La Tunisie a-t-elle les moyens de ses ambitions telles que fixées dans la note d’orientation du plan stratégique de développement 2016-2020 qui vient d’être rendu publique ? C’est assurément la question majeure qu’il importe de se poser en face d’une multitude de chiffres et de perspectives qui, s’il leur arrivait d’être traduits en faits et réalisations, propulseraient le pays vers des lendemains réellement meilleurs, en tout cas sans aucune mesure avec la situation présente.
Convenons qu’il ne s’agit que de projections dont la réalisation n’est pas toujours aléatoire pour peu que les mécanismes y afférents soient bien articulés, adossés à une volonté politique claire et ferme et surtout dans lesquels se reconnaissent tous les Tunisiens et toutes les régions. Sans solliciter les astres, on pourrait penser que les architectes de ce Plan devraient être également ses maîtres d’œuvre pour le prochain quinquennat ou presque. Il est entendu par là les gouvernements issus des partis au pouvoir. D’ailleurs, il a été opportunément précisé que le Plan, élaboré par le ministère du Développement et de la coopération internationale, a été soumis principalement, aux partis de la coalition gouvernementale (Nidaa Tounes, Ennahdha, Afek Tounes et l’Union Patriotique libre).
D’emblée, on a su qu’il s’agit d’un modèle de développement alternatif qui cible » plus d’efficacité économique basée sur l’innovation et le partenariat, d’inclusion sociale et un développement pérenne ».
Il est ambitionné d’atteindre durant les cinq prochaines années un taux de croissance de 5%, ce qui est le quintuple de ce qui est fixé, et encore, pour 2015. Un taux jugé ambitieux qui demeure tributaire d’une série d’hypothèses, dont notamment la récupération graduelle de l’activité économique durant les 2 premières années de la période du prochain plan quinquennal, pour concrétiser le décollage économique à partir de 2018.
D’après cette note d’orientation, les conditions sine qua non au rétablissement de l’économie nationale sont le « développement important de l’effort d’investissement, portant le taux d’investissement de 18,5% du PIB en 2015, à 25% à horizon 2020. Le volume total des investissements atteindra alors, 125 milliards de dinars pour toute la période ».
La réalisation de ce taux dépendra, également, selon le ministère du Développement, de l’amélioration effective de l’environnement des affaires, ainsi que de l’avancement dans l’exécution des grandes réformes, surtout celles relatives à la modernisation de l’administration, la révision du système des marchés publics, la promulgation du nouveau code d’investissement, la poursuite de la réforme fiscale et celle du secteur financier, ainsi que de l’adoption d’une politique volontaire pour impulser le partenariat public-privé. Il serait indispensable, aussi, d’après la note d’orientation, de parvenir à la maîtrise des équilibres financiers. Il s’agit de réduire le déficit courant, à 6,8% du PIB en 2020, contre 8,5% en 2015.
Tout aussi important que le taux de croissance, celui du chômage devra être ramené à 11% (contre 15,2% durant la période 2011-2015), l’amélioration du revenu individuel pour atteindre 12 400 dinars (contre 8 283 dinars), et l’accroissement du taux d’épargne à 17,7% (contre 10,5%).
Au demeurant, quatre défis devront être relevés. Le premier défi concerne « le passage d’une économie à faible coût à un hub économique, et ce, en veillant à mettre en place un tissu économique plus diversifié et à contenu élevé en emplois ».
Le deuxième défi consiste à assurer le développement humain et l’inclusion sociale, en améliorant la qualité du système éducatif, à dessein d’impulser l’employabilité. Le troisième a trait à « la concrétisation des ambitions des régions ». Il se base sur la réduction des disparités entre les régions intérieures les moins développées et les régions côtières, en réduisant les écarts d’une moyenne de 30% sur l’échelle de l’Indice de Développement Régional. Pour ce faire, l’effort sera orienté vers « l’amélioration de l’infrastructure, la promotion du développement des régions et l’augmentation de leur attractivité, le développement d’un système de financement régional, l’amélioration des conditions de vie des habitants et le développement de la décentralisation, en jetant les bases de la gouvernance locale ».
Enfin, le quatrième défi est relatif à la mise en place des piliers d’un développement durable, lequel prévoit un aménagement équilibré du territoire, permettant d’intégrer toutes les régions, tout en respectant l’environnement. Sa concrétisation est tributaire d’une utilisation rationnelle des ressources naturelles, une meilleure protection de l’environnement et une maîtrise renforcée de la consommation de l’énergie.








