir une tranche de 303,08 Millions de dollars, alors que la dernière tranche de ce financement, estimée à environ 200 millions de dinars, sera débloquée lors du parachèvement de l’accord prévu pour le 31 décembre 2015.

Le ministre des Finances aura, au demeurant, livré le fin fond des tourments du gouvernement en affirmant que « le  décaissement de la dernière tranche du crédit convenu  permettra à la Tunisie de disposer des financements dont l’économie nationale a grandement besoin ». Que pourrait-on ajouter ?

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