Pour la première fois depuis près de 10 ans, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé mercredi son taux d’intérêt directeur d’un quart de point. Il était proche de zéro depuis le début de la crise financière en 2008.
Pareille décision, attendue depuis des mois, va introduire d’énormes changements dans toutes les économies de la planète y compris celle de la Tunisie dont l’Institut d’émission n’a pas encore réagi à ce relèvement de 25 points de base du taux d’intérêt de la Fed. Toutefois, il est généralement estimé que cette décision aura deux types de répercussions sur l’économie tunisienne. D’abord sur les emprunts à court terme contractés par le pays sur le marché international et libellés en dollar US, et ensuite sur le taux de change de la monnaie américaine.
S’agissant du premier point, il y a lieu de rappeler que les prêts à court terme obtenus par la Tunisie représentent 12 pour cent de son PIB. Ils sont pour la plupart libellés en dollars mais dans une bien moindre mesure indexés sur des taux d’intérêt variable, ce qui, au final, permettra à la Tunisie de maîtriser le risque qui y est associé.
Ensuite, est c’est là que le bât blesse, le taux de change du dollar va augmenter, une perspective qui se traduira par des effets sur le remboursement de la dette tunisienne, d’autant qu’il est prévu que la monnaie américaine aura une parité parfaite avec l’Euro. Cela veut dire également que les sorties de la Tunisie sur le marché international coûteront plus cher.
Autre conséquence, les investissements directs étrangers vont se tourner plus massivement vers les Etats-Unis, pour cause de dollar cher, ce dont se ressentiront bien des pays qui misent beaucoup sur les investissements étrangers.
Plus généralement, la décision de la Fed risque ainsi de provoquer un reflux des investisseurs vers les Etats-Unis. En conséquence, de nombreux pays émergents comme la Tunisie vont avoir plus de difficultés à attirer des investisseurs et vont devoir proposer des rendements plus élevés.
Ce sont les pays émergents qui seront le plus affectés. Selon les experts, certains choisiront la voie de la dévaluation de leur monnaie afin de protéger leur industrie. Une dévaluation qui aura des conséquences sur leur inflation domestique. D’autres parviendront à digérer le choc de la hausse des taux américains en s’appuyant sur la bonne santé de leur économie. D’autres encore adopteront un taux de change flexible mais limiteront les dégâts grâce à leur économie et grâce à leur activité intérieure. Parmi les devises qui réagiraient le plus fortement, on peut relever la livre turque et la roupie indonésienne.»
Depuis les années 90, on observe qu’une hausse du taux directeur de la Fed entraîne le plus souvent une augmentation de l’aversion au risque.
S’y ajoutent les effets sur le prix du baril de pétrole. Le Brent, le brut de référence de la mer du Nord, a perdu plus de trois dollars en une semaine avant de se stabiliser autour de 47 dollars. L’or noir étant négocié en billets verts, tout renforcement du dollar entraîne une baisse du prix du baril.
Mais ceux qui souffrent le plus, selon James Kwok, spécialiste des changes chez Amundi, qui gère 850 milliards d’euros d’actifs, « ce sont les pays à fort déficit de comptes courants, qui empruntent beaucoup en dollar, comme l’Afrique du Sud, la Turquie, l’Indonésie». Or la hausse des taux américains ne fera qu’enchérir les coûts de financement de ces pays tout en attirant leurs capitaux vers les États-Unis.
Une autre crainte gagne les analystes: les entreprises des pays émergents se sont endettées largement en dollar. Si leurs recettes ne rentrent pas en billets verts, le poids de ces dettes va s’alourdir.
Le risque est donc de voir une nette remontée des défauts de paiement. Par ailleurs, pour défendre leurs monnaies, les 15 grands pays émergents ont brûlé 514 milliards de dollars de réserve de change selon Reuters, réduisant leurs marges de manœuvre.
La situation dans les pays émergents, de plus en plus difficile, et en particulier la dégradation de leurs devises, ne pourra être que renforcée, aggravant encore leurs difficultés économiques par le renchérissement de leurs importations, et donc la hausse corrélative de leur inflation….








