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Tunisie : Chahed prend son bâton de pèlerin. Son prêche sera-t-il entendu par le FMI ?

En d’autres temps, la conférence qu’organise en ce moment à Marrakech le Fonds monétaire international sur la croissance, l’emploi et l’inclusion dans le monde arabe, n’aurait pas interpellé si vivement la Tunisie. Après tout, il ne s’agit que d’assises biennales comme il s’en tient périodiquement par le FMI pour des réflexions sur les moyens-les siens- de relever les défis auxquels font face les pays de la région.

Seulement, en jugeant indispensable d’y prendre part, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a sans doute d’autres idées derrière la tête tout en ne trouvant rien à dire sur l’ordre du jour de ce conclave de haut niveau. Un déplacement motivé par son souci d’expliquer aux grands pontes du Fonds, dont probablement sa Directrice générale, Christine Lagarde, les difficultés auxquelles son gouvernement est en butte dans la mise en œuvre des réformes qui lui sont prescrites en contrepartie du fameux prêt de 2,9 milliards de dollars. Mais, dans le même temps, il s’évertuera à rassurer ses interlocuteurs sur les efforts de diligence consentis pour mener à son terme le programme de « redressement » auquel les autorités tunisiennes se sont engagées.

Un coût social et économique

Bien entendu, ceci a un coût, fatalement social et économique, dont la Tunisie est bien en peine de s’accommoder comme l’ont démontré les mouvements de protestation qui ont accompagné les premiers commencements de l’application de la loi de finances 2018, alors que d’autres pourraient éclater au fur et à mesure que ses dispositions viendraient à exécution. Des gages dont les responsables du FMI se borneront à prendre acte sans reculer du moindre iota sur les préceptes édictés et qui doivent être suivis sans autre forme de procès, au risque pour le pays « bénéficiaire » de s’exposer à des « représailles » dont les moindres sont infligées sous la forme de report du déboursement de l’une des tranches du prêt accordé au titre de la facilité élargie de crédit. La Tunisie en a fait les frais et attend d’en recevoir la tranche retenue, vraisemblablement dans un avenir qui ne serait pas lointain, assurent des responsables tunisiens.

Avant de s’envoler pour Marrakech, Youssef Chahed, visiblement dans un message adressé au FMI, s’est fendu d’un plaidoyer sous forme de bilan où il affirme que «  la Tunisie devrait enregistrer une croissance moyenne de 2% en 2017 et nous tablons sur un taux de 3% en 2018. L’objectif du gouvernement étant d’atteindre 5% en 2020 et d’entamer une transformation de notre modèle économique, afin qu’il soit plus créateur d’emplois ». Plus important encore, il met en relief « le retour, depuis une année, des moteurs de croissance tunisienne, à savoir l’investissement et l’exportation. Des secteurs comme le tourisme et les industries mécaniques connaissent, également, un net regain d’activité ».

Une tutelle encombrante

A la vérité, ce ne sera pas assez pour s’affranchir de la tutelle encombrante du FMI, ni pour éviter les descentes que les fonctionnaires effectuent en bonne brigade de police financière internationale, dont les conclusions sont fébrilement attendues, tant elles pèsent de tout leur poids sur la suite des événements jonchés encore d’une variété d’accrocs que le gouvernement tunisiens s’échine à surmonter, comme par exemple, la chute du Dinar qu’il n’arrive pas à enrayer et que l’institution de Bretton Woods trouve qu’il n’est que légèrement surévalué, actuellement, aux alentours de 10%. Corollaire de ce constat, la Tunisie devrait aller de l’avant dans la politique de flexibilité du régime de change pour permettre à la monnaie tunisienne de réagir au jeu de l’offre et de la demande de devises, même si les déficits de la balance des biens et des services a atteint un niveau sans précédent.

Plus claire et comminatoire encore est la « recommandation » du FMI qui somme de «  progresser urgemment sur des réformes attendues de longue date », car, estime-t-il, « Inverser, voire retarder les réformes serait la mauvaise option et continuerait de faire du tort aux générations futures ». Au demeurant, il avertit que «  nous veillerons à ce que les réformes se poursuivent et soient appliquées équitablement, en tenant dûment compte de leurs implications sociales et progressivement dans la mesure où les ressources disponibles et les conditions macroéconomiques le permettent ».

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