AccueilLa UNETunisie-Présidentielles : A quel jeu se livre Béji Caïd Essebsi ?

Tunisie-Présidentielles : A quel jeu se livre Béji Caïd Essebsi ?

La réaction d’Ennahdha à l’annonce faite par Béji Caïd Essebsi de se porter candidat aux élections présidentielles, était à tout le moins timide .Les observateurs y ont vu un indice d’apaisement, après la tentative prêtée, la veille, au parti islamiste de perturber la transmission par satellite de l’interview. Il n’en demeure pas moins que l’émission, enregistrée, a été rediffusée dans sa totalité, avec un retard d’une heure et demie.

Le très influent et radical dirigeant du parti islamiste , Ameur Laârayedh , s’est contenté de reconnaître au leader de Nida Tounes son droit de se présenter aux présidentielles , à charge pour la nouvelle constitution de fixer l’âge limite ( très probablement 75 ans) , condition qu’il sera impossible à Béji Caid Essebsi de remplir, étant âgé de 86 ans .

Les observateurs se sont posé la question, sur la signification que pourrait revêtir l’annonce faite par Béji Caïd Essebsi où l’échéance des élections présidentielles paraît lointaine. Une atmosphère lourde caractérisée par des divisions de la classe politique pèse sur toute décision qui engage l’avenir du pays et son système politique . La 3ème mouture de la constitution, à peine rendue publique, suscite, déjà, l’opposition du grand nombre. La nature du régime (présidentiel ou parlementaire) , divise la classe politique de part en part . Nidaa Tounès lui-même ne l’est pas moins s’agissant de l’opportunité d’organiser un congrès constitutif, avant les prochaines élections .

Quel sens devra-t-on attribuer à cette annonce , à première vue, prématurée , ne répondant à aucune logique apparente , d’autant que Béji Caid Essebsi semblait dubitatif quant à la tenue du scrutin présidentiel avant la fin de l’année en cours.

Par ce geste , Beji Caïd Essebsi , impose, d’abord , le temps de départ , le tempo , et la primauté du scrutin présidentiel , influençant ,ainsi , le contenu même de la constitution pour ce qui est du régime politique .

La présidence de la République, bien qu’actuellement vidée de l’essentiel de ses prérogatives, garde, aux yeux des Tunisiens, son statut d’institution-clé dans le futur système politique. L’initiative de l’ancien premier ministre vise peut-être, au-delà de la manœuvre politique, à ressusciter l’idée de cette institution -référence dans l’imaginaire populaire , et éventuellement valoriser le potentiel électoral référendaire qui va avec .

Tous les partis et alliances vont entrer dans des luttes internes pour choisir leur candidat : Ennahdha , le parti le plus serein et le plus uni ,en apparence , a trouvé une grande difficulté à choisir le successeur de Hamadi Jebali , en février-mars dernier . Noureddine Bhiri a déjà émergé, lors d’un vote interne du conseil de la Choura , et pourrait, à ce titre, se considérer comme postulant naturel .Même cas pour Mohammed Ben Salem . La troisième génération de l’UGTE, serait intéressée par ce challenge : Abdelkrim Harouni , Abdellatif Mekki , Sahbi Attig , Walid Bennani et bien d’autres .

La cadence accélérée imposée aux formations politiques pour choisir leurs candidats aux présidentielles, va provoquer un redéploiement des forces en présence à une échelle beaucoup plus large . Toutes les combinaisons politiques, à commencer par la troïka, reposent actuellement sur des malentendus. Chaque force a son candidat, en tête pour les présidentielles , et les éventuelles alliances seront fonction de l’appui qu’elle peut recevoir pour faire aboutir son choix .

Les partis qui n’ont pas de candidats feront office d’arbitres, et de véritables meneurs du jeu. A l’opposé, les partis les plus vulnérables seront ceux qui présentent des candidats à la présidence.

Le jeu de Béji Caïd Essebsi est-il ,donc , de pousser les partis et les alliances à exprimer le non-dit , extérioriser les jeux cachés , et mettre sur la table ce qui se trame en dessous ?

Béji Caïd Essebsi qui ne peut pas , objectivement , être candidat aux prochaines présidentielles , étant sous le coup de la loi d’immunisation de la révolution , et de la limite d’âge imposée par la nouvelle constitution en chantier , et qui n’est pas lui-même convaincu de la tenue des élections dans un avenir proche, veut-il réellement se porter candidat ,ou a-t-il un autre objectif ? . Ne veut-il pas, par cette candidature qui n’a pas de chance d’aboutir, laisser la place vacante pour que son parti, qui veut jouer les arbitres aux prochaines échéances, soutienne le candidat d’une formation, qui l’assurerait d’une alliance solide, ou d’un statut incontournable? Seul, l’avenir le dira.

Aboussaoud Hmidi

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