Le remaniement ministériel, c’est sans conteste le feuilleton de l’été, un été pourri par l’interminable guérilla que les deux partis prépondérants de l’échiquier politique livrent au chef du gouvernement, Youssef Chahed, pris ainsi dans un tourbillon qui jette une inhibitrice ombre sur l’ordonnance générale de son équipe ministérielle et partant sur celle de la gestion du pays.
Vaste ou partiel, c’est entre ces deux options que louvoie la reconfiguration du gouvernement amputé de trois ministres majeurs, ceux de l’éducation, des finances, et tout dernièrement de l’investissement et de la coopération internationale. Youssef Chahed a beau dire et répéter qu’il est le seul maître à bord et que c’est à lui et à lui seul que revient la latitude de choisir ses collaborateurs et composer son attelage ministériel. Ennahdha, sous la houlette de Rached Ghannouchi, et Nidaâ sous celle de Hafedh Caïd Essebsi, sont fondamentalement d’un autre avis, et enchaînent pour ainsi dire les coups fourrés dont la perfidie le dispute à la rosserie. Se revendiquant, pourtant, l’un et l’autre du Document de Carthage, fondateur du gouvernement d’union nationale, ils rivalisent de manœuvres dilatoires, et pas uniquement, pour placer les leurs dans la future composition gouvernementale dans ce qui ressemble à une avide curée pour s’emparer de places laissées vacantes en y ajoutant bien d’autres.
Ennahdha, plutôt son chef qui la gère de main de maître, s’emploie à donner l’impression de faire un vœu simple de chasteté en s’en tenant à un remaniement ordinaire aux termes duquel il sera pourvu à la vacance des trois portefeuilles dont les ci-devant titulaires ne font plus partie du gouvernement. Quoi de plus sensé ? serait-on porté à penser. Mais c’est méconnaître le sac à malices qui va déferler sitôt tenues les élections municipales, l’occasion idoine pour sortir la grande artillerie. Pour l’heure donc, Ennahdha ne pourrait pas faire plus judicieux que de ronger son frein en se contentant du statu quo et du réaménagement ministériel que dicte par ailleurs la saine logique de la chose publique.
Ce que veut HCE !
De toute évidence, diamétralement opposée est la stratégie de Nidaâ Tounès. C‘est un gouvernement refondé de fond en comble qu’il exige avec un contingent dominant de ministres politiques. En tant que parti vainqueur des dernières élections législatives, privé du statut auquel il a droit l’habilitant à former le gouvernement de son choix, il se démène pour traduire dans les faits ce qu’il a toujours ambitionné d’entreprendre. D’autant que le temps presse et que les Municipales risquent fort de le posséder de ce statut. Hafedh Caïd Essebsi, quelque part, ne s’en cache pas, tout en concédant que la prochaine composition du gouvernement pourrait inclure des technocrates et des compétences, dont la vocation, affirme-t-il, devra se limiter à mettre en œuvre les décisions de leurs collègues politiques.
Entre ces deux thèses foncièrement antinomiques, l’actuel locataire de la Kasbah, tout auréolé des dividendes, apparemment éphémères, de sa croisade contre la corruption, se trouve littéralement désarçonné. Alignant depuis des mois les reports, il en est encore à évaluer le rendement de ses ministres avant de décider qui va partir et qui va rester, sans dévoiler la véritable philosophie et la logique dont participe le remaniement. Il est dit que ce sera chose faite après la fête de l’Aïd el-Idha. Verra-t-on enfin la fumée blanche monter du palais du gouvernement de la Kasbah ? Que décidera Youssef Chahed ? Penchera-t-il vers la potion de la synthèse ? Ces interrogations résument les tourments dans lesquels semble se débattre le chef du gouvernement dit d’union nationale.
On ne s’empêcherait cependant pas de faire grief à Youssef Chahed de ne pas être allé vite en besogne en opérant dès l’abord et instantanément les changements, sitôt les vacances constatées. En laissant traîner les choses, il a indiscutablement fourni à ses adversaires l’opportunité rêvée de lui livrer cette guérilla, avec toutes les conséquences de toutes natures que l’on peut constater et celles que l’on peut appréhender pour la suite des événements.








