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Tunis-Négociations salariales du privé : Ennahdha se range du côté du patronat !

Exécutant ce mardi sa première menace de grève générale régionale, la toute puissante centrale syndicale ne semble pourtant pas sûre de remporter la patrie dans son bras de fer, avec le secteur privé, pour une importante augmentation salariale. Pour preuve, cette nouvelle menace du même SG adjoint Belgacem Ayari, ce jeudi à Sfax, d’une grève générale dans les deux secteurs, public et privé. L’UGTT tente ainsi de faire pression sur le gouvernement pour qu’il fasse de son côté pression sur le patronat.

Pour l’instant, ce dernier tient le coup sans fermer la porte des négociations, mais pas sous la pression des grèves disent ses négociateurs. Pressentant cela, Nafaa Neifar, un des membres de la commission des négociations, a ainsi déclaré que «ils essuieront [ndlr : les syndicalistes de l’UGTT] un revers lors de leur première grève. On assistera à la pression de l’opinion publique et à la désolidarisation de leur base».

Pour l’instant, l’opinion publique tunisienne n’est pas encore touchée, comme elle l’a été lors de la grève des instituteurs et celle des professeurs de l’enseignement secondaire, par les effets de cette grève. Une frange de cette opinion, notamment le parti «Front populaire», est même contre le patronat. A l’image de toute une Gauche, plus soucieuse de l’impact politique que de l’incidence économique d’une telle position, le Front exhorte plutôt l’Utica à donner à l’UGTT ce qu’elle veut (Voire déclaration de Zied Lakhdhar).

Bien qu’étant représenté à l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple), le FP n’est cependant pas LE parti qui compte en Tunisie. A côté du patronat en effet, se range désormais, bien que cela ne devrait pas beaucoup plaire à l’Utica, le parti islamiste Ennahdha. Dans un entretien téléphonique, ce jeudi 19 novembre 2015 avec le vice-président d’Ennahdha Abdelhamid Jelassi, ce dernier a parlé des négociations UGTT-Utica et des grèves entamées par cette dernière à Sfax pour commencer. «Les mouvements de protestation sociaux dans les rues constituent, surtout en ce moment, un grand danger pour la stabilité du pays», a-t-il ainsi dénoncé, sans le dire, la grève de Sfax. Et le leader Nahdhaoui d’indiquer qu’il «ne faut jamais  donner l’occasion aux groupes terroristes de profiter du chaos pour exécuter leurs actions. Nous sommes donc appelés à collaborer afin de protéger et à défendre l’intérêt du pays. La Tunisie est aujourd’hui  entre la panique et l’espoir et je  considère que le dialogue est le facteur clé pour le développement de  l’économie et de la lutte contre le terrorisme», dit ainsi le vice-président d’Ennahdha à Africanmanager.

Interrogé de manière directe sur la position d’Ennahdha concernant  le différend Utica-UGTT, le dirigeant Nahdaoui fait un pas en arrière dans ce qui semble être une volonté d’éviter un éventuel clash avec l’organisation syndicale ouvrière en débutant  sa déclaration par un «je ne me permettrais  pas de parler au nom du mouvement d’Ennahdha», avant de continuer que «à mon avis, la meilleure façon de résoudre tous les problèmes, est d’aboutir à un consensus et de dialoguer ».

Cette position d’Ennahdha en faveur du patronat, n’est pourtant pas nouvelle. Déjà en mais 2014 et lors d’une de ses prêches du vendredi, Rached Ghannouchi reprochait au syndicat de «ne pas tenir compte de la situation économique du pays». En avril 2015, à l’occasion d’une interview sur les ondes de la radio nationale tunisienne, le leader d’Ennahdha est même plus direct. «Nous défendons les droits des travailleurs. Nous soutenons aussi le droit de l’UGTT à défendre le pouvoir d’achat de ses adhérents. Nous comprenons que le niveau des salaires soit bas pour tout le monde et que le coût de la vie soit assez cher, mais nous estimons qu’on ne peut pas demander ce qui est au-delà du possible, car nous sommes des propriétaires et non des locataires de ce pays où nous vivons tous. Nous croyons donc que ces augmentations de salaires doivent prendre en compte les possibilités et les capacités du pays. Et j’estime qu’il faudrait désormais revenir à ce qui était appliqué lors du gouvernement Hédi Nouira où les augmentations salaires étaient liées à celle de la productivité». C’est même exactement ce que demande le patronat et il n’a pas totalement tort. Reste à savoir si l’Utica saura utiliser ces appuis politiques pour contrer les pressions de l’UGTT à travers le gouvernement Essid.

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