AccueilLa UNETunisie : Le Gouvernement se fissure, la Présidence a piètre figure

Tunisie : Le Gouvernement se fissure, la Présidence a piètre figure

Que se passe-t-il au sommet de l’Etat ? la question n’a de cesse de susciter les tourments de l’opinion publique, littéralement déboussolée par ce qui a les contours d’une tragi-comédie dont les acteurs sont ceux-là mêmes qu’elle a élus pour présider aux destinées d’un pays qui, au sortir d’une Révolution, a  plus besoin d’être bien dirigé que d’être le témoin et en même temps la victime collatérale d’un bras de fer qui n’est pas près de voir son épilogue.
Deux présidents, l’un et l’autre jaloux des prérogatives qu’ils pensent  être les leurs, se livrent à une guerre feutrée dont on a du mal à situer l’origine et dont les tenants et les aboutissants commencent à devenir dévastateurs, non seulement pour l’image du pays, mais plus encore pour l’ensemble de l’ordonnance de la situation politique, économique et sociale. On en arrive inéluctablement à se demander pourquoi les deux Présidences, celle du gouvernement, et celle de la République, se sont avisées à ouvrir le feu, l’une sur l’autre, alors même qu’elles avaient, au départ, convenu d’un code de conduite qu’elles n’ont pas mis longtemps pour l’enfreindre.
Il est vrai que les deux présidents, partenaires majeures d’une troïka aussi hétéroclite que mal pensée, n’avaient pas, d’entrée de jeu, de quoi bâtir une « cohabitation » pérenne et sans accrocs, étant munis d’agendas diamétralement antinomiques et animés de professions de foi qui pouvaient afficher une sorte de « gentleman’s agreement » , mais qui, à l’exercice, a fini de montrer ses limites.
Il a fallu que l’ex-premier ministre libyen, Al Baghdadi Mahmoudi, s’invite dans cette architecture « consensuelle », pour que la cohabitation, savamment mise en place, vole en éclats. Lequel des deux présidents avait la prérogative de rendre exécutoire l’extradition du responsable libyen ? Hamadi Jebali, s’appuyant sur la loi constitutive relative à l’organisation provisoire des pouvoirs publics, décrète qu’il lui appartient, et à nul autre, de remplir cet office. Et joignant la conviction à l’acte, il l’a fait, sans coup férir, ne prenant même la peine d’en informer l’autre président, celui de la République. L’affront n’est pas mince, déclenchant une affaire d’Etat non moins mince, au regard de la tempête qui a vite fait de jeter une ombre sur les relations entre l’un et l’autre.
A la vérité, on pourrait accorder à Moncef Marzouki, la légitimité de s’offusquer d’avoir été traité par-dessus la jambe, mais sa réaction, regardée comme précipitée, voire puérile, par plus d’un observateur, a jeté de l’huile sur le feu qui couvait déjà, pour d’autres contentieux qui ne disaient pas leur nom. En lâchant ses conseillers pour dire son fait au chef du gouvernement, il a complètement pulvérisé les chances d’une résolution du conflit, même s’il a accepté d’en  saisir une présidence de l’assemblée nationale constituante manifestement plongée dans les bras de Morphée. Mais, ce qui a encore plus envenimé la crise, c’est cette affirmation, péremptoirement annoncée par Hamadi Jebali , devant une ANC, réunie en séance extraordinaire, que le président de la République provisoire, a décidé de retirer sa demande de saisine de la Constituante, déclenchant, une guerre de démentis, par médias interposés.
Par-delà cet aspect anecdotique de ce bras de fer, il y a toute l’image d’un pouvoir mis en lambeaux , offrant un spectacle pitoyable de la façon dont est gérée la chose publique, alors que le pays croule sous le faix d’un composé de problèmes et de défis qui exigent autre chose qu’une guerre larvée entre deux présidents qui tiennent à leurs fauteuils comme à la prunelle de leurs yeux. Et même si on avait prêté à Moncef Marzouki l’intention de claquer la porte, nombreux sont ceux qui croient dur comme fer que le Rubicon ne sera jamais franchi et que ce ne sera jamais le cas , alors que le parti du président de la République Provisoire, le CPR, annonçait et réaffirmait sur toutes les fréquences, que Marzouki  sera son candidat aux prochaines élections.
Dans l’entretemps, un autre épisode est venu s’ajouter au dossier déjà épineux de la cohabitation. Un ministre du CPR, Mohamed Abbou, chargé de la Réforme administrative, annonce avec fracas qu’il démissionne du gouvernement. Une autre banderille plantée dans l’appareil gouvernemental, pointé déjà du doigt pour la médiocrité de son registre en matière de gestion des affaires publiques, au point d’envisager sérieusement un remaniement ministériel dont feraient les frais des ministres que le chef du gouvernement a hâte de sacrifier sur  l’autel d’un virage qu’il estime salutaire pour son maintien en exercice et aussi pour une moins mauvaise perception par l’opinion publique.
Comme on peut le voir, les turbulences que traverse le gouvernement n’augurent rien de bon pour la suite des événements alors que, par ailleurs, l’assemblée est plus attachée à discuter de choses périphériques que de s’investir dans la tâche pour laquelle elle a été élue, à savoir l’élaboration de la Constitution, et que l’instance à laquelle doit être confiée la préparation des prochaines élections continue d’être une simple vue de l’esprit.
Mohamed Lahmar

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