Une nouvelle étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université du Maryland (UMD) en collaboration avec d’autres institutions, fait ressortir des changements significatifs dans la façon dont les Tunisiens considèrent le rôle de la religion dans la politique, la tolérance religieuse, la violence politique, les modèles politiques occidentaux, et leur propre identité nationale.
L’enquête, menée au cours du printemps et de l’été 2015, relève une augmentation du soutien à l’individualisme social, une baisse du soutien à l’islam politique, une préférence significative pour un gouvernement démocratique de style occidental et une augmentation de la tolérance religieuse. En outre, les répondants ont démontré un renforcement de l’identité nationale ainsi que de la fierté nationale, et une baisse considérable de la confiance dans les extrémistes musulmans appelés salafistes.
La nouvelle enquête, qui porte sur 2400 personnes parmi un premier échantillon national représentatif de 3.000 adultes tunisiens déjà interrogés en 2013, a exploré les orientations des valeurs et des engagements politiques des Tunisiens au titre de la famille, des relations entre les deux sexes, de l’identité, de la politique, de l’économie, de la religion, du fondamentalisme religieux, du gouvernement islamique, de la culture occidentale, et de la violence contre les troupes américaines et les citoyens.
Mansour Moaddel, professeur au Département de sociologie de l’UMD et chercheur principal sur le projet, a dirigé deux séries d’enquêtes en collaboration avec d’autres chercheurs de l’Université du Michigan, de l’Université Eastern Michigan, de l’Université Longwood, d’ELKA Consulting, et de l’Institut national du Travail et des Etudes Sociales en Tunisie.
Comparées à d’autres pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord dont les données sont disponibles, celles de l’enquête de 2013 ont montré que la Tunisie était déjà la société la plus religieusement tolérante. La nouvelle augmentation du niveau de tolérance religieuse soulignée par la nouvelle enquête est un développement bienvenu pour l’institutionnalisation de la démocratie libérale dans le pays, une conclusion conforme à la recherche sur le rôle de la tolérance religieuse dans la promotion de la stabilité démocratique.
L’enquête a également porté sur les perceptions des événements les plus importants qui ont eu lieu dans le pays et à l’échelle mondiale, ainsi que d’une composante expérimentale conçue pour étudier l’idée de confiance. Parmi les autres résultats clés, les Tunisiens ont démontré une plus grande confiance dans leur président et leur chef du gouvernement, se sentent en état de se prendre en charge, plus rassurés, et perçoivent moins de corruption dans le gouvernement que ce n’était le cas en 2013.
Les Tunisiens interrogés ont également montré des attitudes plus favorables à l’égard des citoyens américains et français. Il y avait des reculs importants dans l’approbation des attaques contre l’armée américaine en Irak et en Afghanistan ou contre les citoyens américains.
La tendance vers une plus grande tolérance vis-à-vis des étrangers et la désapprobation de la violence à leur encontre et un niveau beaucoup plus élevé de méfiance à l’égard des salafistes est la preuve que l’assise de l’extrémisme est en diminution. Dans un pays dont un nombre croissant d’habitants désavoue la violence et exprime des attitudes plus tolérantes envers les étrangers, y compris les Américains et les Français, il y a une forte probabilité que ces gens vont coopérer avec leur gouvernement dans la lutte contre le terrorisme et la violence politique, conclut l’enquête.









