AccueilLa UNETunisie : Le coup d’Etat démocratique !

Tunisie : Le coup d’Etat démocratique !

Hier, mercredi 7 décembre 2011, la Tunisie vivait, cette fois-ci en Live TV, le 3ème coup d’Etat de son histoire.

Le premier avait été fomenté, en 1956, par Bourguiba. S’étant entendu avec Lamine Bey sur l’instauration d’un régime parlementaire par le biais d’une Constituante dont il avait pris mandat auprès du Bey, l’ancien leader Feu Habib Bourguiba renverse Lamine  Bey et prend le pouvoir. La Tunisie en avait alors pris pour plus de 30 ans d’un règne bourguibien sans partage.

Le second a été ourdi dans les coulisses du ministère de l’Intérieur, avec l’aval d’une poignée de médecins, qui avaient signé l’attestation d’incapacité du «Combattant Suprême» à exercer le pouvoir. Constitutionnellement, le Général Zine El Abidine Ben Ali, prenait alors le pouvoir. Le calvaire tunisien durera cette foi 23 ans.

Le 3ème coup d’Etat s’était passé en plus simple. Presqu’un an après une Révolution populaire d’où ils étaient tous absents, certains d’eux la regardant même dans de confortables fauteuils à partir de Londres ou Paris. Le mouvement Ennahdha, converti en parti politique, recréait la roue, usait du même subterfuge démocratique, pour renverser tout un peuple et prendre le pouvoir et ainsi sa propre revanche sur tous ceux qui l’avaient condamné en tant que parti politique religieux. Cela s’est passé, cette fois, au vu et au su de tout le monde et en Live sur la chaîne de TV Nationale.

Usant de la fameuse «politique des étapes» de Bourguiba, Ennahdha accepte, dans un premier temps, toutes les concessions. Parti islamique, avec des ailes salafistes, vainqueur des élections, elle accepte et prône même la concordance et la participation de tous à son prochain gouvernement. Elle accepte même l’alcool, le bikini et l’égalité de la femme dont elle s’en fait même l’icône au sein de la Constituante, pour tranquilliser tout le monde, ambassades étrangères, investisseurs étrangers et locaux. Elle signe même-et aurait d’ailleurs signé tout ce qu’on lui aurait demandé- la feuille de route de la transition, le 15 septembre, avec 10 autres partis politiques. Elle accepte et jure ses grands dieux qu’elle ne restera au pouvoir, lorsque tout le monde découvrira la supercherie d’une élection pour élaborer juste un texte de loi qui se transforme en une élection pour gouverner, qu’une seule année au pouvoir. La majorité absolue des sièges de cette Constituante qui abroge tout ce qui l’a précédée, entre ses mains, ceux du président de l’Assemblée, et ceux du prochain président désigné avant terme, de la prochaine République [qui en est sûr maintenant ?], Ennahdha se met dans la peau de la victime. Elle oppose, ainsi, à tous ceux qui évoquent la situation économique dégradée, l’urgence de les résoudre par l’urgence de lui en donner les moyens. Les groupes de pression se mobilisent. Bardo remplace La Kasbah et pèse de tout son poids sur les négociations autour du partage des pouvoirs où rien de ce qui dérangera les plans de la troïka ne passera d’ailleurs au vote lorsque les mains des représentants du triumvirat se lèvent en ordre, contre la minorité de l’opposition.

Sereinement chez Ennahdha et ses partenaires, houleusement dans les protestations inutiles du reste des partis qui ne peuvent désormais que cela, le premier acte du 3ème coup d’Etat en Tunisie se concrétise. Dès le préambule de ce que certains appellent déjà la «petite Constitution» [de là à ce qu’elle devienne la dernière il n’y a qu’un pas, et beaucoup estiment en Tunisie qu’Ennahdha le franchira], le verrou posé par l’accord du 15 septembre 2011, saute. La durée du mandat de la Constituante n’est plus pour UNE ANNEE UNIQUEMENT, mais indéterminé. Le porte-parole d’Ennahdha, Noureddine Bhiri, a estimé inutile de préciser, dans le projet de loi, le délai imparti à la Constituante, puisque la durée d’un an avait  déjà fait l’objet d’un accord de principe entre onze des principaux partis tunisiens, avant les élections du 23 octobre. Il n’en demeure pas moins, comme l’a toujours soutenu mordicus le CPR de Marzouki, que la non-précision de cette durée dans la mini-constituante, laisse libre cours à une Constituante qui a toujours crié haut et fort qu’elle est «maîtresse d’elle-même, pour rester le temps qui lui siéra. Personne actuellement en Tunisie ne pense qu’Ennahdha partira du pouvoir dans une année. Le peuple, démocratiquement, les y a mis. Tout aussi démocratiquement, les islamistes y resteront. Le PDP a été le premier à crier au coup d’Etat. Derrière lui, Le PDM (le Pôle) dénonce «le déni de la parole donnée par Ennahdha et ses colistiers » et se dit «très préoccupé par l’accaparation de l’autorité de décision à l’intérieur de la Constituante» et donc la dictature de la minorité.

Khaled Boumiza

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