«Nous avons fourni un grand effort, mais l’Etat à lui seul ne peut pas réussir. Nous avons besoin de l’aide de tous. Il s’agit de la responsabilité de tout le monde, y compris la société civile. Nous devons tous, main dans la main, défendre nos libertés, défendre nos droits, défendre notre Etat. Le terrorisme ne souhaite que nous diviser et nous fragiliser et il ne réussira pas. Nous ferons tout pour ce pays.» Ainsi parlait le chef du gouvernement tunisien Habib Essid, ce jeudi 26 novembre 2015, devant les députés de l’ARP, quelques heures après avoir énoncé les mesures, prises par le conseil supérieur de la sécurité nationale (CSSN). Des mesures sur l’importance desquelles toute la scène politique s’entend, tout en en regrettant le retard. Des mesures, cependant, qui ne tarderont pas à faire polémique, certaines quant à leur degré d’application, d’autres quant à leur efficacité. Des doutes qui, si on ne les partage pas pour rester dans le trend de l’unité nationale, on les comprend aisément et on peut se les expliquer, tout aussi aisément.
- Les mauvais mots pour dire les bonnes décisions
Ce qui a été reproché au chef du gouvernement, c’est d’abord le ton sur lequel il avait annoncé certaines mesures. Les exemples les plus frappants, ont surtout été les mesures 5 et 7. Ces deux mesures ont été libellées dans des termes qui ne brillaient pas par leur clarté. L’expression «mettre en œuvre» ou «mettre en application», veulent dire en langue arabe que «le plan total de lutte contre le terrorisme et la radicalisation» et «la loi anti-terroriste» existaient déjà mais n’étaient pas mis en œuvre. On se demande alors, d’abord, pourquoi ces deux mesures n’avaient pas pu être appliquées avant et si le même gouvernement qui n’avait pas pu les appliquer, peut-il maintenant le faire ? De là se pose la question du degré de sincérité de la volonté politique de ce gouvernement à faire maintenant ce qu’il n’avait pas pu être fait avant. C’est là la source principale de tout le doute qui pèse désormais sur la capacité d’un gouvernement qui a déjà été traité de «gouvernement des mains tremblantes», à faire face à toutes les forces en face desquelles il avait déjà fait marche arrière.
- Essid peut-il réellement faire ce qu’il dit ?
Ce doute sur la capacité du gouvernement Essid à passer à l’acte et à ne plus trembler devant les forces «occultes», politiques, politiciennes et d’affaires, est surtout renforcé par la 11ème décision du CSSN. C’est le cas de cet «appel aux autorités judiciaires à faire preuve de célérité dans le traitement des affaires de terrorisme». Chef de l’exécutif, Habib Essid n’a aucun moyen de pression sur la justice pour qu’elle passe à une vitesse supérieure. Il pourrait être accusé de volonté d’interférer dans la justice et même de vouloir faire usage d’influence sur une justice, déjà croulant sous le grand nombre de dossiers de accusés de terrorisme. Essid lui-même semblait en douter, en présentant les mesures. Il indiquait en effet que pas moins de 120 mille dossiers de suspects de terrorisme ou de liens avec le terrorisme, sont actuellement devant la justice. Or, il sait très bien que le nombre des juges, debout et assis, n’excède pas les deux mille. Il aurait pu annoncer de nouveaux recrutements dans ce corps, il ne l’a pas fait.
Le doute aussi quant à la réelle capacité de maintenir fermés les deux postes frontaliers entre la Tunisie et la Libye. Les deux régions de Ben Guerdane et tout Médenine étaient déjà entrées en ébullition pour moins que cela et tous les gouvernements avaient fini par leur donner raison. Ces deux mêmes régions s’étaient même déjà enflammées pour la taxe des 30 DT et Habib Essid avait été le premier à annuler cette mesure sous la pression de ces émeutes !
- Essid, ou l’art de «faire prendre des vessies pour des lanternes».
Ce n’est pas nous qui le disons, mais le SG du syndicat de la sécurité présidentielle, Hichem Gharbi, ce matin, sur les ondes de la Radio nationale tunisienne. Ce dernier a en effet indiqué que le contrôle administratif des personnes soupçonnées de terrorisme (8ème mesure du CSSN), ainsi que la mise à jour de la situation des résidents étrangers (9ème mesure du CSSN), sont des mesures déjà en application. Il a même précisé que 149 décisions de contrôle judiciaires ont été déjà prises. Le syndicaliste a cependant ajouté que tout cela se fait en dehors de tout cadre réglementaire et que c’est cela qui permet aux avocats de ces personnes de faire aisément appel de faire appel de ces décisions et de les faire casser.
Ce même manque flagrant de cadre juridique, que le chef du gouvernement tunisien aurait pu combler en annonçant par exemple une initiative juridique d’exception dans ce sens, handicape sérieusement l’application efficiente de la 12ème mesure annoncée par le CSSN et qui enjoint de «prendre des urgentes contre les Tunisiens de retour des foyers de tension, dans le cadre de l’état d’urgence». Une mesure, toujours selon Hichem Gharbi, facilement attaquable et destructible par les avocats des éventuels prévenus.
Il n’en demeure pas moins, pour conclure, que toutes ces mesures sont importantes, voire indispensables malgré le retard pris pour les annoncer. Pour en assurer la bonne et efficiente application, il faudra surtout au chef du gouvernement d’en convaincre toute la classe politique et surtout toutes les composantes de la société civile opérant notamment dans la défense des droits de l’homme. Bon courage à Habib Essid !









LION DE GARDE
Vous pouvez prendre, si vous le voulez bien
Un lion de garde pour maison et jardin
Mais ne vous étonnez pas si la demeure
Se trouve violable à toutes les heures
Que l’on vous pique d’un coup bijoux et paillettes
Car hélas, votre lion est une mauviette
Vous pouvez bien penser qu’avec sa stature
Il vous débarrasse des méchants et des durs
Mais soyez certains que vers la fin du mois
Il ne vous restera ni vivres ni toit
Car malgré son allure et ses yeux de pierre
Votre lion de garde n’a pas de crinière
Vous pouvez espérer beaucoup de courage
De ce grand colosse issu de bâtardage
En comptant sur lui et son expérience
Sa technique, son art et même sa science
Mais le jour « J » il ne sera que passif
Vu que l’animal n’a ni canines ni griffes
Vous pouvez l’admirer, l’entendant rugir
En espérant voir toutes vos pommes mûrir
Quoique son cri et son haussement d’épaule
Rappellent plutôt le cri d’un chaton qui miaule
Et quand de la cueillette vous rentrez bredouille
Vous verrez que la bête n’a même pas de …….