Il est malheureux de le dire, mais le leader du «parti de la bicyclette» pourrait bien avoir raison. Dans une vidéo qui refait surface sur les réseaux sociaux, Mohamed Abbou prédisait depuis octobre 2014, que Nidaâ fera complot sur lui-même. Dans cette vidéo, l’ancien CPRiste dissident, s’adressait manifestement à ses partisans défaits, lançait ce qui pourrait être maintenant assimilé à une prophétie de Cassandre. «Aujourd’hui, nous vous le disons, ne complotez pas contre la Tunisie et même pas contre Nida Tounes, car ils comploteront contre eux-mêmes».
Sans avoir besoin de monter sa bicyclette, force est d’avouer que ce diable d’Abbou avait raison et ce qu’il avait prédit n’est plus loin de se réaliser, s’il ne l’est pas déjà.
C’est pour le moment Abada Kéfi, avocat de profession et membre de Nida Tounes, qui dit haut ce que tout le reste de la classe politique tunisienne pense tout bas. Nidaâ Tounes serait en train d’imploser. A. Kéfi déclarait ainsi mardi dernier à Assabah que «le groupe parlementaire de Nidaâ est au bord de la scission en deux groupes. La division signifie que Nidaâ perdra sa majorité parlementaire et le groupe s’est déjà divisé depuis la réunion de Djerba et on aura ainsi Nida1 et Nida2». Un autre Nidaïste, Mohamed Troudi déclarait à l’agence de presse officielle Tap, que «un groupe de parlementaire dont le nombre dépasse les 30 personnes, discute le projet d’une résolution créant un nouveau groupe parlementaire soutenant le gouvernement, suite aux graves dérives que connaît le parti» Nidaâ Tounes.
L’implosion semble, ainsi, presque déjà consommée au sein de Nidaâ. Son principal rival, le parti islamiste Ennahdha est désormais sur les starting-blocks. Il pourrait même, théoriquement, prendre le pouvoir au sein de l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple) et dans le régime parlementaire qu’est celui de la Tunisie depuis 2014.
Un simple calcul le prouve. Le groupe parlementaire de Nidaâ était fort de 86 députés. En face, celui d’Ennahdha en compte 69. En cas de scission dans le groupe parlementaire de Nida Tounes, 30 députés se retireraient du groupe des 86. Il n’en resterait alors que 56. Nida perdrait ainsi la majorité parlementaire et Ennahdha reprendrait le pouvoir au sein de l’ARP.
Un calcul, un peu plus timoré, pourrait voir les deux autres partis de la coalition gouvernementale se désister, déjà mécontents de plusieurs décisions du chef du gouvernement de la coalition et surtout de ses nominations dans les corps des Gouverneurs et des Délégués. De là à imaginer donc qu’une motion de défiance pourrait être déposée contre Habib Essid et son gouvernement, le pas est déjà franchi par certains partis, comme le «Front Populaire» que Hamma Hamami voit déjà comme l’alternative. Il ne resterait alors à l’actuel chef de l’Etat et ancien président de Nidaâ Tounes, gangréné par les dissensions et la dissidence, que d’user de sa prérogative constitutionnelle pour dissoudre l’ARP et annoncer l’organisation d’élections législatives anticipées.
Ce n’est là, on l’espère que supputation. Personne en Tunisie, que l’on soit de Nidaâ ou d’Ennahdha, n’espère voir se réaliser ce scénario cauchemardesque. Cela risquerait de remettre en cause tout le processus démocratique. Mais cela risquerait surtout de remettre cette Tunisie qui avait milité pendant plus de deux ans pour un projet de société autre que celui, islamiste, d’Ennahdha. Cela pourrait aussi donner au parti de Rached Ghannouchi envie de sortir des ongles, limées en 2014 à force de pressions de la société civile.









1. Ce serait antidémocratique si Nahda pourrait profiter de son avantage arithmétique non acquis démocratiquement donc c’est peu probable. 2. Béji avec la constitution qui lui permet de dissoudre l’assemblée et provoquer de nouvelles élections, donc cet article n’est pas judicieux.