L’attribution de prix Nobel au Quartet du Dialogue national pour sa contribution décisive dans la construction d’une démocratie pluraliste en Tunisie après la révolution, a donné à penser que c’en serait fini de la crise entre l’UGTT et l’UTICA. Les événements de ces dernières 24 heures ont vite fait de doucher cet élan d’optimisme. Le retrait, lundi, des représentants de la centrale patronale peu de temps avant le démarrage de la séance des négociations sociales dans le secteur privé a mis le feu aux poudres.
En effet, ce « faux bond » des représentants de l’UTICA était à l’origine du report de cette séance prévue au siège du ministère des Affaires sociales pour la reprise des négociations à la suite de la rencontre tenue entre Wided Bouchamaoui et Houcine Abassi qui se sont engagés à achever les négociations le 27 octobre 2015, au plus tard.
Ce retard a provoqué la colère de l’UGTT considérant cet acte comme « provocation qui entrave les relations sociales dans le pays » Et c’est pour cette raison qu’elle a décidé de réunir son bureau exécutif et le groupement du secteur privé ce mardi, afin de « défendre le droit des employés du secteur privé aux augmentations salariales à l’instar de leurs homologues du secteur public ».
La position de l’UGTT envers l’UTICA ne s’est limitée pas à un accès de colère , mais a déclenché une vague de critiques contre l’organisation patronale. Le secrétaire général adjoint de l’UGTT a accusé l’UTICA à recourir à l’emploi des milices pour agresser les syndicalistes. « On était surpris de voir certains hommes d’affaires faire appel à des milices pour agresser les syndicalistes et leurs familles. C’est inquiétant car on a pensé qu’on s’était débarrassé des ligues de protection de la révolution », a déclaré le syndicaliste en marge de sa participation à une réunion urgente du groupement du secteur privé affirmant que ce genre d’agissement est étranger à la culture et l’activité syndicale.
L’UGTT devrait prendre en considération la récession économique
Qu’en est-il de cette crise ? Sur cette question, Moez Joudi a fait savoir que « l’UGTT doit comprendre que les entreprises tunisiennes privées ne pourraient pas dans cette phase délicate procéder à la majoration salariale, sinon elles vont se trouver au bord de la faillite étant donné qu’un nombre important d’entre elles connaissent actuellement plusieurs difficultés ».
Dans une déclaration à Africanmanager, Moez Joudi afait référence aux indicateurs qui n’ont de cesse d’étayer la récession économique, à commencer par la croissance qui reste limitée pour ne pas dire nulle. Les prévisions de Slim Chaker, ministère de finances tablent sur une croissance entre 1% et 0.5% à la fin de cette année..
Outre ce taux de croissance incapable actuellement de créer de la richesse, la réduction de l’investissement et le manque de visibilité du climat des affaires figurent parmi les autres obstacles qui empêchent encore la centrale patronale à répondre aux demandes de l’UGTT sans oublier la fragilité des banques tunisiennes qui font face à un manque de ressources sachant qu’elles contribuent au financement d’environ 87% des entreprises tunisiennes. Ajoutons à cela les nouvelles taxes imposées sur les entreprises qui souffrent encore d’une baisse considérable de leur productivité.
Un contrat social demeure une obligation…
Face à ce constat, l’expert en économie a appelé à une réaction positive de la part de la centrale ouvrière pour permettre de sortir de l’ornière. « L’UGTT devra prendre en considération la situation économique que traverse le pays en plaçant l’intérêt national au dessus de tout , sinon notre pays se précipiterait dans le chaos », a estimé Joudi affirmant que la réalisation de cet objectif reste tributaire d’une mobilisation de tous les acteurs intervenants.
Ces derniers sont, selon lui, appelés à se réunir autour de la même table et conclure un pacte national ou même un contrat social pour pouvoir relancer l’économie, condition sine qua none pour répondre aux différentes revendications sociales.








