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Tunis : Deux Nobélisés se déclarent la guerre. Fin de la Pax Tunisiana

A vingt huit jours de la cérémonie officielle à Oslo où ils devraient recevoir le Prix Nobel, deux membres du Quartet tunisien s’étripent pour des sous et piétinent déjà le principe même à la  base de ce Prix qui leur a été accordé, la paix !

L’un d’eux, la centrale syndicale ouvrière, vient, en effet, de déclarer la guerre à tout le patronat et tout le secteur privé, principal investisseur et premier employeur de la Tunisie. Comme elle l’avait promis le 22 septembre (une quinzaine de jours à peine avant l’annonce du Prix Nobel, ce qui en dit long !), par la bouche de Belgacem Ayari, l’UGTT vient d’annoncer ce jeudi 12 novembre 2015, une grève générale dans tout le secteur privé, tournante dans les régions. Et si le secteur public la suivait par solidarité syndicale, comme il n’est pas exclu de le penser, ce serait une grève générale totale.

–          Abassi officialise la mésentente UGTT-UTICA   

Ceux qui croyaient qu’ils étaient partenaires pour le développement de la Tunisie, en auront pour leur grade, lorsqu’ils entendront le SG de l’UGTT affirmer que lui et la patronne des patrons ne se sont jamais entendus, ni avant, ni pendant, ni après le Dialogue national. Cela faisait suite à la tentative de l’organisation syndicale ouvrière de s’approprier la primauté de présentation du dossier pour le Prix Nobel de la paix. Une UGTT qui avait postulé l’année dernière au même Prix et en avait été déboutée. Bien avant, en avril 2015, Houcine Abassi se livrait à une attaque contre le patronat. Sur les colonnes d’Al Arabi Al Jadid, il déclarait que «la plupart des hommes d’affaires courent derrière les privilèges et fraudent fiscalement. La plupart d’entre eux (…) refusent d’investir dans les régions intérieures. Plusieurs d’entre eux (…) cherchent à privatiser tous les établissements publics afin d’encourager la logique d’exploitation des travailleurs », a-t-il ainsi déclaré. Déclaration qui n’a pas trop été du goût de la présidente de l’Utica. Et Wided Bouchammaoui de lui répondre sur une radio privée que «les membres de l’UTICA ont été étonnés de voir le secrétaire général de l’UGTT (…) et personne n’est censée donner des leçons ni mettre en question le patriotisme des hommes d’affaires tunisiens».

–          Après avoir abattu Essid, l’UGTT retourne l’arme de la grève contre le patronat

Gonflée à bloc par les reculades du gouvernement, à deux reprises, devant les demandes d’augmentations salariales et la signature de deux accords malgré le peu de ressources financières du gouvernement Essid qui se voit répondre que «ceci est votre affaire», l’UGTT change son fusil d’épaule et le pointe directement vers le secteur privé. C’est le tonitruant Belgacem Ayari qui s’en occupe. Dès le 22 septembre, il en fait la menace. « Une grève générale sera observée dans le secteur privé en Tunisie en cas de non signature de l’accord-cadre sur les augmentations salariales », avait-il alors averti, pendant un point de presse, tenu au siège de la centrale syndicale, avant de préciser que «cette décision intervient suite à la non attribution au secteur privé d’une augmentation salariale à l’instar du secteur public et de la fonction publique, outre la non signature de l’accord-cadre sur les augmentations salariales au titre des années 2015-2016 et 2017». Dès le 2 octobre, l’autre SG adjoint de l’UGTT, Bouali Mbarki, annonçait à Sfax le lancement de 163 préavis de grève.

Faute d’un accord-cadre sur une augmentation salariale identique au secteur public, l’UGTT finira par mettre à  exécution ses menaces de grève. 10 jours plus tard, le 12 novembre 2015, le BE élargi de l’UGTT et le groupement du secteur privé, décident une série de grèves régionales dans le secteur privé, c’est-à-dire une grève générale nationale roulante. Sfax sera la première et devrait mener la grève générale tournante, le 19 novembre 2015. Quatre jours plus tard, ce sera le Grand-Tunis. Trois jours après, le 26 novembre, c’est au tour de Nabeul, de Zaghouan, Sousse Monastir et Mahdia. Bizerte, Béja, Jendouba et le Kef de faire grève le 27, Siliana, Kairouan, Sidi Bouzid et Kasserine le 30 novembre, jusqu’au 1er  décembre pour Médenine, Gabès, Tataouine, Tozeur, Gafsa et Kébili. A noter que cette décision de l’UGTT faisait suite, comme dans un défi, à des déclarations de Wided Bouchammaoui, considérées défiantes par l’UGTT, surtout lorsqu’elle déclarait sur Nessma qu’une grève générale ne lui faisait pas peur.

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–          UGTT, le Nobel de la grève générale pour quelques Dinars de plus

C’est dans toute cette ambiance, économique et sociale, lourde et conflictuelle et loin de toute paix sociale ou de paix tout court, que les deux «partenaires» sociaux et les deux composantes essentielles du Quartet, se présenteront dans quelques jours devant le Nobel de la Paix. Des partenaires, selon nos informations, toujours pas d’accord sur celui qui prendra la parole à Oslo. C’est ainsi des partenaires en guerre «pour un dollar de plus», qui représenteront ainsi la Tunisie et sa révolution dont on dit qu’elle est présentée comme exemple à l’échelle, au moins régionale. Une piètre image pour une Tunisie qui essaie de colmater les multiples brèches occasionnées dans beaucoup de ses murs, le tourisme et l’investissement étranger en premier lieu. Oslo qui devait primer des organisations qui ont choisit le dialogue pour avancer, devra ainsi primer une organisation, l’UGTT en l’occurrence, qui utilise l’arme de la grève et la menace d’arrêter l’économie de tout un pays et de la mettre encore plus à genoux, pour avoir quelques Dinars de plus.

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