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Tunisie : Le pot de terre contre le pot de fer, mais la partie est jouable !

Il ne faut pas s’y méprendre. Ce sont les élections municipales qui dictent désormais leur calendrier à l’échiquier politique. Chaque parti, surtout les mâles dominants, nommément Ennahdha et Nidaâ s’y déterminent en fonction de critères qui ont peu à voir avec la commodité du citoyen, cherchant d’ores et déjà à couper l’herbe sous les pieds l’un de l’autre. Le dessein en est de s’arroger, pour le parti de Rached Ghannouchi, un surcroît de poids qui en ferait la première formation politique du pays, et pour celui dont Béji Caïd Essebsi est le fondateur, de s’affirmer comme un acteur politique avec lequel il faudra encore compter.

Si Ennahdha semble bien outillé pour tenir son rang dans cette confrontation électorale qui, pense-t-il à juste titre, lui ouvrira de nouveaux horizons politiques, il en irait autrement pour Nidaâ, pour être plus précis, sa mosaïque de clans, englué dans une logique de démembrement irréversible dont on ne voit pas comment il arriverait à sortir autrement qu’à la faveur d’un sursaut, pour l’heure improbable. C’est sans doute là que le président de la République puise les ressorts de l’autre initiative qu’on lui prête de former un front associant d’autres formations politiques, certes de moindre importance, mais qui, une fois fédérées, pourraient peser de tout leur son poids sur l’issue de la bataille électorale à venir. Le cri de ralliement est clair : mettre un frein à la course d’Ennahdha vers la toute-puissance, et l’empêcher de devenir la première force politique du pays en s’emparant du pouvoir local , des villes et des régions en prélude à une mainmise sur le leviers du pouvoir dans toute son étendue politique.

Ses adversaires ne cessent pas de marteler à en perdre haleine que tel est son projet dont les linéaments sont visibles depuis belle lurette, et plus encore depuis son congrès de juin dernier où le mouvement a commencé par tempérer sa vocation religieuse en affirmant s’en dépouiller au profit du statut de parti comme les autres, c’est-à-dire d’essence civile, tourné exclusivement vers la chose publique. Une conversion adossée à un maillage territorial opéré au travers d’un réseau de militants aguerris, zélés, disciplinés et versés dans un marketing politco-prosélytique d’autant plus inédit en Tunisie qu’il est conduit en accord avec une stratégie dont seul le mouvement Ennahdha a seul le secret et la maîtrise.

En face, ce sont les autres, et pas tous certes, qui balbutient, qui se cherchent, qui tentent de se coaliser pour arrêter la machine électorale d’un parti où la discipline du vote est un exercice sacro-saint, comme on l’avait vu lors des dernières élections présidentielles et législatives, un parti dont la cohésion ne semble pas bâtie pour être prise en défaut. C’est à se demander si les formations politiques de l’autre bord, profondément clivées, sont en état de ranger au magasin des accessoires ce qui les divise pour pouvoir changer le rapport des forces existant et raboter les chances d’Ennahdha de rafler la mise.

C’est peu dire qu’ils ont un immense ouvrage à abattre au regard de l’extrême diversité qui est la leur, mais aussi de la méfiance qui les habitent les uns envers les autres. L’obligation ardente qui les anime de faire pièce au mouvement Ennahdha ne suffira pas naturellement à la tâche. C’est en quelque le pot de terre et le pot de fer. Et c’est pour cette raison qu’ils sont requis pour donner corps à leurs prochaines démarches communes qui n’en sont, faut-il le noter, qu’à l’état des intentions éparses et mal ficelées. Mais dire que leur entreprise est irréalisable, c’est un peu fort de café, car il y va de l’équilibre politique du pays, et ceci leur commande de liguer leurs efforts, de mobiliser conjointement leurs énergies, et de gommer leurs démarcations en sauvegardant l’essentiel. Tel est pour eux l’axe du futur et l’impérieuse nécessité qui doit être également partagée d’œuvrer pour que l’échiquier politique acquière l’ordonnance qui permette au pays de relever les très nombreux et difficiles défis qui l’assaillent. Qu’il puisse s’agir de coalition, de front électoral ou de pacte limité dans le temps, l’essentiel est de se reconnaître dans une sorte de programme commun qui fonde une action aussi mobilisatrice que possible.

Dans cette perspective, il va falloir que les acteurs de la coalition commencent par mettre de l’ordre chez eux, en faisant de l’union et de la cohésion le credo et le nerf de ce qu’il importera de faire. Et ceci vaut pour Nidaâ Tounès comme pour Al-Joumhouri et dans une moindre mesure pour toutes les autres formations politiques en proie à des guerres des chefs et à des dissensions qui s’étalent au grand jour et qui ont tout pour être rédhibitoires pour le projet fédérateur en discussion.

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